En famille

La fameuse charge mentale…

CHRONIQUE/ On en entend parler de plus en plus. Elle est, à en croire tous, la principale cause de la détresse maternelle aujourd’hui.

La charge mentale…

Pourtant, dès qu’on aborde le sujet, on entend des pères monter aux barricades. «Bin voyons, on n’est pas des lâches qui ne faisons rien dans la maison!»

On entend aussi des femmes se porter à la défense des hommes : «Il faut arrêter de les stigmatiser; ce sont bien souvent eux qui réparent les bris dans la maison, font les travaux d’entretien à l’extérieur, et ils participent de plus en plus aux tâches ménagères quotidiennes genre faire la vaisselle, donner le bain aux petits, etc.»

Je donne raison à tout le monde. Seulement, il reste ce fantôme qu’est la charge mentale qui hante le quotidien de bien des mères, au foyer ou non.

J’ai lu plusieurs articles, chroniques, blogues et «statuts Facebook» sur le sujet. J’ai même jeté un regard sur la fameuse BD qui a pratiquement lancé le débat sur le sujet, il y a plus d’un an. Pourtant, aucun écrit ne parvenait, à mon avis, à décrire exactement la détresse que je pouvais ressentir par moment. À l’instar de bien des femmes.

Jusqu’à ce que ma voisine publie ceci sur son mur : «Cette bouilloire interne que j’ai, je la décris régulièrement à mon mari. Une chance qu’il fait le ménage, le lavage, s’occupe du terrain, de la piscine, va chercher les enfants régulièrement... mon mari en fait des choses, mais nous (les femmes, les mamans), on continue d’y penser, donc on ne règle pas plus le trouble interne. Et pour ceux qui disent qu’il fallait demander... ben si on demande, c’est qu’on a encore dû prévoir, on a encore dû y penser. Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, où, combien.... comment se fait-il qu’on soit les seules à penser au bon moment pour prendre un rdv chez le dentiste, que c’est l’inscription de soccer, que le plus jeune va manquer de bobettes, qu’il faudra prévoir un budget pour ça et qu’il faut aller le porter à la fête d’ami à telle heure ? Parfois, on a envie de mettre ça a off un peu.»

«C’est exactement ça!!!» s’est exclamée une amie quand je lui ai fait un résumé sommaire de ce commentaire. «Mon chum participe, mais il ne planifie rien!»

Si on le voulait vraiment

Voilà donc le constat. Général, je précise. Y'aura toujours des exceptions à la règle, mais de ce que je constate dans mon entourage, ce sont les femmes qui gèrent le quotidien. «Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, où, combien…»

Il n’y aurait pas de quoi écrire si celles-ci ne sortaient pas à tout bout de champ pour dénoncer la situation sur les différents «blogues de mères indignes». Et encore là, depuis le temps, je suis certaine que les choses auraient changé. Si elles l’avaient VRAIMENT voulu.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’on est un peu prophètes de notre propre malheur. Qu’en fait, nous sommes un peu — pas mal — les actrices principales de nos propres drames humains. Et que, malheureusement, on ne peut, ne sait souvent faire autrement.

Je suis persuadée que les choses sont comme elles sont à cause de nous, les femmes. On prend tout en charge d’emblée, et comme il y a rarement place à deux boss dans une même shop…

Il m’arrive parfois, je l’avoue, lasse, de baisser les bras. De prendre un break de moi-même. D’abdiquer devant mes devoirs parentaux, familiaux et de «responsable du foyer». Pas longtemps, quelques heures, parfois quelques jours.

Chaque fois, je remets le chapeau en me disant que malgré mon «absence» — je mets le terme entre guillemets parce que je ne suis pas vraiment absente physiquement, juste que je démissionne temporairement de mon poste de «chargée de projets domestiques» ou de «présidente des tâches ménagères» —, la Terre a continué de tourner, la famille a continué d’exister. Pas nécessairement comme je l’aurais voulu, mais ça va. Très bien même. Parfois même mieux que quand je suis aux commandes.

Et encore là, je me demande… si je venais qu’à m’absenter de longues semaines, plusieurs mois? Dans le fond, je suis certaine que mon chum saurait faire. Saurait gérer. Saurait prévoir. Saurait s’adapter à cette nouvelle situation de nouveau «chargé de famille», sans même qu’on ait à le coacher. C’est juste que quand je suis là, il en a rarement l’occasion. Et il fait comme bien des hommes dans cette situation : il s’efface.

