Même si notre société est friande de shopping, elle considère encore la consommation comme un péché.

Grosse poche

Ça y est, la neige est là. Je n’étais pas prête. Décembre est (presque) à nos portes. On va se le dire : le temps des Fêtes, avec tout son flafla et ses chansons qui rendent nostalgiques, est arrivé, qu’on le veuille ou non.

Les signataires du Pacte pour la transition sont confrontés à un défi de taille ces jours-ci, un défi qui mettra leur bonne volonté à l’épreuve : le Vendredi fou et le Cyberlundi. J’ignore d’ailleurs pourquoi le samedi et le dimanche n’ont pas leur petit nom, alors qu’ils sont coincés entre les deux.

J’ai même découvert la semaine dernière l’existence du Jeudi rouge. L’an prochain, on inventera le Mercredi écarlate, et l’année suivante, le Mardi dément, pour inviter les gens à profiter d’escomptes sur des prix préalablement gonflés à l’hélium et aux stéroïdes — en même temps.

Tel le chant des sirènes, l’appel des rabais se fait entendre afin de nous inciter à consommer encore et encore.

Pas le temps de reprendre notre souffle : Noël approche et nous revoilà bombardés à nouveau de publicités et de rappels qu’il ne faut pas oublier d’acheter la bébelle dernier cri pour Ti-pou, un gage d’amour qui shine pour l’être aimé et le même cadeau qui sent bon qu’on offre pour la cinquième année de suite à mamie.

Faut quand même bien remplir la grosse poche du père Noël... !

Avouons-le : on consomme tous et il est difficile de résister à ce qui nous apparaît comme étant un bon deal.

Avec le magasinage des Fêtes vient aussi la remise en question de cette consommation. Pourquoi consomme-t-on ? Consomme-t-on pour combler un vide ? Consomme-t-on pour passer le temps ? Devrions-nous consommer moins ? Consommer mieux ?

Parce que même si notre société est friande de shopping, elle considère encore la consommation comme un péché. Il faut posséder, mais pas trop. Il faut réussir financièrement, mais si ça paraît trop, ça met les autres mal à l’aise.

Bref, l’idéal serait d’être riche comme Crésus, mais pratiquer la simplicité volontaire pour avoir le mode de vie de Job.

La nouvelle députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, l’a bien appris, elle qui s’est fait injustement pointer du doigt parce qu’elle possédait une voiture — un VUS qui n’était pas vraiment un VUS finalement...

Mais au fait, fait-on des cadeaux uniquement pour faire plaisir à l’autre ou le fait-on aussi (un peu) pour bien paraître ? Pour être apprécié, pour être remercié ? Pour flatter notre égo, pour se prouver qu’on est capables de faire des « beaux » cadeaux ?

Bref, osons nous poser la question : sommes-nous parfois généreux par pur narcissisme ?

Le mot est dit : narcissisme.

C’était d’ailleurs l’objet d’une discussion que j’ai eue cette semaine en prenant part à une émission de radio. On parlait des conséquences environnementales de la prise d’égoportraits. Oui oui, les fameux selfies, qui représentent l’apogée du narcissisme, ont pour effet de saccager certains lieux naturels qui ne sont pas faits pour accueillir autant de personnes en même temps. Ça m’a rappelé cette ferme de tournesols dans la région d’Hamilton, en Ontario, qui, envahie de touristes désireux de s’immortaliser dans le paysage, a décidé de fermer ses portes au public.

Plutôt que de vivre le moment présent, on s’offre en vitrine, comme si nous étions nous-mêmes devenus des produits de consommation que les autres devraient désirer.

Hors d’ondes, les autres collaborateurs et moi discutions du fait que l’exhibitionnisme de certains sur Internet n’était pas tant provoqué par notre désir de se montrer aux autres, mais plutôt exacerbé par le narcissisme des autres, qu’il nous faut à tout prix égaler.

Nous sommes devenus les voisins gonflables du Web.