Une professeure de pédagogie de la Colombie-Britannique a qualifié cette semaine le ballon-chasseur «d’intimidation légalisée». Elle estime que ce sport enseigne aux enfants «qu’il est acceptable de victimiser d’autres personnes».

Des ballons en pleine face

CHRONIQUE / Une collègue de travail m’a fait suivre un article de Radio-Canada cette semaine. Le titre m’a aussitôt transportée 25 ans en arrière, dans le gymnase jaune de mon école primaire qui sentait bon les gens qui ont eu trop chaud.

«Quand ballon-chasseur rime avec intimidation.»

Une professeure de pédagogie de la Colombie-Britannique a qualifié cette semaine le ballon-chasseur «d’intimidation légalisée». Elle estime que ce sport enseigne aux enfants «qu’il est acceptable de victimiser d’autres personnes».

Même si je reconnais que ce jeu peut parfois être cruel, l’usage du mot «intimidation» me semble quelque peu exagéré.

D’ailleurs, je trouve qu’en général, on a tendance à abuser du mot, qu’on sert à toutes les sauces quand il n’y a pas d’harmonie universelle, ce qui ne sert pas la cause. Au contraire, ça vient à mon avis banaliser le phénomène, et en atténuer la gravité. L’intimidation, la vraie, c’est sérieux, ça peut avoir de graves conséquences sur les personnes qui la subissent. Ce n’est pas à prendre à la légère.

Pourtant, depuis qu’on a accolé un nouveau mot à un phénomène vieux comme le monde, j’ai l’impression que tout le monde est victime d’intimidation. Ou du moins l’a été dans son jeune temps. Moi y compris, alors que je ne le savais même pas.

Une société de victimes?

On a tous «mangé un ballon en pleine face» en cours d’éducation physique. On a tous essuyé des insultes, fait rire de nous à un moment ou un autre durant notre parcours scolaire. On s’est tous fait dénigrer ou humilier à certaines occasions à travers des comportements inadéquats de la part d’autres élèves. Ça n’a pas changé, et ça ne changera probablement jamais.

Ce qui a changé, par contre, ce sont nos réactions face à de telles situations. Depuis plusieurs années, j’ai l’impression qu’on tente d’enseigner aux enfants, dès leur plus jeune âge, que tout le monde il est beau, tout le monde, il est fin et que tous leurs camarades de classe ou de garderie sont leurs amis. L’usage de la violence n’est plus toléré dans aucune circonstance, même pour se défendre, même sous forme de jeu.

Le chamaillage et le jeu du Roi de la montagne sont déjà interdits dans la majorité des cours d’école. Qui plus est, pour ne froisser personne, on vise presque à éliminer toute forme de compétition avec le discours «tout le monde gagne» qu’on sert dès la garderie.

Est-on en train de créer une société de victimes, incapables de se défendre, mais surtout de faire face à l’adversité, à gérer les frustrations, à surmonter les obstacles qui, immanquablement, se présenteront sur leur chemin tout au long de leur vie?

Tester ses limites

Les enfants forgent leur identité et leur caractère en se confrontant aux autres. C’est inné. Et nécessaire.

L’expert en psychoéducation et professeur à l’UQTR Pierre Potvin affirmait dans L’Actualité, en février dernier, que le tiraillage est un jeu de rôles qui apprend aux enfants à tester leurs limites. Les leurs, et celles des autres.

«Au primaire, ça fait partie de la construction de l’identité, surtout pour les garçons. Le jeune peut ainsi tester sa force en présence d’un adversaire et répondre aux questions: suis-je fort? Jusqu’à quel point suis-je capable d’endurer?», faisait-il valoir.

«Ces jeux permettent d’entrer en contact avec les autres enfants, de développer des habiletés sociales, des habiletés de gestion des émotions et d’autocontrôle (retenir un geste agressif, par exemple)», dit encore la psychoéducatrice Pénélope Allen dans un billet de blogue sur le site Internet de la clinique d’intervention éducative Déclic.

Les interdire complètement ne rendrait donc pas service à l’enfant. Les experts suggèrent d’ailleurs plutôt de les encadrer, les superviser, pour qu’il n’y ait pas de débordements.

Une question de respect

Un autre truc qui me dérange dans tous ces discours, c’est la tendance à s’adresser uniquement aux «bullies». S’il est incontournable de faire de la sensibilisation pour le respect de tout un chacun, il est tout aussi important d’enseigner aux enfants le respect de soi. Parce qu’un bourreau n’existe qu’à travers sa victime.

Bien sûr, la violence n’est pas la première solution à privilégier. Mais parfois, elle peut s’avérer nécessaire. Quand les mots, le «laisser faire», voire l’intervention d’un adulte ne suffisent plus: frappe, mord, n’importe quoi, mais ne te laisse pas faire!

Fais-toi respecter!

Apprendre à son enfant à se faire respecter, c’est lui montrer à être fort, à se tenir droit, à être fier de qui il est. C’est lui inculquer que personne n’a le droit de lui marcher sur les pieds. Cest contribuer à forger son estime de soi. C’est l’armer d’un outil important qui lui servira indubitablement dans le futur.

Parce que la vie va immanquablement lui envoyer plusieurs ballons en pleine face. À défaut de pouvoir tous les éviter, il vaut mieux qu’il apprenne tôt à faire avec.