Le célèbre journaliste américain Bob Woodward a publié Fear, plus tôt cette semaine. Il s’agit du plus récent ouvrage d’une très longue liste portant sur la présidence de Donald Trump.

Il était une fois… un président

CHRONIQUE / Donald Trump avait promis de revigorer l’économie américaine.

J’ose affirmer qu’il a réussi, dans un sens.

On peut dire ce qu’on voudra de sa manière de faire, l’administration Trump a carrément relancé l’industrie du livre aux États-Unis.

Depuis sa victoire aux primaires américaines et encore plus depuis son élection à la fin de 2016, la vedette de téléréalité, magnat de l’immobilier et coureur de jupons notoire a été le sujet de prédilection de bon nombre d’auteurs, de journalistes et d’analystes politiques.

En librairie, on retrouve autant d’ouvrages qui encensent l’homme au toupet de fer que d’essais qui le discréditent. La plupart sont coiffés de titres évocateurs, tels que Everything Trump Touches Dies : A Republican Strategist Gets Real About the Worst President Ever du stratège républicain Rick Wilson; Media Madness: Donald Trump, the Press, and the War Over the Truth, du journaliste Howard Kurtz, ou bien The Dangerous Case of Donald Trump: 27 Psychiatrists and Mental Health Experts Assess a President, pour ne nommer que ceux-là.

N’oublions pas les titres les plus connus et controversés, Fire and Fury de Michael Woff et Fear, publié par le célèbre journaliste Bob Woodward plus tôt cette semaine.

Les volumes se comptent par centaines, et M. Trump n’en est même pas encore à la première moitié de son mandat. Cela démontre qu’il s’agit sans l’ombre d’un doute de la présidence la plus décortiquée de l’histoire des États-Unis, et les chiffres de vente témoignent de la fascination du public américain pour cette présidence hors du commun.

Entre 1992 et 2017, les ventes de livres en librairie aux États-Unis ont grandement fluctué, selon des données tirées de Statista. À compter des années 1990, le marché a cru graduellement jusqu’à atteindre un sommet de 17,7 milliards de dollars en 2007. Par la suite, les ventes se sont mises à diminuer pour atteindre 11 milliards de dollars en 2015. Or, depuis 2016, les chiffres ont recommencé à croître.

On ne saurait l’attribuer exclusivement à l’accession de Donald Trump à la présidence, et l’essor du livre numérique au milieu des années 2000 a aussi volé sa part de marché au secteur de l’imprimé.

Mais vu la teneur de plusieurs ouvrages écrits à propos de l’instigateur de The Apprentice, qui dépeignent la Maison-Blanche comme le Pandémonium, nul doute que cela suscite la curiosité de nombreux Américains, et même de lecteurs partout dans le monde.

Le scandale, le sexe, l’argent, le pouvoir, la politique, la corruption, le mensonge, ça fait vendre. Tout ça ensemble, c’est la recette du succès, un chemin doré vers le pactole. C’est encore plus vrai quand la réalité dépasse — et de loin — la fiction.

Plutôt que d’être mécontent, M. Trump devrait se réjouir. N’avait-il pas dit : « Buy American » ?

Vire-capot
Les livres les plus fascinants sur la gouverne du 45e POTUS sont toutefois l’œuvre d’anciens membres de son entourage. D’ordinaire, les ouvrages de collaborateurs de l’homme le plus puissant de la planète sont publiés après son départ de la Maison-Blanche, et on analyse l’ensemble de l’œuvre.

Or, dans le cas de M. Trump, il suffit d’être congédié après quelques mois, voire quelques jours à peine, pour se sentir assez inspiré pour rédiger ses mémoires avec l’aide d’un écrivain fantôme.

Après son ancien porte-parole Sean Spicer (The Briefing: Politics, the Press, and the President), la directrice des communications Omarosa Manigault Newman (Unhinged), son prédécesseur Anthony Scaramucci (Trump, the Blue-Collar president), de même que l’ouvrage fort attendu de son ancien conseiller stratégique Steve Bannon, voilà qu’on apprenait mercredi que l’actrice porno Stormy Daniels, qui allègue depuis plusieurs années avoir entretenu une relation extraconjugale avec l’homme d’affaires, en dévoilera tous les détails dans une autobiographie à paraître en octobre.

C’est à se demander si une saucette à la Maison-Blanche n’est pas un stage en création littéraire…

Voir autant de ses ex-collaborateurs signer des contrats d’édition dès leur sortie du giron présidentiel montre à quel point la loyauté se fait rare autour de Trump qui, de toute façon, ne fait confiance à personne.

À peine ont-ils quitté Washington que ces hauts placés du cabinet présidentiel retournent leur veste pour régler leurs comptes et lèvent le voile sur tout ce qui cloche derrière des portes closes, confirmant souvent nos soupçons...

Ironiquement, ces anciens membres de l’administration Trump, en guerre contre les journalistes depuis le jour 1, incarnent désormais et à leur manière ce qu’ils reprochaient aux médias qui, à leurs yeux, étaient des créateurs de fake news : pour reprendre les mots du journaliste Albert Londres, ils portent la plume dans la plaie.