En famille

La réussite passe par le ménage

Paraît que les ados de 13 ans, ça s’emmerde l’été. Je n’en suis pas encore là avec mes enfants toujours en âge de s’émerveiller devant un simple papillon, mais j’ai entendu les échos de bien des parents. Trop vieux pour aller au camp de jour, trop jeunes pour travailler légalement, paraîtrait que ces êtres en transition ne savent pas quoi faire de leur corps en pleine mutation une fois le dernier examen remis.

Personnellement, je me souviens très bien de l’été de mes
13 ans. C’était à une autre époque, j’en conviens. Les écrans ne s’étaient pas encore multipliés dans les foyers, imaginez ! Mais cet été-là, croyez-moi, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.

Cet été-là, j’ai appris à me débrouiller. Ma mère avait subi une opération qui l’avait clouée au lit pendant six longues semaines. J’étais devenue, par la force des choses, maîtresse de maison intérimaire. Je m’étais retrouvée chef de famille, directrice du département des tâches ménagères et présidente du clan fraternel.

J’ai alors apprivoisé les fourneaux, fait connaissance avec le lave-vaisselle, découvert les secrets de la laveuse et fraternisé avec l’aspirateur. En parallèle, j’ai également développé de solides compétences en gestion de crisesssssssss auprès de mes trois frères, plus jeunes, ainsi qu’un certain talent de GO.

Je n’ai obtenu aucun diplôme à la fin de ce contrat imposé. Encore moins une rémunération au-delà d’un simple « Merci » venant du fond du cœur de ma chère maman. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que je suis ressortie grandie de cette « épreuve ».

Et savez-vous ce que je retiens de cette expérience qui m’a propulsé dans le monde des « grands », outre les très utiles connaissances de la gestion du quotidien ? C’est le souvenir que je n’ai pas détesté ça du tout ! J’irais même jusqu’à dire que j’ai passé du bon temps.

Éthique de travail

Si je vous parle de tout ça, c’est que je suis tombée par hasard sur un article intitulé Donner des corvées à vos enfants contribue à leur réussite.

Selon une étude de l’Université Harvard rendue publique il y a quelques mois, les enfants qui aident le plus à la maison sont ceux qui réussissent le mieux dans la vie. « Le succès professionnel est lié aux tâches ménagères réalisées lorsqu’on est encore enfant », affirme-t-elle.

Car ménage, rangement et préparation des repas développent leur sens des responsabilités, leur apprennent à faire des choses même quand ils n’en ont pas envie et leur enseignent à organiser leur temps, notamment. Chaque coup de balai est, en quelque sorte, un pas de plus vers l’obtention d’un MBA (bon, j’exagère peut-être un peu !)

Dans cette étude qui s’étend sur 75 ans, les chercheurs ont identifié deux facteurs essentiels au bonheur et au succès. Le premier : l’amour. Le second : l’éthique de travail. 

Et la meilleure façon d’apprendre une éthique de travail, selon les expériences des 724 répondants de l’étude — parmi eux se trouvent notamment le président Kennedy et l’ancien rédacteur en chef du Washington Post Ben Bradlee —, ce sont les tâches ménagères effectuées lorsqu’on est enfant.

« En sortant les poubelles ou en faisant le lavage, les enfants réalisent que dans la vie, ils doivent travailler. […] En lui confiant ces corvées, vous lui montrez que certains travaux doivent être faits. Vous lui apprenez le sens du travail d’équipe et de la coopération », fait valoir Julie Lythcott-Haims, auteure du best-seller Comment éduquer un adulte.

Autonomie, indépendance et débrouillardise s’en trouvent ainsi renforcées. Sans compter que les tâches qu’ils font, c’est du travail en moins pour nous, parents, n’est-ce pas ?

Déléguer

« Attends, t’es sérieuse, là ? Et négocier la crise qui survient immanquablement à la simple demande de vider le lave-vaisselle. Argumenter jusqu’à ce que mort s’ensuive si on ose ordonner de ranger leur chambre, c’est pas du travail, ça ? », vous entends-je déjà penser ? « Et devoir recommencer parce qu’ils ne l’auront pas fait comme il faut ! As-tu déjà admiré une salle de bain nettoyée par un kid de dix ans ? »

Vrai. J’ai moi aussi envie de pleurer juste à imaginer comment ma demande de ranger ses jouets sera reçue par ma fille de cinq ans. Et que dire du résultat de cette demande obtenu à grands coups d’argumentations dignes des meilleurs avocats en ville, d’excuses bidons et de larmes de crocodile...

Mais pour éduquer, il faut apprendre à déléguer. Il faut, comme parent, apprendre à faire avec, sinon accepter un job effectuée so-so par quelqu’un de moins expérimenté, mais qui gagnera en savoir-faire un peu plus chaque jour. 

Comme le dit si bien Julie Lythcott-­Haims, « en leur demandant de faire certaines tâches, les enfants apprennent qu’ils doivent contribuer au travail de la maison. Qu’il ne s’agit pas seulement de leur petite personne et de ce qu’ils veulent dans le moment ».

Partager les tâches ménagères, ça sert aussi à ça : à développer son sentiment d’appartenance à la famille, à se sentir utile et compétent, à être sensible aux valeurs d’entraide et de solidarité. Des qualités essentielles non seulement dans le monde du travail, mais dans la société en général.

En famille

Bien vivre dans le chaos

La conciliation travail-famille… Chaque fois qu’on mentionne ces trois mots ensemble, je ne peux m’empêcher de pousser un soupir. Et/ou de sourire. Parce qu’on en fait un enjeu de société, alors qu’à mon avis, ce n’en est pas un.

On arrive tous, par la force des choses, à concilier travail et
famille. C’est souvent boiteux, souvent cahoteux et on tourne parfois les coins ronds, mais au bout du compte, on arrive tous à la ligne d’arrivée de chaque journée. Alors, l’enjeu n’est pas tant là, non.

Il se situe, selon moi, dans notre conception de la réalité.

