Afin de prendre sa place, le Trumpeux s’est dirigé vers la grosse maison blanche du père Noël et s’est assis sur son trône.

Le Trumpeux qui voulait gâcher Noël

Il a foutu le père Noël à la porte.

Il est débarqué tout bonnement au pôle Nord, juste comme ça. Les vents de l’ouest laissaient bien entendre qu’un malheur s’acharnerait au pays des lutins, mais ceux-ci n’ont pas pris cette menace au sérieux. Après tout, la joie n’y règne-t-elle pas en permanence ?

Né avec une cuillère d’argent à la bouche, il avait toujours cru être le meilleur des petits garçons, lui qui recevait des montagnes de jouets chaque Noël. Il a cependant compris rapidement qu’il avait été choyé par ses richissimes parents et non le gros barbu, qui lui apportait plutôt chaque année un gros sac de charbon.

Constatant que le père Noël était le plus aimé du monde, il a un jour décidé de prendre sa place. Il s’est dirigé vers la grosse maison blanche du père Noël et s’est assis sur son trône.

Il ne s’agissait pas du Grincheux, mais d’un être encore plus vil et vicieux : le Trumpeux.

Au départ, il a bien tenté d’amadouer les lutins, jouant les charmeurs et vantant sa richesse pour se donner de la prestance. Il leur raconta que le père Noël était un escroc étant arrivé au pôle Nord illégalement des années plus tôt, qu’il l’en avait chassé et qu’il était venu y remettre de l’ordre pour que la joie y règne encore plus.

Choqués de cette révélation, certains lutins plus naïfs ont vu dans cette annonce la promesse de jours meilleurs et décidèrent de soutenir l’intrus, convaincus que le pôle Nord deviendrait vraiment plus prospère.

Les autres tentèrent bien de les raisonner, en vain. Dès qu’ils osaient parler du père Noël ou qu’ils posaient des questions qui l’indisposaient, le Trumpeux traitait ces lutins de traîtres ou de menteurs, les menaçant de les expulser du pôle Nord eux aussi.

Ce que ces petits lutins ignoraient, c’est que le Trumpeux caressait plutôt de sombres desseins. Tout ce qu’il souhaitait, c’était de garder tous les jouets du pôle Nord pour lui tout seul.

C’en serait alors fini des jouets pour tous les enfants du monde entier. Comme lui dans sa jeunesse, ils recevraient désormais des tonnes et des tonnes de charbon pour Noël, soi-disant pour se garder au chaud pendant la froideur de l’hiver. De toute façon, croyait-il, les changements climatiques n’existent pas.

Un jour, le Trumpeux dit aux lutins qu’il voyait grand pour le pôle Nord, que la contrée ferait l’envie du monde entier et que tout le monde voudrait venir y vivre. Mais comme certains enfants avaient été vilains durant l’année, il fallait les empêcher d’y entrer pour éviter qu’ils ne volent les cadeaux des gentils. Il fallait donc construire un immense mur de glace pour leur barrer la route, a ordonné le chef, qui commanda d’énormes blocs givrés pour arriver à ses fins.

Un par un, les lutins qui avaient jusqu’alors aidé le Trumpeux réalisèrent l’erreur qu’ils avaient commise. Était-il déjà trop tard pour faire marche arrière ?

Certains lutins ont tenté de lui faire entendre raison, affirmant que de se couper du reste du monde était contraire à l’esprit de Noël.

Mais n’écoutant que son cœur de pierre, le Trumpeux menaça ses petits sujets d’arrêter l’usine à jouets pour très longtemps s’ils ne le laissaient pas construire son mur de glace. Il restait trois jours avant la veille de Noël.

Et si les jouets n’étaient pas prêts à temps, c’en était fichu pour la grande livraison annuelle, craignèrent les lutins, qui avaient toujours cru que la fin de Noël était impossible.

Tristes et défaits, ils se réunirent. Les lutins se serrèrent dans les bras les uns les autres et, constatant que peu importe ce qui arriverait, ils seraient pour toujours ensemble, se mirent à chanter les cantiques de Noël qui les berçaient depuis leur tendre enfance pour se consoler.

Cette joie contagieuse, entremêlée à cet élan soudain de bonté, fit fondre peu à peu les briques glacées qui composaient la base du mur. En même temps, une petite neige fine et légère se mit à tomber du ciel, répandant sa féérie partout où elle touchait terre.

L’esprit de Noël était devenu si fort au pôle Nord qu’il atteignit même le cœur ranci du Trumpeux.

Ne supportant pas une émotion si belle et si pure, celui-ci prit la fuite. On ne le revit jamais.

Et c’était tant mieux.