Y a toujours quelqu’un, quelque part, qui va te juger, anyway, peu importe ce que tu fais. Peu importe ta décision, ta façon de faire, tu es coupable de quelque chose.

Coupable!

CHRONIQUE/ Attablée récemment avec des amis pour le souper de fête d’une des petites, j’ai été confrontée dans mes convictions parentales.

Choquée, ce que j’ai trouvé de mieux à faire a été de m’éloigner de la scène qui venait heurter mes valeurs. « Cette maman est en train d’éduquer sa fille selon ce qu’elle croit être le mieux pour elle, à partir de ce qu’elle sait et de ce qu’on lui a appris », ai-je tenté de me convaincre.

Je tiens à préciser que la petite n’était aucunement en danger, rassurez-vous.

Ça nous arrive tous de ne pas être en accord avec la façon d’agir d’un parent envers son enfant. Mais même si, personnellement, on ferait autrement, on se retient d’intervenir. Et avec raison — à moins que la sécurité du jeune soit mise en danger, comme nous l’ont prouvé de récents événements.

Que sait-on réellement de la réalité de cette famille au quotidien ? De cet enfant ? De ce parent ? De la dynamique entre les deux ? Et, surtout, qui sommes-nous pour nous permettre de nous immiscer dans cette relation ? Le meilleur parent du monde ? Certainement pas. Celui qui sait tout ? Encore moins.

Certainement que ce soir-là, autour du gâteau d’anniversaire, certains parents présents n’étaient pas d’accord avec ma façon de faire avec mes filles, n’ai-je pu m’empêcher de penser. 

Vous êtes condamnés…

Puis, j’ai eu une pensée pour certains commentaires que j’ai vus circuler sur les réseaux sociaux à la suite du drame de la fillette de Granby. « Je n’intervenais pas, mais maintenant, je vais le faire », disaient-ils, en gros, à propos de comportements jugés inadéquats de la part de parents envers leurs enfants.

Si l’intention de base est bonne, je crains que ça ne dérape... 

Des gestes ou des mots un peu brusques, commis ou prononcés pour réprimander un enfant qui réclame du chocolat ou du temps supplémentaire dans les modules de jeux au parc à grands coups de crisettes, ce n’est pas de la maltraitance. C’est de l’éducation !

Entre la discipline positive et la violence, il y a toute une zone dans laquelle chacun peut choisir sa teinte de gris. Ce qui est inacceptable pour l’un peut l’être pour l’autre. « On oublie qu’il n’y a plus qu’une seule façon d’élever un enfant, sinon 1001, comparé à il y a quelques décennies à peine où la société était beaucoup plus homogène », me disait la psychologue Suzanne Vallières, il y a quelques semaines.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui « on ne se contente plus d’avoir une opinion. On juge et on condamne », exposait-elle également.

J’ose espérer que ces manifestations sur les réseaux sociaux ont été formulées sur le coup de l’émotion face à la tragédie qui a ébranlé la province entière. Et non qu’elles en seront les contrecoups. Car bientôt, on ne saura plus sur quel pied danser. C’est déjà assez difficile d’être parent en public et de faire face aux multiples jugements venant de tout un chacun. 

Être parent, c’est…

Oui, être parent, c’est aussi ça. C’est faire face, la tête haute, convaincu de sa façon d’agir (même si on ne l’est pas vraiment), aux conflits, aux manifestations de caractère, aux interrogations, aux peurs et aux humeurs de son enfant.

C’est douter, c’est se questionner. C’est essayer de comprendre, c’est faire semblant qu’on gère, malgré tout. C’est assumer dans l’incertitude et c’est faire de son mieux. C’est faire fi de tous les qu’en-dira-t-on. C’est poignant, un point c’est tout. Les non-­parents ne peuvent pas comprendre à quel point n’importe quel enjeu, quand l’émotion entre en jeu, peut se compliquer fois dix.  

Y a toujours quelqu’un, quelque part, qui va te juger, anyway. Peu importe ce que tu fais. Peu importe ta décision ou ta façon de faire, tu es coupable de quelque chose. Trop sévère, trop lousse ; pas assez présent, trop protecteur... Aux yeux des autres, tu feras rarement ce qu’il faut. C’est non seulement culpabilisant, c’est gênant.

Déjà qu’on craint de nuire au bon développement de son enfant, peu importe ce qu’on fait, comme si on pouvait « manquer notre coup », on a peur de dire qu’à certains moments, on ne sait pas. On ne sait pas quoi faire. On ne sait pas comment réagir. On ne sait même pas comment on se sent ou comment on devrait se sentir. Chaque enfant est différent, et il ne naît pas avec un manuel d’instruction.

Être parent s’apprend au jour le jour, toute la vie. À coups d’essais et d’erreurs. La majorité du temps, on fait ce qu’on peut. C’est dans ce rôle le plus difficile, bien souvent, qu’on apprend la vraie résilience, le lâcher-prise. Que ce soit avec les nôtres, ou avec ceux des autres.