La conciliation travail-famille est une source de stress importante pour 62 % des parents, selon un récent dossier de l’Observatoire des tout-petits. 

Mais une question me chicote. Qu’est-ce que ça signifie pour chaque parent interrogé, la conciliation travail-famille ? Comment définit-il le concept, et de quoi aurait-il besoin pour améliorer son quotidien ?

Selon le sondage, les parents d’aujourd’hui souhaitent avoir plus de temps à consacrer à leur famille et être en mesure d’effectuer toutes les tâches quotidiennes sans trop courir.

Plusieurs ont rapporté avoir déjà accès à des horaires de travail flexibles, de la flexibilité dans le choix de leurs vacances, posséder une banque d’heures ou de temps accumulé et même des congés payés pour responsabilités familiales. Mais encore ?

Culpabilité, quand tu nous tiens

J’ai donc posé la question à quelques personnes de mon entourage. Sans s’être parlé, quelques-unes d’entre elles m’ont rapporté essentiellement les mêmes propos qui ont trouvé écho dans ma réalité.

Vous savez ce qui est pire que d’affronter chaque jour ce gros défi qu’est la conciliation travail-famille ? C’est la culpabilité qui vient avec. « Je me sens souvent coupable, parfois face à mon patron, parfois face à mes enfants et ma femme », me disait notamment un collègue, papa de quatre enfants.

« Quand ça fait trois jours que je ne me suis pas pointé au bureau parce que j’en ai un de malade à la maison, j’ai envie de m’excuser à mon boss. Et quand je quitte toute la journée un samedi pour travailler, j’ai envie de m’excuser à ma gang et aussi à ma femme, qui se retrouve toute seule avec notre imposante tribu. »

Car il y a ça, aussi. Vrai que l’essor des nouvelles technologies nous facilite souvent la vie en permettant entre autres de travailler à distance, mais ça rend aussi plus difficile la coupure entre le travail et la vie de famille.

La flexibilité des horaires permet aussi de se rendre chez le médecin avec fiston à 14 h un mardi, mais ça a le désavantage que ces heures de travail manquées, il faut les rattraper, ce qui fait qu’on doit étirer la journée de travail jusqu’à tard en soirée, voire durant la fin de semaine. « Le problème, c’est que je n’arrive même pas à les reprendre dans mon horaire déjà trop chargé ! » fait pour sa part remarquer une amie maman de deux garçons d’âge préscolaire aux prises avec un trouble du spectre de l’autisme et un TDAH et pour qui les rendez-vous se multiplient.

Donc, on se sent coupable. Tout le temps. Coupable d’arriver tard au boulot, coupable de partir tôt. Coupable de s’absenter, coupable de devoir rattraper du travail en soirée plutôt que de jouer avec les enfants ou de passer du temps en couple.

Coupable d’être fatigué, coupable d’envoyer les enfants à la garderie même si on est en congé parce qu’on voudrait faire le ménage et des commissions en étant tranquille (même pas aller au spa ou au cinéma, là !), coupable de crier, coupable de demander de l’aide, coupable de caller une livraison parce qu’on n’a pas eu le temps de cuisiner un bon repas santé, coupable de ploguer les enfants devant la télévision juste pour avoir ne serait-ce que 30 minutes de sainte paix !

Coupable de ne pas voir nos amis assez souvent, coupable de ne pas appeler nos parents assez souvent. Coupable de s’effondrer devant la télévision à 21 h, quand les petits sont enfin couchés, plutôt que d’aller s’entraîner au gym. Coupable de voir d’autres parents avoir le temps d’aller skier ou faire du camping le week-end alors qu’on peine à en trouver pour se raser les jambes. Coupable, coupable, coupable.

Alors, c’est quoi, la conciliation travail-famille ? Un idéal à atteindre ? Une séduisante utopie ? Voire un concept marketing à exploiter (si ce n’est déjà fait) ?

Imparfait, c’est parfait

La meilleure réponse que j’ai trouvée à ce jour et que j’essaie d’assimiler, c’est : bien vivre dans le chaos !

C’est accepter que tout ne soit pas parfait. Que les limites de l’un ne soient pas les limites de l’autre. Que les choix et les façons de faire de l’un ne soient pas les nôtres. Que tout ne soit pas fait comme on voudrait qu’il le soit. 

C’est aussi réviser ses exigences à la baisse. C’est s’asseoir un jour, dresser sa charte des valeurs, définir ce qui est important pour nous, et se rendre compte que finalement, c’est pas si grave que ça si la balayeuse n’est pas passée quand la visite arrive. Que le meilleur choix un samedi après-midi est peut-être de faire une sieste plutôt que le ménage afin de recevoir les invités avec le sourire plutôt que dans une maison digne d’un magazine. 

Puis, c’est prendre des décisions en conséquence.

La conciliation travail-famille, donc, c’est d’abord dans notre tête que ça se passe. Quand ce qui est le plus important à ce moment précis est clair dans notre tête, tout semble plus facile. Parce que c’est moins culpabilisant. Parfois, la famille est plus importante que le travail. D’autres fois, c’est le contraire. C’est quand on arrive à ne pas se sentir coupable de prioriser ni l’un ni l’autre au moment opportun qu’on arrive, je crois, à un juste équilibre.

C’est le travail de toute une vie. Le reste peut attendre.

En famille

Comment être un bon parent

CHRONIQUE / Ma cinq ans est difficile depuis quelques semaines. Elle explose pour tout et pour rien. Et elle veut imposer son règne de princesse Disney dans la maison. Je ne sais plus trop quoi faire pour jongler avec son caractère imprévisible.

J’en ai jasé autour de moi. J’ai fait des recherches sur internet aussi. On m’a suggéré d’essayer diverses méthodes qui allaient régler mon problème « à coup sûr ». Rien n’a fonctionné. 

À bout de ressources, un soir, j’ai décidé de me tourner vers la principale concernée. « Pourquoi est-ce que tu cries toujours ? » ai-je demandé a ma fille a l’heure du dodo au terme d’une crise interminable.

