Le cortex préfrontal des adolescents n’est pas encore «connecté». C’est cette zone qui est responsable notamment du processus de raisonnement, de planification, de priorisation, bref du jugement, celui qui gère le contrôle de nos pulsions et notre capacité à nous projeter dans l’avenir.

Le cerveau immature des ados

Un collègue était préoccupé cette semaine. Il avait des problèmes avec son ado. Pas de gros problèmes, juste des problèmes normaux comme tout parent d’adolescent. Des préoccupations de routine, pour ainsi dire — sans rien amenuiser.

On a jasé pendant de longues minutes, mais je sentais bien que je ne pouvais lui venir en aide. Qu’est-ce que j’y connais, aux adolescents? Ma plus grande vient de souffler ses six bougies il y a à peine 48 heures…

Surtout, il n’est pas con, mon collègue. Il a même une bonne tête sur les épaules. Rationnellement, il comprend bien des affaires. Il sait. Que c’est une période difficile. Que ça va passer. Que son jeune va s’en sortir d’une façon ou d’une autre. Mais ça n’empêche pas qu’émotionnellement, pour l’instant, ça vient le chercher. Et c’est normal.

On veut tous le meilleur pour nos enfants. Avec notre plus ou moins grande expérience de la vie, on voudrait bien leur éviter les embûches, les échecs, les difficultés par lesquelles on est soi-même passé. On se voit parfois à travers eux. On se revoit à cet âge, et aujourd’hui, avec notre maturité d’adulte, on se dit que si c’était à refaire…

Et il est parfois là, le problème. Probablement parce que nos grands nous dépassent d’une tête et qu’ils portent la même pointure de chaussures ou la même taille de pantalon que nous, on a tendance à les considérer comme des adultes. Qui ont la capacité de raisonner comme des adultes. Erreur.

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Ce n’est pas parce qu’à 12 ans leur cerveau a atteint sa taille définitive qu’il est complètement mature. Son développement se termine passé 20 voire 25 ans, rappelle la chef du département de neurologie de l’école de médecine de l’Université de Pennsylvanie, Frances E. Jensen, dans son livre Le cerveau adolescent, guide de survie à l’usage des parents, publié en 2016.

Entre autres choses, le cortex préfrontal des adolescents n’est pas encore «connecté». C’est cette zone qui est responsable notamment du processus de raisonnement, de planification, de priorisation, bref du jugement, celui qui gère le contrôle de nos pulsions et notre capacité à nous projeter dans l’avenir, explique-t-elle.

À cela il faut ajouter leur manque d’expérience, et le fait qu’ils ne vivent plus dans l’environnement protégé de l’enfance. Ils sont en pleine transition entre cette époque de dépendance et l’autonomie de l’âge adulte. Et même s’ils sont biologiquement programmés pour cette quête inévitable — et souhaitable — d’indépendance, ils ne sont pas encore totalement outillés pour y faire face. Du moins comme nous, adultes, le ferions, ou du moins souhaiterions qu’ils le fassent.

Et c’est là qu’entre en jeu l’ingrate tâche du parent. Celle d’offrir des balises, un cadre pour pallier le manque de contrôle de l’adolescent. Des heures de devoirs à respecter, un temps limite pour les écrans et les jeux vidéos, des tâches à effectuer dans un temps donné, etc.

On le répète ad nauseam, mais il est primordial aussi de dialoguer avec eux. Mais avant de leur parler, il importe surtout de savoir les écouter. Selon une étude de l’Université de l’Illinois, plus un jeune se sent écouté, plus il est réceptif à ce que l’adulte lui dit. Il faudrait donc d’abord s’ouvrir à ce qui le préoccupe lui, plutôt que de se concentrer sur ce qui nous inquiète nous.

Et bien sûr, ça prend une bonne dose de patience, de constance, de confiance et d’amour. D’humilité, je dirais aussi…

Le plus difficile dans le fait d’être parent, me suis-je fait la réflexion, ce n’est pas l’éducation. C’est d’accepter de ne pas toujours avoir raison. De ne pas toujours savoir. C’est être forcé à beaucoup de résilience, à devoir lâcher prise. C’est se donner corps et âme pour aider un petit être à devenir un adulte responsable, qui assume ses propres décisions, surtout si elles ne nous conviennent pas, si elles viennent nous confronter. Et c’est continuer d’aimer malgré tout.

Une pas pire job

Quand je regarde mes deux puces du haut de leurs trois (ou six) pommes, je me dis que j’ai jusqu’à maintenant fait une pas pire job avec elles. QU’ON, mon conjoint et moi, a fait une pas pire job. Malgré la patience qui n’y est pas toujours, la constance non plus d’ailleurs, les erreurs et les (trop) bonnes intentions qui se sont étiolées au fil du temps (tsé, le genre « moi, mes enfants ne regarderont JAMAIS plus de 30 minutes de télévision par jour » ou encore « il y aura des légumes sur la table à tous les repas »!)

Je sais très bien que dans moins d’une dizaine d’années, on sera aussi confrontés à cette étape ingrate qu’est l’adolescence. Et que malgré toute la bonne volonté du monde, je me ferai probablement un sang de cochon à propos d’elles, que j’aurai probablement moi aussi envie de leur arracher la tête par moment — ça m’arrive déjà, je m’en confesse.

Mais j’espère vraiment être en mesure, quand elles auront 25, 30 ans, de les regarder encore et toujours avec fierté, en me disant « ouin, finalement, on a fait une pas pire job ».