Tout enfant qui mesure moins de 63 cm de la tête aux fesses doit se trouver dans un siège homologué, adapté au poids et à la taille de l’enfant et installé correctement dans le véhicule selon les instructions du fabricant du siège ET du véhicule.

Un savoir qui ne se transmet pas

Une publication sur mon mur Facebook a attiré mon attention il y a quelques jours. En gros, on pouvait y lire, photos à l’appui, qu’il était préférable qu’un enfant demeure assis dans un siège d’auto qui fait face vers l’arrière jusqu’à l’âge de deux ans, voire le plus longtemps possible. Parce que selon plusieurs études récentes, les os des tout-petits ne seraient pas prêts à encaisser un impact vers l’avant en cas de collision avant l’âge de quatre ans.

« Ne vous préoccupez pas pour mes jambes, je peux trouver une façon d’être confortable », fait-on dire à un enfant tantôt les jambes en l’air, tantôt « croisées en indien », tantôt placées de chaque côté du siège.

Ce qui m’a agacée dans cette publication, c’est surtout le fait que le jeune ne portait pas de suit d’hiver. Nu-pied, vêtu d’un jean et d’un chandail, il semblait effectivement relativement bien s’accommoder. Mais en plein mois de janvier, au Québec, il aurait fait quoi ? Pour plusieurs enfants, un habit de neige dans un siège d’auto, c’est l’équivalent d’une camisole de force tellement ils y sont coincés.

C’est d’ailleurs souvent un des arguments amenés par les parents pour justifier le fait qu’ils « passent à l’étape suivante » sans que leur petit n’ait tout à fait le poids ou la grandeur requis.

J’ai soulevé ce point en commentaire à ladite publication. Les réponses qu’on m’a servies m’ont encore plus étonnée. « On devrait leur enlever leur suit d’hiver dans l’auto, à moins qu’ils ne portent un manteau qui passe le test crash », m’a entre autres écrit quelqu’un qui disait avoir été formé en tant que « technicienne pour la sécurité des enfants passagers ».

Je m’excuse, mais si je passe 20 minutes dans l’entrée à négocier pour que ma petite enfile son mau*** habit de neige, je ne vais certainement pas le lui enlever 30 secondes après dans la voiture ! Surtout si j’ai deux enfants. Ou plus. Et puis, pour être franche, je trouvais ça un brin exagéré. Alors, j’ai décidé d’aller aux vraies sources pour avoir les vraies informations en matière de « sécurité des enfants passagers ».

Tous différents
Je me suis donc rendue au poste de police de ma municipalité rencontrer l’agente Caroline Garand, membre du comité Attachez-le à la vie, qui organise chaque année des cliniques de vérification de sièges d’auto. Elle m’a confirmé que la loi était à la fois simple et très complexe.

En gros, pour vous faire un résumé de l’article 397, tout enfant qui mesure moins de 63 cm de la tête aux fesses doit se trouver dans un siège homologué, adapté au poids et à la taille de l’enfant et installé correctement dans le véhicule selon les instructions du fabricant du siège ET du véhicule.

Dit autrement, c’est ce qui est écrit dans les manuels d’instructions (du siège et de la voiture) qui dictent si on utilise adéquatement et de manière sécuritaire notre siège d’auto.

Je pose la question : combien d’entre nous avons lu nos manuels d’instructions avant d’installer nos acquisitions ? Qui l’a même reçu après avoir opté pour le siège prêté par une amie, qui l’avait elle-même obtenu de son beau-frère ?

Pourtant, bien que leur utilisation semble relativement conviviale, chaque siège possède ses particularités, souligne Mme Garand. « Les coquilles pour bébé, par exemple... Dans certains cas, il faut déplacer la poignée vers l’avant, d’autres fois vers l’arrière pour que ce soit sécuritaire », illustre-t-elle.

Les parents doivent également prendre le temps de bien analyser leurs besoins, puisque ce ne sont pas tous les sièges qui servent à tous les enfants et dans tous les véhicules, souligne-t-elle encore. « Certains ont des harnais de sécurité plus grands que d’autres, et d’autres ne seront pas installés de façon sécuritaire sur une banquette arrière qui a une forte inclinaison. »

Décomplexifier la chose
Et c’est là toute la complexité de la chose. Il y a trop de sortes de sièges et de voitures différentes, et les normes des fabricants ne sont pas standardisées. « C’est vrai que ça devient très complexe pour les parents, qui ne sont pas nécessairement des spécialistes sur le sujet», concède l’agente Garand, qui mentionne également la grande vitesse à laquelle évoluent les normes de sécurité.

Profitons-en ici pour rappeler que la Loi sur la sécurité routière sera d’ailleurs modifiée sous peu : à partir du 18 avril, les sièges d’appoint deviendront obligatoires jusqu’à ce que l’enfant mesure 145 cm debout. Donc, il est peut-être là, le problème. Je suis certaine qu’aucun parent ne veut mal faire, et que ce n’est pas par négligence qu’un enfant sur deux est mal installé dans son siège — et donc n’est pas bien protégé en cas d’accident, selon les statistiques. Sur l’ensemble du territoire desservi par le service de police de Granby, le taux, en 2018, grimpait à 59 %, indique Caroline Garand, qui souligne du même coup que les statistiques se maintiennent d’année en année, et ce, malgré les cliniques de vérification qui se tiennent depuis plus d’une dizaine d’années. Comme si la passation des savoirs ne se faisait pas.

Simplifiez. Uniformisez davantage. Et rendez les instructions userfriendly. Je suis certaine que ce serait un grand pas vers une utilisation plus sécuritaire du siège d’auto chez plusieurs parents. Ah oui, et pour ceux et celles qui se le demandent, il est effectivement recommandé, dans le manuel d’instructions de la plupart des sièges d’auto, d’éviter les gros manteaux. Mais bon, il ne faut pas virer fou non plus: on est au Québec quand même ! « Faites juste vous assurer que le harnais est bien ajusté », conseille l’agente Garand.

Pour en savoir plus sur certaines règles de base dans l’utilisation sécuritaire des sièges d’auto, rendez-vous sur les sites Internet de la SAAQ ou de la CAA.