« Parce que toi aussi, tu cries, maman. »

Et vlan ! En une toute petite phrase, elle venait de démolir le peu de confiance que j’avais en mes habiletés parentales. Je crie donc je suis… une mauvaise mère.

Vrai que je suis fatiguée dernièrement. Même les vacances sous les tropiques ne sont pas parvenues à recharger mes batteries. Des vacances en famille, anyway, c’est pas reposant. Mais ça n’excuse pas mon irritabilité auprès des enfants. 

Avec ses sept mots tout simples, ma fille est venue remettre entièrement en question mes compétences parentales. Des doutes se sont installés. Des interrogations ont surgi. Suis-je assez présente ? Ai-je raison de faire de la sorte ? Pourrais-je en faire plus ? Ou moins ? Est-ce que c’est le mieux pour mes enfants ? Suis-je en train de les « scrapper » solide ?

Google n’avait pas de réponses, cette fois.

En famille

Papas, vous êtes beaux!

Suis-je la seule à les trouver beaux, les papas ? Je les trouve à la fois fragiles et forts, tendres et un brin inaccessibles, et, si je peux me permettre, ils sont à mes yeux la parfaite incarnation de l’expression « adulte avec un cœur d’enfant ». Comme je n’ai pas envie de sombrer dans le négatif aujourd’hui, je précise ici que ce n’est aucunement péjoratif.

Les pères ont toutefois la vie dure dans l’espace public et les discussions privées « entre filles ». On les dépeint bien souvent — trop souvent — comme des irresponsables non autonomes, des machos insouciants aux deux pieds dans la même bottine, qui ne participent pas assez aux tâches ménagères et encore moins au partage de la fameuse charge mentale. Et vous le savez comme moi : les clichés ont la vie dure !

Je ne suis pas mieux que personne : il m’arrive, je l’avoue, de moi aussi évacuer quelques frustrations sur le dos de mon conjoint. J’essaie de plus en plus de tempérer mes humeurs, mais je m’échappe encore à l’occasion. Encore trop souvent, je m’en confesse, et surtout lorsqu’entourée d’autres mères qui décident d’ouvrir la valve du men bashing autour d’un café ou d’un verre de vin. Ah, l’effet de groupe !

Pourtant, aucun papa de mon entourage ne semble mériter un tel traitement. Et quand je regarde la situation dans le miroir, j’y vois le reflet d’une certaine envie.

Alors que mon cerveau est un vrai bordel de choses à faire qui me précède de plusieurs heures ou plusieurs jours, celui de mon conjoint semble respirer la zénitude, bien ancré dans le moment présent. S’il fallait illustrer nos deux univers à l’aide d’un beau graphique, je dirais que le mien ressemble à un mind mapping qui change toutes les secondes, et le sien, à une ligne du temps bien droite qui défile doucement.

Remarquez, je soupçonne parfois qu’il veuille donner l’impression d’être un canard voguant sur l’eau paisiblement, mais dont les pattes se font aller à un rythme fou...

Ce n’est aucunement scientifique comme enquête, mais grosso modo, je dirais que beaucoup s’entendraient pour dire que ça ressemblerait pas mal à ça dans bien des couples...

« Branchés » différemment

On s’est un jour amusés, mon conjoint et moi, à trouver une explication « sans doute possible » à cette différence de fonctionnement. On en est arrivé à la conclusion que le tout remontait à l’âge de pierre. Pour chasser le mammouth, les hommes ne devaient se concentrer que sur ledit mammouth pour le rapporter fièrement à la grotte. Pendant ce temps, les femmes devaient gérer tout le reste (la cueillette, les enfants, la caverne, etc.)

Bon, évidemment, on n’a aucune preuve de tout ça, ni même une hypothèse bien formulée. Et même si on a de toute façon heureusement bien évolué depuis, il reste que des différences physiologiques persistent dans le cerveau de l’un et de l’autre, selon la littérature scientifique.

La professeure Ragini Verma et ses collègues de l’Université de Pennsylvanie ont établi les cartes détaillées du connectome (plan complet des branchements cérébraux) d’hommes et de femmes et en sont arrivés à la conclusion qu’ils étaient « branchés » différemment. Les hommes sont en moyenne plus aptes à apprendre et à exécuter une seule tâche, tandis que les femmes ont une mémoire supérieure et une plus grande intelligence sociale qui les rendent plus aptes à exécuter de multiples tâches et à trouver des solutions pour le groupe.

On serait donc génétiquement programmés pour fonctionner comme on fonctionne depuis... toujours.

Évidemment, ce n’est pas une raison pour s’asseoir là-dessus. Mais des fois, je me dis que la nature est si bien faite qu’elle nous a créés complémentaires autant physiquement que psychologiquement. Et que rendu au XXIe siècle, si chacun y met un peu du sien, on peut former une maudite belle équipe en tant que « gestionnaires du nid familial ».

Merci

En cette fête des Pères — et, tant qu’à y être, tous les jours à venir —, pourquoi ne pas se concentrer sur tout ce que les papas font de bien au quotidien ? Non, peut-être qu’il ne plie pas les deux ou trois brassées de lavage qui traînent sur la sécheuse depuis une semaine. Peut-être non plus qu’il n’a pas pensé de dire à l’éducatrice de Tristan qu’il serait absent le lendemain pour un rendez-vous chez le médecin. Peut-être même qu’il a oublié d’acheter du lait, comme on le lui avait texté.

D’un autre côté, il a lavé l’extérieur de la maison. OK, ça ne pressait pas, mais il l’a fait quand même. Il a aussi appelé pour régler le problème avec le câblodistributeur — on s’en fichait un peu, mais c’est réglé maintenant, tant mieux. Et il a amené Jacob au parc pendant qu’on préparait le souper — ce n’était pas nécessaire, mais c’était bienvenu.

