Les produits d’hygiène féminine sont l’une des premières choses dont les femmes en situation de pauvreté se passent lorsqu’elles n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Donner des ailes

CHRONIQUE / Ainsi le gouvernement de Justin Trudeau songerait à modifier le Code canadien du travail afin d’offrir gratuitement des produits menstruels aux employées des instances fédérales, histoire de donner l’exemple aux entreprises privées qu’il voudrait voir emboîter le pas.

Cette volonté s’inscrit dans la même veine que l’esprit de la loi, qui prévoit que du papier hygiénique, du savon et de quoi se sécher les mains soit disponible en tout temps aux employés de la fonction publique fédérale, des sociétés d’État et des aéroports, entre autres, et ce, aux frais de la reine.

Selon La Presse, environ 480 000 travailleurs de l’État ayant leurs règles pourraient bénéficier de la mesure lorsqu’elle entrera en vigueur, si elle est adoptée par les parlementaires.

Rapidement, l’ancien conservateur et chef du Parti populaire du Canada Maxime Bernier a rabroué cette idée qui l’a fait saigner du nez.

« C’est aux femmes de se responsabiliser », a-t-il dit, plaidant que ce n’était pas la responsabilité de l’État que de payer pour des produits hygiéniques et qu’il y avait d’autres débats beaucoup plus importants.

Une déclaration qui a mené à plusieurs débordements, mais ça, c’est une autre histoire. Mais sur le fond, Maxime Bernier n’a pas tort.

Intention louable, mais...

Cette proposition mise de l’avant par la ministre de l’Emploi, du Développement de la Main-d’œuvre et du Travail, Patty Hajdu, va un peu plus loin que l’abolition de la TPS par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en juillet 2015, suivie au même moment par l’élimination de la TVQ par le gouvernement du Québec, qui vise à réduire l’iniquité économique engendrée par l’achat de produits d’hygiène féminine.

C’est vrai : le fait de devoir débourser pour contenir le flux menstruel est une dépense sexiste par nature en raison des différences biologiques fondamentales qui existent entre les hommes et les femmes.

Ne recevant pas la visite de Dame Nature chaque mois, les hommes cisgenres [ndlr : ceux qui s’identifient comme un homme dans un corps d’homme] n’ont en effet pas à débourser pour acheter serviettes hygiéniques, protège-dessous, tampons, coupes menstruelles et culottes absorbantes, ce qui contribue, selon certains, à creuser l’écart de richesse entre les hommes et les femmes.

Mais si l’intention du gouvernement libéral de revoir les règles est louable, elle rate sa cible.

La proposition de la ministre Hadju aurait un plus grand impact si elle se déployait en fonction du revenu. Les femmes vivant sous le seuil de la pauvreté ou gagnant le salaire minimum bénéficieraient davantage de la gratuité des produits d’hygiène féminine. Ça coule de source, il me semble.

Les plus récentes données sur la rémunération selon l’industrie, recensées par Statistique Canada, nous apprennent que les travailleurs de l’administration publique ont un salaire hebdomadaire moyen de 1271,65 $, avant le temps supplémentaire. De l’autre côté, le montant mensuel de base alloué aux prestataires d’aide sociale aptes au travail et sans enfant est de 669 $ au Québec.

Un coup d’œil rapide auprès de plusieurs pharmacies révèle qu’une boîte contenant 18 tampons réguliers coûte en moyenne 4 $, qu’une boîte de protège-dessous se détaille entre 3 et 5 $, alors qu’un emballage de 18 serviettes hygiéniques ultra minces coûte environ 4,50 $. En rabais, faut-il préciser.

Ces dépenses représentent une somme tout de même significative pour celles qui doivent compter chaque sou. Pas si étonnant alors que ces biens sont l’une des premières choses dont les femmes en situation de pauvreté se passent lorsqu’elles n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

La fin du mois l’emporte sur la semaine.

Il est là, le véritable débat.

Pour ces personnes qui se font déjà du mauvais sang à l’idée de manquer de sous pour mettre du pain sur la table, les économies réalisées pourraient leur permettre de souffler un peu. Quelques dollars qui suffiraient à créer une zone tampon suffisante pour ne pas boucler leur budget à l’encre rouge.

Certaines écoles, pharmacies ou organismes dispersés au Canada l’ont compris et offrent déjà gratuitement des produits d’hygiène féminine ou en financent l’achat pour les femmes défavorisées.

Ça ne leur donne pas des ailes, mais ça fait toute une différence.