Faire confiance

La question qui tue, c’est est-on vraiment prêtes à déléguer certaines responsabilités? À accepter que tout ne sera pas nécessairement fait comme on souhaiterait qu’il le soit, ni quand on voudrait qu’il le soit. Ni même combien on voudrait qu’il le soit.

Se délester vraiment d’une charge mentale, c’est faire confiance. C’est accepter ce qui vient, sans juger, sans critiquer, sans faire entendre qu’on aurait donc dû, qu’il aurait donc dû. C’est d’arrêter de penser de manière individualiste pour faire un véritable travail d’équipe.

Ça peut être inconfortable au début, insécurisant même. Mais à long terme, c’est bénéfique pour tout le monde.

Alors, je demande… Malgré toutes nos critiques, nos «pétages de coche privés ou publics», notre ras-le-bol collectif, notre écœurantite aigue d’avoir le sentiment de devoir porter à bout de bras le bien-être familial, sommes-nous réellement prêtes à se délester ne serait-ce que d’une partie de notre charge mentale?

En famille

Entre YouTube et Passe-Partout

CHRONIQUE/ À mon grand bonheur, mes filles tripent bin raide sur la nouvelle mouture de Passe-Partout. Mais à mon grand dam, elles lui préfèrent encore YouTube...

Maudit YouTube ! Source de beaucoup trop nombreuses crises lorsqu’on y met un holà et d’innombrables crêpages de chignon entre sœurs pour décider qui choisit la fameuse vidéo à regarder. Avoir su, il y a quelques années, on n’aurait jamais présenté la Chose à mademoiselle la plus grande pour l’aider à patienter dans la salle d’attente du médecin. (Si vous savez lire entre les lignes, comprenez bien ici qu’il s’agit d’un précieux conseil aux futurs parents : RETARDEZ AU MAXIMUM LE MOMENT D’INTRODUIRE LES ZINTERNET DANS LA VIE DE VOS ENFANTS !)

Outre l’alarme sonnée par plusieurs face au trop grand nombre d’heures passées devant les écrans, une autre chose m’indispose. Pour être franche, je ne comprends pas l’intérêt que mes filles trouvent à rerererererererereregarder les aventures de Kalys et Athena, parfois bien insignifiantes, avouons-le. Il faut toutefois croire qu’il y en a un auprès d’un jeune public puisque les deux petites youtubeuses françaises du Studio Bubble Tea ont plus d’un million d’abonnés à leur actif et leur chaîne se situe au deuxième rang des plus populaires auprès des enfants, juste devant Madame Récré.

Si les tests de produits, challenges et drôles de moments de vie des deux sœurettes peuvent encore passer, les vidéos de l’autre me font lever les cheveux sur la tête tellement elles sonnent comme de la publicité. Pour les non-initiés, sachez que la dame déballe sans cesse de nouveaux jouets et s’amuse avec eux en vantant à quel point c’est génial de jouer avec de la pâte à modeler Play-Doh, des poupées Corolle ou encore des œufs Kinder.

Pas de la publicité

Pourtant, il faudrait étudier le cas plus en profondeur, selon l’avocat Joey Zukran, habitué aux actions collectives. Il est notamment derrière le recours collectif contre McDonald et leurs Joyeux Festins. Pour qu’un message soit considéré comme une publicité, il faut qu’il incite une personne à utiliser un produit ou un service. « Il faut pousser à la vente », dit-il.

Or, dans le cas de Madame Récré, Me Zukran n’est « pas si sûr » qu’il s’agit de publicité. Même si n’importe quel enfant voudra lui aussi avoir la bébelle en question présentée sur YouTube. « Il faudrait prouver qu’il y a un but commercial. » « Mais le cas est certainement intéressant et il est vrai que la ligne est très mince », concède-t-il. 

Depuis 40 ans, le Québec interdit la publicité destinée aux moins de 13 ans parce qu’on considère qu’ils ne peuvent faire la distinction, avant l’adolescence, entre information et promotion. Il faut croire qu’elle fonctionne bien en général puisque, de l’avis de Me Zukran, il n’y a jamais eu si peu de publicité faite aux enfants au Québec.

Mais l’ère des réseaux sociaux vient compliquer la tâche de l’Office de protection du consommateur et, pire encore, rendent floues les limites à ne pas franchir, de sorte qu’on se retrouve aujourd’hui avec beaucoup de pubs indirectes, déguisées.