Il vient aussi parfois nous rappeler qu’on a le droit de ralentir. De ne pas tout faire, de ne pas penser à tout tout le temps. On a tendance à l’oublier quand on est limite « gère-mène ». Et encore là, secrètement, on sait dans le fond qu’il a raison. On ne le lui dira peut-être pas — pourquoi d’ailleurs ? —, mais on l’envie, tout en se disant que finalement, on s’en met trop sur les épaules, et que tout n’est finalement pas si grave ou important. C’est correct, d’être cool. Et de s’amuser innocemment.

Juste pour ça, merci, les papas. Et pour tout le reste aussi.

En famille

Ailleurs, c’est pas toujours comme ici

Au moment où vous lisez ces lignes, je me trouve à Varadero, en famille. Famille élargie, puisque ceux qui me connaissent un peu savent que mon conjoint est d’origine cubaine.

Si je vous parle d’emblée de ma position géographique actuelle, c’est surtout pour vous mettre en contexte pour la suite.

Chaque fois que je me prépare à partir avec les enfants, je ne peux m’empêcher de repenser à certaines remarques qu’on m’a faites concernant ma façon de faire avec elles. Et à celles que je me suis faites à moi-même concernant la leur.

Je me souviens d’une tante qui s’est étonnée de ne pas me voir éplucher les pois chiches avant de les réduire en purée pour ma fille de huit mois. Honnêtement, ça ne m’était même pas passé par la tête, mais pour Cuca, ce n’était pas normal ; c’était même risqué.

Pour moi, ce qui était anormal, c’était de voir, à cheval sur de vieilles mobylettes qui zigzaguaient en crachotant de gros nuages noirs, des mamans avec leur poupon dans les bras. Avec pas d’casque, de surcroît (clin d’œil ici à ma collègue Isabelle Gaboriault) !

Entre les deux, je me demandais bien qui vivait le plus dangereusement, mais bon.

Ce ne sont là que deux petits exemples de différences culturelles quand vient le temps d’élever ses enfants. Certaines façons de faire datent de plusieurs générations, d’autres sont forcées par le contexte socioéconomique.

Une rapide recherche sur Google m’a permis de collecter certaines particularités de certaines cultures. C’est là que j’ai appris, notamment, que les enfants commencent l’école primaire à 7 ans en Finlande, que les parents français disent s’il vous plaît et merci lorsqu’ils s’adressent à leur bébé de quelques semaines pour leur inculquer la politesse, et qu’au Japon, on prône l’autonomie au point de laisser les tout-petits se débrouiller seul dans les transports en commun dès l’âge de 4 ans, selon le magazine Planète­ F.

Je me suis aussi demandé ce que les parents immigrants observaient de notre façon de faire au Québec, ce qui les étonnait, les choquait, leur plaisait. Quelle était la plus grande particularité ici, comparativement à ailleurs, où qu’il soit ?

Alors, je suis allée à la source, à la rencontre d’immigrants venus s’installer au Québec pour trouver réponse à mes questions.

Esprit de famille

J’ai fait connaissance avec Relid Chahrazed, une maman algérienne de deux filles de 10 et 13 ans, Claudia Castillo, une Colombienne mère de trois enfants de 14, 10 et 5 ans, ainsi que de Juvesnal Masalarakiza, un père originaire du Burundi qui a vécu dans un camp de réfugiés en Tanzanie pendant 22 ans ; c’est là qu’il a eu trois de ses quatre enfants, aujourd’hui âgés de 24, 22, 17 et 16 ans.

Ils sont tous trois arrivés au Québec il y a moins d’un an. À part l’hiver, vous savez ce qui les déstabilise le plus ? C’est de constater à quel point la famille québécoise est éclatée.

Ils ne font pas tant référence ici aux parents séparés/divorcés/rematchés/remariés ni même aux demi-frères ou demi-sœurs. Ils parlent surtout du lien d’attachement qui unit ces gens. De l’esprit de famille. Du respect qu’ils se démontrent mutuellement.

Ce n’est pas un hasard si au parc de la Yamaska, les personnes issues d’autres communautés culturelles débarquent en gang la fin de semaine. Ils célèbrent la force de leur cellule familiale, qui est bien souvent la seule encore intacte quand toutes les autres sphères de la société sont corrompues, fait remarquer Relid.

Quand les bombes sautent, que les jeunes filles se font violer et les enfants kidnapper, que le chômage touche le tiers de la population et que des clans s’entretuent, le seul lieu où on se sent en sécurité, c’est la famille.

C’est pourquoi ils en prennent grand soin. Contrairement à ici, les personnes âgées ne terminent pas leurs jours dans des CHSLD. C’est honteux de mettre ses parents en résidence, dit Relid.

Contrairement à ici, les adolescents n’envoient pas promener leurs parents. Il y a toujours un énorme respect pour les parents, car on sait qu’ils font beaucoup de sacrifices pour nous, fait valoir Juvesnal, qui se dit choqué par les révoltes des adolescents québécois.

Contrairement à ici, les parents ne sont pas seuls pour élever leurs enfants. Une grand-maman, une belle-sœur, une nièce ou une tante ne sont jamais bien loin pour donner un coup de main ou carrément prendre la relève, ajouterait mon conjoint.

En sécurité

Tous saluent néanmoins ouvertement l’organisation, la sécurité et le respect des différences de notre société.

Je ne peux m’empêcher de me demander — sans critiquer — si ce n’est justement pas en partie ce qui fait qu’on est moins soudés. On se sent en sécurité et respecté partout et par tous. En plus, notre niveau de vie fait en sorte qu’on n’aurait plus besoin de personne parce qu’on a tous notre propre piscine, notre propre tondeuse à gazon et notre propre souffleuse. À Cuba, me répète souvent mon mari, il y a une drill pour tout un village ; t’as pas le choix d’être chum avec celui qui l’a !

Je n’ai pas de conclusion toute bien formulée sur le sujet, ni même de solution à proposer. Mais je me dis qu’il y a matière à réflexion concernant tout ça. Parce que la famille, on a beau parfois avoir du mal à la supporter, parfois la critiquer, ça reste le dernier filet de sécurité quand tout autour prend le bord.

« La famille est importante pour créer notre identité. C’est le creuset de nos valeurs », disait Marie Grégoire, au Sommet de la famille en mai dernier.

« La famille est la base de nos sociétés. C’est la plus petite échelle où se prennent des décisions importantes », faisait aussi valoir Julie Dostaler, directrice générale d’Avenir d’enfants.

Que reflètent donc nos familles sur la société ?

En famille

Faire comme une grande

CHRONIQUE / Dans sa chronique de la semaine dernière, mon collègue Pascal Faucher m’a invitée à chroniquer sur l’apprentissage de la propreté chez les tout-petits. Il en est à cette étape avec sa petite Jojoba (nom fictif), deux ans, et après un début fort prometteur, la petite est en pleine régression, ce qui fait, sans mauvais jeu de mots, ch*** ses parents.

En fait, il m’avait glissé un mot de cette situation un matin autour de la machine à café. Oui, il nous arrive de parler pipi-caca en préparant notre salutaire dose de caféine quotidienne.

Je n’ai à ce moment trop su quoi lui dire, puisque deux ans auparavant, j’étais moi-même passée, tout aussi impuissante, par cette étape avec ma presque trois ans de l’époque. Pendant plusieurs mois, mon conjoint et moi avions usé de 1001 astuces pour la convaincre que faire dans la toilette était désormais beaucoup plus agréable que dans la couche. Plus pratique pour papa et maman aussi. En vain. Il a fallu que je fasse preuve de beaucoup d’imagination pour y parvenir.

Ma technique est unique. C’était un peu avant le temps des Fêtes. Une urgence avait fait en sorte que j’avais dû passer une nuit à l’extérieur — une première. J’ai eu un flash. Sur le chemin du retour le lendemain matin, j’ai fait un détour par un « magasin à une piasse » pour me procurer un chapeau de lutin. J’ai expliqué à ma princesse que le père Noël avait demandé mon aide pour fabriquer tous les cadeaux et qu’en échange il m’avait donné ce bonnet magique. « Tu dois le porter chaque fois que tu fais pipi et caca dans la toilette, comme ça, le père Noël va savoir que tu es rendue une grande fille et il ne t’apportera pas de jouets de bébé. »

La magie de Noël a opéré : trois jours plus tard, elle était propre. Et fière d’être grande maintenant.

Prêt, pas prêt

Je n’ai pas la prétention de croire que ce succès est attribuable à ma tactique inusitée. Au mieux, le timing était parfait. C’était le coup de pouce nécessaire qu’il lui fallait au moment où elle était prête à faire le saut.

On le sait maintenant : l’acquisition de la propreté se fait naturellement lorsque l’enfant est prêt. Selon une croyance populaire, les filles seraient prêtes à abandonner les couches vers l’âge de deux ans, et les garçons attendraient d’avoir deux ans et demi.

Pourtant, dans les faits, ce besoin physiologique s’acquerrait un peu plus tard. C’est ce que des chercheurs ont découvert en étudiant des sociétés où l’adulte n’intervient pas du tout dans l’éducation sphinctérienne. Dans les peuplades les plus reculées, les enfants sont propres spontanément vers trois ans.

Dans nos modes de vie contemporains, attendre trois ans semble trop long et on cherche à accélérer le processus. Sans être aussi drastique que dans les années 20, alors que les médecins recommandaient aux parents de débuter l’apprentissage de la propreté dès la naissance (!), on commence communément à rêver du petit pot vers 18 mois ou deux ans. Surtout pour le premier enfant.

Pourtant, dans toutes les cultures et sociétés, il est constaté que l’âge moyen de cette acquisition est deux ans et demi, trois ans. « Et ce, quelle que soit la façon dont l’adulte intervient dans ce processus et accompagne l’enfant », affirme la psychomotricienne Monique Busquet. « L’acquisition du contrôle sphinctérien dépend de la maturation neuromotrice et psychique de l’enfant : l’enfant doit être prêt dans son corps et sa tête. [...] L’enfant respecté dans son rythme et dans son intimité ne grandit pas pour faire plaisir à l’adulte qui le lui demande, mais a plaisir à grandir, accompagné par l’adulte. Lorsque c’est l’adulte qui propose à l’enfant d’aller sur le pot à heures fixes ou quand il devine que l’enfant a besoin, l’adulte fait le travail à la place de l’enfant ; il risque alors de l’empêcher de repérer lui-même ses propres sensations. [...] Cela risque finalement de retarder une réelle acquisition de ce contrôle et d’occasionner plus d’incidents par la suite », dit-elle.

Pression et régression

Inutile, donc, de décerner des diplômes ou des friandises pour un pipi dans le pot, et encore moins de se lancer dans un apprentissage intempestif de la propreté. Trop de pression de la part des adultes résulte bien souvent dans une régression chez l’enfant, qui voit le refus de la propreté comme un excellent moyen de manifester son désaccord.

« Les parents devraient être avisés de ne pas se lancer dans des “batailles pour la propreté”, qui détériorent la relation avec l’enfant et l’image personnelle de l’enfant et qui peuvent retarder la progression vers cet apprentissage. Si un enfant refuse la propreté, il est préférable d’interrompre le processus pendant un à trois mois. Ainsi, la confiance et la collaboration peuvent être rétablies entre le parent et l’enfant. La plupart des enfants sont ensuite prêts à entreprendre l’apprentissage de la propreté », recommande aussi la Société canadienne de pédiatrie.

Tout ça me fait penser que je devrais m’y mettre avec ma p’tite deuxième, qui aura trois ans cet été... Quelques signes me disent qu’elle est pas mal prête à dire adieu aux couches, notamment le fait qu’elle commence à se la changer toute seule ! Pas pire quand c’est un pipi, mais pour un numéro deux, c’est une autre affaire...

Actualités

De piètre qualité, vraiment?