Le pire

Ce n’est cependant pas le pire des réseaux sociaux, comme on a pu le constater à plus d’une reprise cette semaine. Il me semble qu’il ne s’est pas passé une journée sans que n’apparaisse sur mon fil d’actualités Facebook une nouvelle alarmante concernant du contenu web.

« Des vidéos montrant aux enfants comment se suicider sur YouTube » ; « Des publicités retirées de YouTube, accusé de faciliter des agissements pédophiles » ; « Pédophilie : YouTube bannit les commentaires sous les vidéos mettant en vedette des mineurs » ; « Pornographie juvénile : une autre vedette du web arrêtée »...

« C’est dangereux », me confirme un ami informaticien, qui se dit lui aussi bien démuni parfois lorsque vient le temps de protéger ses enfants dans le cyberespace.

Si lui, le Dieu de l’informatique, le superhéros des bogues technologiques, n’arrive pas à arrêter tous les pas fins qui parviennent à déjouer les algorithmes youtubiens, comment moi, simple parent, puis-je y arriver ? D’autant plus que les jeunes en savent généralement beaucoup plus que leurs parents à ce niveau. TikTok, quossé ça ?

Pourtant, un des meilleurs moyens de prévention serait de s’intéresser à ce que nos enfants regardent, ce à quoi ils s’intéressent, disait Christine Thoër, professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM à La Presse en 2017. Pour mieux guider son jeune dans ses choix, le sensibiliser aux dangers, bref l’accompagner dans son éducation technologique, il serait donc préférable de passer par le partage plutôt que les restrictions. Car de toute façon, si c’est bloqué à la maison, ce ne le sera pas nécessairement chez des amis, sur les cellulaires, les tablettes ou autre.

Un avis que partage à 100 % Me Joey Zukran. « Les parents doivent absolument sensibiliser et responsabiliser leurs enfants afin qu’ils comprennent les enjeux de leur utilisation des médias sociaux », dit-il.

Mais tant qu’ils sont tout-petits, pourquoi ne pas les mettre devant Passe-Partout ? C’est tellement plus simple.

En famille

Les doués, ces oubliés

CHRONIQUE/ On a beaucoup parlé des enfants « à problème » dernièrement dans les médias. D’abord avec la sortie des pédiatres sur la surmédicamentation de ceux chez qui on diagnostique (parfois à tort) un TDA/H, puis avec le projet de maternelle 4 ans du gouvernement caquiste afin d’offrir aux jeunes vulnérables une chance de mieux partir dans la vie.

Depuis trois ans, toutefois, une autre problématique éducationnelle fait jaser, bien que moins bruyamment : celle de la douance. Ses conséquences n’en sont pas moins préoccupantes...

En famille

Grands-parents 2.0

Vendredi matin, 8 h 30, mon téléphone sonne. « Salut, j’te réveille-tu ? J’vais descendre aujourd’hui faire ton ménage pis ton lavage. »

Elle est drôle, ma mère. Je l’adore. Il y a quinze jours, elle a commencé sa préretraite. Sa fin de semaine est désormais plus longue que sa semaine de travail. « Ça me donnerait plus de temps pour venir te donner un coup de main... », m’a-t-elle aussitôt proposé.

Et moi qui m’étais sentie mal de lui gâcher sa première journée de congé le 31 janvier dernier en lui demandant de prendre soin de ma petite, fiévreuse, pour m’éviter de m’absenter une troisième journée de suite au travail !

C’est pas qu’elle a peur de s’ennuyer. Elle a toujours su s’occuper de 1001 façons — peinture sur bois, piano, lecture, voyages, décoration de gâteaux, cours d’anglais, name it ! C’est sans doute mon coup de fil de la veille qui avait alarmé sa fibre maternelle.

« Je capote ! J’ai l’impression que ma vie ne se résume qu’à une longue routine répétitive constituée de tâches sans fin à réaliser dans un bordel perpétuel ! » m’étais-je lamentée dans un élan sporadique de découragement après m’être laissée submerger par la peur de voir mon quotidien empirer à la naissance d’un troisième bébé dans quelques mois.

Mon cri du cœur n’était aucunement une façon subtile et non assumée de demander de l’aide. Juste... un besoin de chialer, d’évacuer mon désarroi pour ensuite me retrousser les manches et continuer.

Mais une mère étant une mère...

Repousser la mort sociale

Puis, je suis tombée sur un article de l’Observatoire des réalités familiales du Québec (ORFQ) sur l’évolution du rôle des grands-parents des années 1950 à nos jours, et une phrase m’est rentrée dedans. « [En jouant un rôle de pivot dans les relations familiales], les baby-boomers connaissent [...] “un vieillissement socialement productif afin de repousser la mort sociale”, ce sentiment de ne servir à rien que plusieurs personnes âgées disent ressentir. »

 Par « pivot », l’auteur de l’article réfère à l’élément central qui permet le maintien des liens entre les différents membres de la famille, mais également la part de responsabilités que les baby-boomers partagent avec les parents — débordés par le travail, les enfants et les tâches ménagères.

Et c’est, selon l’ORFQ, ce qui a le plus changé en quelques décennies à peine en terme de « grand-parentalité ». Une position que partage Magda Fahrni, historienne qui s’intéresse aux changements qui bousculent les familles du Québec dans un article du Devoir paru en septembre 2018. « Ils [NDLR : les grands-parents d’aujourd’hui] sont en meilleure santé physique et financière que les générations qui les ont précédés, et ont une plus grande espérance de vie. Ce sont des facteurs qui ont une influence sur leur propre vie : ils peuvent — et souhaitent — être actifs pendant plus longtemps. Et, nécessairement, ça se répercute sur celle de leurs enfants et de leurs petits-enfants. »

On est donc bien loin des p’tits vieux qui se berçaient au coin du feu, pépère une pipe à la bouche et mémère faisant aller ses aiguilles à tricoter !

Mais si la majorité des papis et des mamies d’origine canadienne-­française refusent d’être trop souvent assujettis aux obligations de garde et autres formes d’aide — ce qui est beaucoup moins fréquent chez les grands-parents d’autres origines culturelles, rapporte l’ORFQ —, ils adorent le faire par pur plaisir.

Plaisir et affection

Le plaisir est d’ailleurs ce sur quoi leur relation avec leurs petits-­enfants est fondée, remarque-t-on, alors qu’autrefois elles tournaient encore davantage sur l’éducation.

Les « grands-parents gâteau » d’aujourd’hui peuvent en prime développer une relation plus intime avec leurs petits-enfants — beaucoup moins nombreux dans nos familles québécoises contemporaines. « Les relations entre les grands-parents et leurs petits-enfants sont de plus en plus construites autour du jeu. Leur présence brise la routine, soulage le train-train quotidien », fait remarquer Magda Fahrni.

En outre, les « grands-parents 2.0 » jouent un rôle important auprès de leurs petits-enfants en élargissant leur sphère affective. Ça me fait d’ailleurs toujours rire quand je chicane mes filles et qu’après avoir imploré en vain « papa ! », elles se mettent à quémander en pleurant « grand-­maman !». Du coup, ça me rassure aussi de voir le lien d’attachement qui se crée, chose que je n’ai jamais vraiment eue avec mes grands-parents.

Privilège

 Bref, tout ça pour dire… qu’on ne souligne pas assez l’importance des grands-parents dans nos vies. Que chaque génération a autant à apporter à celle qui la suit ou la précède. Et que tous auraient intérêt à collaborer davantage.

En ce qui me concerne, je n’avais jusqu’à tout récemment encore jamais connu l’immense privilège de la disponibilité « grand-parentale », mes deux parents étant encore sur le marché du travail à temps plein et ma belle-famille vivant sous les tropiques.

Maintenant qu’une certaine aide m’est plus facilement accessible, j’espère être en mesure de l’accepter sans en abuser. Ce qui vaut évidemment pour ma mère aussi ! Faudrait pas qu’elle se tue à l’ouvrage en tentant de « repousser sa mort sociale » !

En famille

Un savoir qui ne se transmet pas

Une publication sur mon mur Facebook a attiré mon attention il y a quelques jours. En gros, on pouvait y lire, photos à l’appui, qu’il était préférable qu’un enfant demeure assis dans un siège d’auto qui fait face vers l’arrière jusqu’à l’âge de deux ans, voire le plus longtemps possible. Parce que selon plusieurs études récentes, les os des tout-petits ne seraient pas prêts à encaisser un impact vers l’avant en cas de collision avant l’âge de quatre ans.