J’ai sourcillé en survolant le dernier dossier de l’Observatoire des tout-petits, dévoilé cette semaine et selon lequel une proportion non négligeable de tout-petits québécois fréquenterait un service éducatif à la petite enfance de faible ou très faible qualité.

Selon ce rapport, des enjeux de qualité existeraient dans tous les types de milieux, qu’il s’agisse des milieux familiaux, des garderies subventionnées ou non subventionnées, des CPE ou des maternelles 4 ans. Mais en général, les services dispensés en CPE sont de meilleure qualité que ceux des autres milieux, dit-on.

J’ai sourcillé non pas devant ce constat à la limite alarmiste, mais à cause de ce ton quelque peu alarmiste, justement. Je veux dire... C’est pas Guantanamo qu’ils vivent non plus !

Mais ce qui m’a le plus surprise, c’est de constater qu’aucun parent n’avait été sondé pour cette grande enquête Grandir en qualité réalisée en 2003 et 2014 par l’Institut de la statistique du Québec. Les outils de collecte des données ont été conçus par des experts dans le domaine, et des observatrices formées ont été chargées de l’évaluation grâce à des tableaux bien structurés. Mais n’aurait-il pas été pertinent de tâter le pouls des parents aussi ?

Je comprends que des spécialistes peuvent apporter une dimension professionnelle à l’exercice, car ils possèdent des connaissances que les parents n’ont pas. Mais que tout le mobilier ne soit pas tout à fait adapté à la taille des tout-petits rend-il un service de garde de moins bonne qualité, honnêtement ? Personnellement, en tant que parent, que mon enfant mange assis à une table grandeur adulte ou une table grandeur enfant, l’important, c’est qu’il mange !

Les buts avoués du service de garde

Une brève discussion de comptoir avec quelques amies m’a récemment appris que 100 % des mamans que nous sommes étions satisfaites des garderies que fréquentent nos enfants, et que nous toutes les jugions de très bonne qualité. Sur quoi se basait-on pour affirmer une telle chose ? L’essentiel, à mon avis.

Le but premier des divers services éducatifs, on ne se le cachera pas, c’est de permettre aux parents d’aller travailler. Dans un contexte où le coût des principaux biens consommés par les familles a quadruplé depuis une quarantaine d’années, selon les données de Statistique Canada, alors que les salaires n’ont que doublé, il n’est pas surprenant de constater que deux revenus sont maintenant nécessaires pour assurer le même niveau de vie. Les services de garde sont donc un service essentiel.

Mais pour aller travailler en toute tranquillité, il faut avoir confiance dans le milieu qui prendra soin de notre enfant 8 h par jour, en moyenne, cinq jours par semaine. Le laisser entre bonnes mains, en étant assuré qu’on réponse à ses besoins de base, autant physiques qu’émotifs, qu’il sociabilisera et s’amusera dans un milieu sécuritaire, pour moi, c’est ça un service de qualité.

Quand ma fille de deux ans a hâte d’aller montrer sa nouvelle robe à Kasandra, je me dis qu’elle est bien, que son lien d’attachement est fait. Quand sa sœur, âgée de cinq, ans me raconte les 1001 activités qu’elle fait avec Vaness, je sais qu’elle passe de belles journées. Je sais qu’elles sont toutes deux aimées et aiment leur éducatrice.

Je ne m’attends pas à ce que mes deux filles sortent de leurs années préscolaires avec un MBA en main. D’ailleurs, je n’aime pas l’appellation qu’on donne aux garderies. « Services éducatifs ». Leurs « clients » ont encore plus de doigts sur une main que d’années de vie, peut-on mettre la pédale douce sur le terme « éducation » et les laisser être des enfants ? 

Je ne dis pas qu’il faille abandonner toute démarche éducative. On le sait tous : les premières années de vie d’un enfant sont cruciales pour son développement. Celui-ci est une véritable éponge à tous les stimuli qui lui sont présentés et absorbent les connaissances plus rapidement qu’il peut engouffrer du chocolat. C’est bien d’en profiter. 

Mais je suis de ceux qui croient que le plus important pour préparer un jeune à la vie, c’est de lui donner une excellente base affective et sociale. C’est le deuxième but avoué des garderies, à mon avis. Le jeune apprend à se détacher de ses parents, à faire confiance à un autre adulte, il apprend à partager, communiquer, attendre son tour, respecter des règles et des consignes... En ce sens, je crois sincèrement que les services de garde au Québec jouent bien leur rôle. Et je suis persuadée que je suis loin d’être la seule à penser ainsi.

Entre instances et parents

Tout ça, jumelé à une autre anecdote récente, m’amène à la réflexion suivante : les instances sont-elles au diapason de la réalité des parents ? En clôture du premier Sommet des familles, qui s’est tenu à Saint-Hyacinthe à la mi-mai, quatre parents qui avaient participé incognito à l’exercice ont été appelés à commenter leur expérience. Leur première impression a été unanime : ils ont bien aimé, MAIS !

Mais ce qui se voulait un exercice démocratique s’est encore une fois rapproché davantage de la machine plutôt que du monde, ont-ils déploré d’une seule voix. « On a jasé beaucoup, peut-être même trop, des lois, des politiques, de la bureaucratie, des instances... On a beaucoup entendu “mon organisme a besoin de ci ou de ça”. OK, mais moi, en tant que parent, j’ai besoin de ça. Et concrètement, ça s’est traduit par très peu de choses dans les discussions », ont dit tour à tour Martin, Michèle, Annie et Sophie.

À la table où j’étais assise, j’ai entendu des grognements. Trois représentantes d’une Maison des familles de la Mauricie marmonnaient que les parents ne comprenaient rien, qu’ils ne savaient pas comment ça se passait. Je ne pouvais leur donner complètement tort — quand on n’est pas dans le milieu, on n’en connaît pas nécessairement tous les rouages dans ses moindres détails, et c’est normal, et je m’inclus dans le lot. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas non plus leur donner raison. Cette attitude condescendante favorise le maintien des fossés existant entre ceux qui donnent les services et ceux qui les reçoivent.