« Ne vous préoccupez pas pour mes jambes, je peux trouver une façon d’être confortable », fait-on dire à un enfant tantôt les jambes en l’air, tantôt « croisées en indien », tantôt placées de chaque côté du siège.

En Famille

«Je ne sais pas» est une réponse acceptable

CHRONIQUE / Ma grande de maternelle a reçu ses premiers devoirs. Elle doit — on doit — entre autres préparer une petite présentation orale dans laquelle elle se présente. « Je m’appelle... J’ai 6 ans... J’ai les yeux et les cheveux de telle couleur... Mon mets préféré est telle affaire... Mon jeu favori est... Etc. » Jusque là, rien de bien sorcier.

C’est à la dernière question que l’exercice s’est corsé : « Quand je serai grande, je voudrais être... » Cette fois, les petits points de suspension n’invitaient pas seulement à compléter l’affirmation, ils la complétaient vraiment. Car ma fille m’a regardé avec deux points d’interrogation dans les yeux suivis d’un haussement d’épaules embarrassé.

« Voudrais-tu être médecin ? Professeure ? Policière ? Journaliste comme maman ? » ai-je tenté de l’inspirer. Même réaction.

Remarquez, je la comprends un peu. À son âge, je crois que j’ignorais aussi quel métier je voulais exercer plus tard. En fait, je ne savais même pas que je devrais tôt ou tard choisir un gagne-pain. Pour tout dire, le concept même de devoir travailler pour gagner des sous pour payer plein d’affaires m’était à 99 % étranger — le 1 % qu’il reste, c’est le 10 sous que me donnait parfois ma mère pour me procurer un bonbon à l’épicerie.

Au fil des ans, j’ai ensuite voulu être professeure, magicienne, danseuse de rock‘n’roll, scientifique, astronaute, écrivaine, psychologue, encore professeure, puis... rendue là, je ne savais plus trop. Pour être franche, contrairement à mon plus jeune frère, qui a arrêté son choix de carrière en 5e secondaire sur celui de comptable et qui n’y a jamais dérogé, j’ai connu un parcours d’études postsecondaires un peu erratique, sans plan précis. Je suis devenue journaliste par un (très) heureux concours de circonstances.

Sans projet professionnel clair

Je me souviens encore du poids qui pesait sur mes épaules en 4e secondaire, année où on ne cessait de répéter que nos résultats scolaires allaient déterminer nos possibilités de choix de programme au cégep, puis conséquemment d’entrée à l’université et, pour ainsi dire, si on allait « réussir notre vie » ou échouer lamentablement à « devenir quelqu’un de respectable ». J’avais l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, et du haut de mes 15 ans d’inexpérience de vie, de ne trop savoir comment réagir.

Pour ajouter à la pression déjà insoutenable, un test « super efficace » pour nous guider dans notre prise de décision avait conclu que je ferais un excellent clown. J’ai perdu foi en l’avenir, et ce fut le début de ma « perte ».

Si on se fie aux statistiques, je suis pourtant loin d’être la seule à m’être retrouvée dans cette situation de doute. Et loin d’être la dernière également. « Entre 50 et 85 % des jeunes arrivent au cégep sans projet professionnel clair », me confirme Louis Cournoyer, professeur en développement de carrière à l’UQAM et coauteur du livre L’ado en mode décision avec la psychologue Lise Lachance.

D’ailleurs, rappelle-t-il, les cégeps ont à l’origine été créés pour explorer davantage les possibilités qui s’offrent à nous. « Malheureusement, avec le temps, on y a ajouté la pression de la fameuse cote R, qui vient brouiller les cartes pour plusieurs », est-il d’avis.

Pourtant, n’en déplaise à bien des parents, l’indécision est loin d’être un problème, enchaîne-t-il. « C’est même une phase importante dans la prise de décision. »

L’influence du parent

Quoi qu’il en soit, il est possible de suivre certaines pistes qui aideront à cheminer. Et le parent a un rôle primordial à jouer dans le processus. Bien que le jeune puisse sembler indifférent, voire agacé par ses conseils, son influence arrive au premier rang dans la prise de cette importante décision, selon plusieurs études. À titre comparatif, l’orienteur se classe au 6e rang.

« Le parent a l’avantage de connaître son enfant depuis longtemps. Ses peurs, ses intérêts, ses forces, ses faiblesses, sa façon de penser et d’agir, etc. », souligne M. Cournoyer.

Toutefois, il a aussi l’inconvénient d’être investi émotionnellement auprès de son adolescent. « Souvent, les parents vont avoir le double discours “fais ce que tu veux, pourvu que ce soit stable et que ça amène une certaine sécurité financière” », indique le spécialiste.

L’orienteur, en revanche, entretient une relation beaucoup plus objective avec l’élève, ce qui rend le rôle des deux « protagonistes » complémentaire.

Il existe aujourd’hui plusieurs outils pour aider les parents à accompagner leur enfant dans son choix de carrière. Mais le plus important à se rappeler, c’est qu’il s’agit du propre projet de l’enfant. Et qu’il n’y a pas de mal à ne pas savoir. « On ne trouve pas une carrière, on la construit », rappelle M. Cournoyer.

Alors à la question « quand je serai grande, je voudrais être... » de ma fille, je considère que « je ne sais pas » est une réponse totalement acceptable. Surtout à 6 ans.

En famille

Faire un numéro 3?

CHRONIQUE/ Honnêtement, on y a tous déjà pensé. Le premier, ça allait de soi. Un deuxième, c’était presque incontournable pour bon nombre d’entre nous. Mais un troisième ?

Le cœur dit oui, la tête dit non. On est déjà à bout de souffle et à bout d’économies. Il faudrait changer de voiture, peut-être même déménager. On recommence à peine à dormir et à avoir quelques heures par semaine pour nous… À bien y penser, on n’est pas si malheureux à quatre, on est même bien. Deux adultes, deux enfants, c’est la famille parfaite, non ? Celle standard, du moins.

Ça prend parfois plusieurs années après la naissance du p’tit dernier pour fermer définitivement la porte à la perspective d’un numéro 3. Fermer boutique, c’est un deuil à faire. Un double deuil, même, puisque la décision se prend à deux et que ce n’est pas parce que l’un est prêt à mettre la clé sous la porte que l’autre l’est.

Pour certains, c’est sans équivoque : dès que le second venu se beurre la face de son tout premier gâteau de fête, on se débarrasse vite fait bien fait de tout ce qui pourrait servir à une poupée. Exit le moïse, le siège coquille, les petits pyjamas, les bavoirs et les biberons.

D’autres, plus indécis, entreposeront tout l’attirail, au cas où. Ou simplement par attachement émotif. Un jour viendra où ils se sentiront prêts à se départir de tout ce qui ne sert que trop peu de temps.

Combien pour le bonheur ?

On peut demander tant qu’on veut à Google de répondre à notre place à la question « avoir un troisième enfant ou pas ? » reste que ça demeure une décision bien personnelle.

Pour m’amuser, toutefois, j’ai demandé à mon moteur de recherche ce qu’il en pensait. Et je suis tombée sur un sondage du site parental britannique Bounty.com qui mesurait le niveau de satisfaction des parents selon le nombre et le sexe de leurs enfants.

La meilleure combinaison pour avoir accès au nirvana familial : deux filles. Pourquoi ? Parce qu’elles rechigneraient moins à aider aux tâches ménagères, partageraient davantage entre elles et se confieraient plus volontiers.

Suivent en deuxième et troisième positions respectivement « le petit couple » (un gars et une fille, surtout parce qu’ils se disputeraient moins le choix de jouets), puis deux garçons.

Toujours selon Bounty.com, la pire décision d’un couple pour leur bonheur serait d’avoir quatre enfants. Et s’il opte pour trois, vaudrait mieux pour eux qu’ils soient tous du même sexe, avec une légère préférence pour le féminin.

En résumé, pour rester à un niveau de bonheur parental optimal, il serait préférable d’arrêter après deux.

Quand le destin s’en mêle

Mais parfois, il arrive que ce soit la Nature qui pousse à la prise d’une décision. Je dis parfois, mais selon le département de médecine de l’Université d’Ottawa, on estime qu’au Canada, 40 % des grossesses ne sont pas planifiées. De ce nombre, la moitié sont menées à terme. Il y a donc interruption de l’autre moitié, que ce soit par avortement volontaire ou spontané (communément appelé fausse couche).

De toutes celles qui optent pour l’avortement clinique, 45 % ont déjà des enfants. C’est donc dire qu’elles considèrent avoir donné.