Le dossier de l’Observatoire des tout-petits vient appuyer cette tangente. Certaines personnes du milieu m’ont appelée cette semaine pour en décrier le constat. 

J’ai envie de leur répondre ceci : ne cherchons pas de poux. Alors que commence la Semaine des services de garde, j’aimerais, au nom de tous les parents satisfaits de leur service de garde, qu’il s’agisse d’un CPE, d’une garderie subventionnée ou non ou d’un milieu familial, prendre le temps de remercier et féliciter tous les propriétaires, éducateurs, cuisiniers, et autres professionnels pour votre dévouement au quotidien.

Vous faites un travail remarquable et essentiel. Pour nous, parents, mais surtout pour ce que nous avons de plus précieux au monde. C’est le Québec de demain que vous aidez à construire. Et je suis persuadée qu’il sera beau. 

En famille

La vraie richesse, c’est la famille

« La famille, c’est une richesse incroyable », a un jour affirmé Céline Dion. Bien que son affirmation fasse référence au sens figuré, elle est loin d’être fausse quand on la prend au sens propre, selon l’économiste Ianik Marcil.

Ce dernier a ouvert le tout premier Sommet de la famille, qui se tenait à Saint-Hyacinthe les 14 et 15 mai dernier et auquel ont participé près de 400 intervenants de divers milieux — scolaire, communautaire, de la santé, municipal, etc. — en provenance des quatre coins du Québec. Dans le lot, il y avait aussi au moins une représentante des médias : moi. Je m’étais dit que l’occasion était belle d’aller à la pêche aux sujets de chronique. Et mon instinct ne m’a pas trompée.

Spécialisé entre autres dans les transformations sociales, Ianik Marcil est venu nous entretenir du rôle économique des familles. Et son constat a de quoi surprendre. Les familles sont un véritable moteur économique, a-t-il dit d’entrée de jeu. Au Québec, les dépenses des ménages — essentiellement les dépenses de consommation (logement, énergie, transport, alimentation, loisir, etc.) — représentent près de 60 % du produit intérieur brut (PIB), selon l’indice de la Banque mondiale. « C’est de loin l’acteur économique le plus important », affirme-t-il.

M. Marcil a analysé les dépenses des différents types de ménages au Québec — personnes seules, couples sans enfants, couples avec enfants et familles monoparentales — et en est arrivé à la conclusion que les couples avec enfants dépensent en moyenne 24 000 $ de plus par an que les couples sans enfant (selon la moyenne basée sur le 1,9 enfant par couple). Sachant que des 4 818 968 ménages de la province en 2018, un peu plus du quart (26,7 %, soit 1 287 303) a des enfants, et que de ce nombre, 907 840 sont biparentaux (deux parents), ce sont près de 22 milliards (21,8 G $) supplémentaires qui sont ainsi injectés dans l’économie québécoise, selon un rapide calcul.

Vingt-deux milliards, pour vous donner une idée, c’est l’équivalent d’un peu plus du cinquième du budget total du gouvernement du Québec, qui est de 100 G $. C’est, pour être plus précis, environ 6 % de l’ensemble de l’économie québécoise, estimée à quelque 375 G $ cette année. « C’est assez considérable », fait valoir l’économiste.

Coincé dans la logique capitaliste

« Plus de dépenses au quotidien a bien sûr un impact immédiat individuel, mais aussi sur l’économie nationale », ajoute-t-il.

Il explique que jusque dans les années 60, les deux tiers, voire les trois quarts, de l’économie du Québec étaient soutenus par le secteur primaire (ressources naturelles), dont on exportait les produits en grande majorité. « Aujourd’hui, les deux tiers de notre économie dépendent directement de la consommation des ménages, dit-il. C’est donc dire que les deux tiers de notre salaire dépendent directement de la consommation des autres. »

La blogueuse Bianca Longpré n’avait pas complètement tort, finalement, dans son controversé billet « T’as pas d’enfants, tu m’en dois une ! »... Sans aller jusqu’à dire que les couples sans enfants devraient contribuer davantage que les « avec enfants », ils peuvent à tout le moins leur dire merci de dépenser autant !

Oui, on est coincé dans cette logique capitaliste, reconnaît Ianik Marcil. Et c’est d’ailleurs là que le bât blesse. Le taux d’endettement des ménages depuis 30 ans est en hausse constante. On n’a pas de données spécifiques pour les familles avec enfants, mais selon l’économiste, on peut présumer que leur taux d’endettement est, en moyenne, supérieur aux ménages sans enfants.

C’est pourquoi il y a une réflexion à faire, est d’avis Ianik Marcil : « Elle n’est pas simple, puisque si on freine du jour au lendemain nos dépenses, ça va avoir des conséquences désastreuses sur l’économie ; on va la bloquer complètement. »

« Moins consommer, c’est aussi accepter d’être moins riche [d’un point de vue économique] », poursuit-il.

Une chose est néanmoins non discutable, selon lui : protéger le pouvoir économique des familles est une véritable stratégie de prospérité économique. « Nos politiques familiales — et on est des champions dans le domaine, rappelle-t-il — sont extrêmement rentables », dit-il.

Il cite en exemple la création des Centres de la petite enfance (CPE), qui est probablement la mesure la plus payante d’entre toutes. En permettant un retour sur le marché du travail plus tôt, ils génèrent en revenus de taxes et d’impôts plus que ce que le réseau coûte à gérer, fait-il valoir.

Aussi serait-il logique de considérer davantage les intérêts des familles dans la prise de décisions politiques, économiques et sociales, peut-on en déduire. Ce qui était, en fait, le but avoué du premier Sommet de la famille : réfléchir aux enjeux auxquels font face les familles d’aujourd’hui et aboutir à des propositions concrètes de politiques publiques en soutien à celles-ci. En tout, 282 propositions ont été rédigées ; elles seront présentées cet été aux différents partis en vue des élections. Reste à voir ce qu’ils en feront...