À l’instar de bien des femmes, je considère moi-même avoir donné en décidant d’y aller pour deux. Mais le destin m’a joué un vilain tour, fin novembre, en laissant apparaître deux inattendues petites barres sur mon bâton Première réponse imbibé de pipi. Le choc !

Je n’avais pas particulièrement envie de me remettre aux couches, aux boires de nuit et au portage. Encore moins le goût de me racheter des vêtements de maternité et de me sentir inconfortable dans mon corps pendant neuf mois (désolée, je ne suis pas de celles qui aiment être enceinte). J’avais d’autres projets en tête, j’étais rendue ailleurs.

Mon conjoint s’est rapidement enthousiasmé à l’annonce de ma nouvelle, mais devant mon air grave et paniqué, il m’a assuré qu’il allait respecter ma décision. Lui était willing à y aller pour trois, à condition que je le sois aussi.

J’ai jonglé jour et nuit pendant des semaines entre les deux perspectives. J’ai dressé la liste des pour et des contres, mais elle ne m’était d’aucune aide. J’étais si indécise que j’avais entamé des démarches « des deux bords ». Pour un avortement, et pour un suivi de grossesse.

Un premier rendez-vous pour la première option m’a toutefois confirmé ce que je savais, je crois bien, depuis longtemps : j’allais être incapable de mettre un terme à cette vie qui avait commencé à pousser dans mon ventre. Surtout que je n’avais aucune raison « valable » pour ce faire, mis à part celles bien égoïstes de continuer à voyager et d’avoir du temps pour moi.

« On va s’arranger », que me disait mon conjoint. Et il a fini par me convaincre que l’un n’empêchait pas nécessairement l’autre si on savait comment les conjuguer.

Alors me voilà, à l’aube d’un troisième deuxième trimestre, à encore apprivoiser l’idée que dans six mois, je me retrouverai à nouveau avec un poupon dans les bras. Et même si ça m’effraie encore certains jours, je suis persuadée que j’ai pris la bonne décision, celle que je regretterai le moins à long terme.

Selon ce que recommande le « très scientifique » sondage de Bounty.com, il serait toutefois préférable que ce soit une autre fille si on souhaite maintenir un niveau de bonheur acceptable dans la famille !

EN FAMILLE

Le cerveau immature des ados

Un collègue était préoccupé cette semaine. Il avait des problèmes avec son ado. Pas de gros problèmes, juste des problèmes normaux comme tout parent d’adolescent. Des préoccupations de routine, pour ainsi dire — sans rien amenuiser.

On a jasé pendant de longues minutes, mais je sentais bien que je ne pouvais lui venir en aide. Qu’est-ce que j’y connais, aux adolescents? Ma plus grande vient de souffler ses six bougies il y a à peine 48 heures…

En famille

Foutons-nous la paix!

L’autre soir, je suis tombée par hasard sur l’émission Nombreux et heureux, présentée à Canal Vie. Comme il n’y avait pas grand-chose d’autre d’intéressant à regarder, je me suis stationnée sur cette chaîne.

L’épisode de ce jour-là racontait les défis du quotidien d’un couple ayant décidé d’avoir huit enfants. HUIT ! J’ose même pas imaginer le nombre de brassées de lavage, de vidage et remplissage de lave-vaisselle et, surtout, la facture d’épicerie qui vient avec !

EN FAMILLE

Tuer le père Noël

CHRONIQUE / Ma mère est entrée avec une question : « Le père Noël, tu crois qu’il fait comment pour apporter des cadeaux à tous les enfants en une seule nuit ? »

J’ai été prise par surprise. Je ne m’étais jamais posé la question. Je croyais au père Noël, un point c’est tout. Je ne m’intéressais pas à toute la logistique de la patente.

« Je ne sais pas », ai-je tout bêtement répondu. Et c’est alors qu’elle a déballé toute la vérité derrière LE mythe par excellence. « OK », fut ma seule réaction. Je n’ai été ni choquée, ni triste ni déçue et encore moins traumatisée. Pour tout dire, je trouve même que tout ça fait une histoire un peu plate à raconter…

Si je vous la raconte quand même, c’est qu’une amie, autour d’un café il y a plusieurs jours, m’a avoué que sa plus grande, qui est présentement en deuxième année, l’a questionnée pendant qu’elle préparait les patates pilées. « Le père Noël, est-ce qu’il existe pour vrai ? »

J’imagine que pour tout parent qui s’évertue à faire croire à ses enfants au sympathique barbu au costume rouge Coca-Cola depuis des années, cette interrogation de « grand » provoque un petit pincement au cœur. Ça souligne la fin d’une époque, celle de la naïveté, de l’innocence, voire d’un peu de magie.

Je trouve néanmoins que ma chum a servi à sa fille une réponse fort pertinente : « Toi, qu’est-ce que tu en penses ? As-tu envie de croire au père Noël ? »

De la pensée magique à la pensée concrète

Effectivement, quand l’enfant commence à émettre des doutes sur l’existence de papa Noël, l’une des méthodes les plus douces pour l’amener tranquillement à en faire son deuil est de lui retourner ses questions, croient plusieurs spécialistes, dont la psychologue Nathalie Parent.

« Jusqu’à l’âge de 7-8 ans, l’enfant est dans la pensée magique, imagine plein de scénarios et s’invente des histoires. Après, il développe la pensée concrète qui lui permet de rassembler des faits pour obtenir une conclusion logique. C’est lorsque l’enfant atteint cet âge qu’il pose beaucoup de questions à ses parents », explique-t-elle sur le site Educatout.

Elles tourneront d’abord autour de faits concrets, tels « Comment le père Noël peut entrer chez nous puisque nous n’avons pas de cheminée ? Comment passe-t-il dans la cheminée avec son gros ventre ? » Retourner la question à l’enfant permet de « susciter son imaginaire et ses fantasmes autour du sujet ».

« Si celui-ci ne donne pas de réponse et que l’adulte ne sait que dire, il peut toujours s’appuyer sur la magie de Noël pour répondre, surtout quand l’enfant est [encore] dans [un] mode de pensée [magique avant 7-8 ans] : “Ça doit être la magie !” ou “Il est magique n’est-ce pas ?” », poursuit-elle.

Viendront ensuite des questions plus élaborées : « Comment fait-il pour distribuer tous les cadeaux aux enfants dans toutes les maisons ? », « Comment peut-il fabriquer tous les jouets ? », « Pourquoi papa n’est jamais présent quand le père Noël arrive ? » « L’enfant cherchera alors à trouver les réponses à ses questions, il aura des doutes mais il voudra continuer d’y croire encore. […] Le processus se fera naturellement car, petit à petit, l’enfant entendra des choses qui vont ébranler ses croyances, mais il gardera ce qu’il sera prêt à prendre et à digérer », dit Mme Parent.

« Par contre, si les questions deviennent trop insistantes et que le jeu de la magie n’est plus drôle, par exemple : “Maman, papa, dites-moi la vérité ! Je sais que le père Noël n’existe pas pour vrai à cause de...”, à ce moment, ça ne sert à rien de continuer à faire semblant puisque l’enfant ne veut plus jouer », ajoute-t-elle.

À ce moment, question de ne pas briser le lien de confiance, il vaut mieux dire toute la vérité. 

Méthode douce

Si vous voulez tout de même préserver un peu de magie, vous pouvez toujours faire comme Charity Hutchinson, cette mère de famille américaine qui a partagé sur son compte Facebook une adorable façon d’expliquer à ses enfants que le père Noël n’existe pas, rapporte-t-on dans le Huffington Post. Elle a proposé à ses enfants, lorsqu’ils ont émis des doutes sur son existence, de devenir père Noël à leur tour. 

« Tu as vraiment grandi cette année, physiquement, mais aussi dans ton cœur. D’ailleurs, ton cœur est si grand que je pense que tu es prêt à devenir un père Noël ! 

Tu t’es probablement rendu compte que la plupart des pères Noël que tu vois sont simplement des gens déguisés. Des copains t’ont peut-être dit que le père Noël n’existe pas. Beaucoup d’enfants disent ça parce qu’ils ne sont pas encore prêts à ÊTRE un père Noël. Toi, si.

Je crois que le moment est venu d’accepter TA première mission de père Noël ! », propose-t-elle. 

L’enfant choisit alors une connaissance, souvent un petit voisin. Sa mission est de découvrir, sans attirer l’attention, ce que l’autre désire, avant de le lui offrir, dans un joli papier cadeau, et sans être vu. Il ne devra jamais révéler qu’il est l’auteur du cadeau, car un père Noël ne fait pas les choses pour qu’on lui dise merci mais par bonté de cœur.

Cute au boutte, n’est-ce pas ?