Chronique

L’obsession du bonheur

CHRONIQUE / Je voulais vous parler de santé mentale. Parce que c’était la Semaine nationale de la santé mentale, tsé. J’ai fait quelques recherches, lu des trucs intéressants, parlé à des intervenants pertinents... Mais avec la prolifération de campagnes de sensibilisation sur le sujet, je peinais à trouver un angle qui n’avait pas déjà été abordé — ou si peu.

Jusqu’à ce que je tombe sur l’un des Cahiers de recherche sociologique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Présenté par le sociologue Marcelo Otero, professeur au Département de sociologie, Nouveau malaise dans la civilisation : regards sociologiques sur la santé mentale, la souffrance psychique et la psychologisation amenait une réflexion intéressante et tout à propos. 

Parle-t-on trop de santé mentale ? C’est du moins ce que croit M. Otero. « On assiste à une “psychologisation” croissante de différents phénomènes et épisodes de la vie des sujets (enfance, adolescence, amitié, sexualité, divorce, travail, politique, chômage, loisirs, vieillesse, maladie, mort, bonheur, etc.) », écrit-il dans sa présentation.

Il va plus loin, parlant d’un « mouvement de prévention-­promotion-proaction en matière de santé mentale » ayant pour objectif « la quête de la santé parfaite, la gestion des risques sanitaires et le surinvestissement du rapport au corps ». On constate déjà cette tendance depuis plusieurs années au niveau de la santé physique, l’obsession a maintenant gagné le domaine du mental. Il ne s’agit plus juste de faire la prévention du suicide ; il faut faire la promotion du bonheur.

Mais tout cela a un prix. Fort à payer, d’ailleurs. Car dans notre monde contemporain, les attentes sont irréalistes, affirme Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. « Les idéaux sont beaucoup trop élevés. Il faudrait avoir une carrière parfaite, être un parent parfait, un conjoint parfait, avoir une vie sociale parfaite... », énumère-t-elle. Et un sourire parfait, a-t-on envie d’ajouter.

« Il n’est pas étonnant dans ce contexte d’avoir l’impression de ne pas arriver à tout faire, de ne pas être là pour nos enfants, notre couple, de développer des problèmes d’estime de soi, de l’épuisement, un certain désengagement, et de constater une hausse remarquable de cas de dépression et de troubles anxieux », enchaîne Mme Grou.

Trop, c’est trop !

Ce qui déstabilise le plus la présidente de l’Ordre des psychologues, c’est que les gens abordent trop souvent une thérapie — médicamenteuse et/ou psy — en disant « rendez-moi performant pour répondre aux exigences » plutôt que de se questionner sur le réalisme des objectifs à atteindre.

Otero, lui, exprime que la société est « un lieu où se manifestent certaines injonctions sociales indiquant aux sujets ce qu’on attend d’eux ». Mais que c’est aussi « un lieu où ceux-ci [les sujets] témoignent de la résistance, de l’inconfort ou de l’incompréhension vis-à-vis de ces injonctions par des symptômes, la souffrance ou le “passage à l’acte”. »

Visiblement, il y a un message clair à comprendre : trop, c’est trop. Et les jeunes le crient aussi.

Les statistiques sont saisissantes : près de 20 % d’entre eux, soit un jeune sur cinq, sont aux prises avec un problème de santé mentale, le plus fréquent étant un trouble anxieux (6 %). L’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) signale en outre que le suicide représente la première cause de décès non accidentelle chez les jeunes Canadiens : 5 % d’entre eux ont tenté de se suicider dans la dernière année et 12 % y avaient sérieusement songé.

Radio-Canada révélait par ailleurs, en avril dernier, que selon des données obtenues auprès de la Régie de l’assurance maladie du Québec, le nombre de jeunes de 6 à 20 ans qui ont reçu une prescription d’antidépresseurs avait augmenté de près de 50 % en quatre ans !

Réviser ses exigences

S’il est difficile d’identifier la ou les causes précises de cette explosion de troubles de santé mentale, plusieurs variables ayant changé en même temps — « l’éclatement des familles, les technologies, les réseaux sociaux, l’hyperstimulation, on diagnostique mieux », cite entre autres Christine Grou —, les parents semblent être une des clés du problème. « Il faut recadrer notre façon de voir les choses. Il faut comme parent réviser nos propres exigences pour que l’enfant sente qu’il n’a pas à être parfait, qu’il n’a pas à performer à tout coup », suggère la présidente de l’Ordre.

« Il faut aussi se rendre disponible, octroyer à l’enfant un temps d’écoute pour entendre ses préoccupations, et ne surtout pas dire que ce n’est pas important, qu’il ne faut pas qu’il s’en fasse avec ça, ajoute-t-elle. C’est bien aussi de valoriser les sphères qui vont bien. Il n’y a pas pire drame pour un enfant que de sentir qu’il déçoit ses parents. »

Le premier isolant contre l’anxiété et la dépression, c’est le parent. Mais le premier « agent potentialisateur », c’est aussi le parent, affirme-t-elle encore.

Prenons donc soin de nous pour pouvoir prendre soin d’eux. En particulier nous, les mamans, qui avons tendance à vouloir porter le monde sur nos épaules.

Bonne fête des Mères, en passant !

Actualités

On n’a pas tous un TDAH

Irène Duranleau est docteure en sciences de l’éducation et neuropédagogue. Elle est persuadée que le nombre de cas diagnostiqués — et médicamentés — de TDAH est démesurément exagéré. « Seulement 1 % des jeunes nécessite une médication, et c’est pour des problèmes neu-ro-lo-gi-ques. Pas des troubles d’apprentissage. Pas des troubles de comportement », affirme-t-elle.

Depuis le début des années 2000, elle parcourt les commissions scolaires du Québec. Et elle est choquée chaque fois qu’elle constate que la moitié des élèves d’une classe doit prendre « une ‘tite pilule » sur l’heure du midi.