En famille

Coupable!

CHRONIQUE/ Réunie récemment avec des amis pour le souper de fête d’une des petites, j’ai été confrontée dans mes convictions parentales.

Choquée, ce que j’ai trouvé de mieux à faire a été de m’éloigner de la scène qui venait heurter mes valeurs. «Cette maman est en train d’éduquer sa fille selon ce qu’elle croit être le mieux pour elle, à partir de ce qu’elle sait et de ce qu’on lui a appris», ai-je tenté de me convaincre.

En famille

Le plus beau des cadeaux

CHRONIQUE / « Tu seras mère ma fille. Tu enfanteras dans la douleur, et tu donneras de nombreux enfants à ton mari et à la patrie. Longtemps, être femme, c’était être mère. Et longtemps, le ventre des femmes fut une affaire d’hommes. »

Ces trois petites phrases percutantes servent d’introduction au documentaire Tu seras mère ma fille, écrit et réalisé par Camille Ménager et Bruno Joucla, et présenté sur les ondes de TV5 lundi dernier. Un long métrage de 90 minutes qui ratisse un siècle d’Histoire, de 1918 à 2018, du point de vue de la maternité.

L’avez-vous vu ? Moi oui. Bien que le long métrage soit essentiellement français, il est possible d’y faire des parallèles avec notre histoire québécoise. J’ai donc été tour à tour étonnée, insurgée, dérangée et, surtout, reconnaissante. Reconnaissante d’être aujourd’hui une des héritières de ces pionnières.

Avoir le choix, une chance 

Donner la vie aujourd’hui dans nos sociétés occidentales est une incroyable chance parce que c’est, dans la plupart des cas, un choix. Mais pour des millions de femmes, cela n’a pas été le cas pendant longtemps.

Si l’acte qui mène à une grossesse est une affaire des plus intimes et privées, les naissances ont longtemps été et sont encore, s’il en faut, une affaire publique, « qui pose la question récurrente de la place des femmes et des mères dans la société », y expose-t-on.

« L’histoire des mères est celle d’un combat qui revêt plusieurs formes, qui croise une histoire politique, médicale, sociétale et qui s’imbrique nécessairement dans l’histoire des femmes et de leur émancipation. »

De l’interdiction de l’usage de la contraception à l’avortement passible de la peine de mort, en passant par « le mal salutaire » qu’est la douleur de l’accouchement qu’on refuse de soulager, les pressions pour peupler et, surtout, les mentalités qui réduisaient le rôle des femmes dans la société à des mères pondeuses responsables du foyer, les combats menés pour plus de reconnaissance et de dignité ont été nombreux pour nos mères, grands-mères et arrières-grands-mères.

Mais s’il y a une chose qui m’a surprise plus que tout durant ce rendez-vous d’une heure et demie, c’est d’y apprendre que la fête des Mères tiendrait son origine dans un effort politique pour repeupler la France, affaiblie par deux guerres mondiales. Lancée sans grand succès en 1920, elle est devenue obligatoire en 1941. L’idée était de vouer un culte à la mère pour qu’elle se sente valorisée à l’idée d’avoir de nombreux enfants. Disons que ces supposées racines viennent un peu jouer les trouble-fêtes…

J’ignore si notre fête des Mères québécoise possède les mêmes raisons d’être. Quelques recherches sur Internet m’ont aussi appris que le Mother’s Day américain, instauré en 1907, serait à l’origine de cette journée spéciale. Mais les informations à ce sujet sont partagées.

Quoi qu’il en soit, on sait que l’initiative du Maréchal Pétain n’a pas eu les effets escomptés, et que ce n’est qu’en 1950, grâce à une nouvelle politique familiale incluant allocations familiales, sécurité sociale et assurance maternité que les femmes auront de nouveau envie de faire des enfants. D’où le fameux baby-boom.

Mais c’est surtout dans les décennies qui ont suivi que les progrès se sont faits à la vitesse grand V sur l’échelle de l’Histoire de l’humanité. La contraception a été autorisée, l’avortement a été légalisé. On a trouvé des moyens pour soulager les souffrances de la naissance, et mené une lutte pour l’égalité à l’emploi.

Un héritage précieux, mais fragile

Comme pour les vaccins, qui sont si efficaces qu’il est facile d’oublier pourquoi exactement on nous les administre systématiquement, il est facile aujourd’hui de minimiser l’impact des nombreux combats menés dans les dernières décennies par la gent féminine au niveau de la maternité. Notre confortable réalité actuelle nous semble acquise. Et pourtant… On nous a légué un héritage précieux, mais aussi fragile.

Je ne me décris pas comme fondamentalement féministe. De toute façon, les extrêmes me puent au nez. Mais je trouve qu’il est bon de se rappeler, de temps en temps, et d’autant plus en ce temps de fête des Mères, tout le chemin parcouru par nos ancêtres.

Si aujourd’hui une femme peut être mère, épouse, professionnelle, cadre, citoyenne, et surtout, être humain à part entière, c’est grâce à toutes les mamans, grands-mamans et arrières-grands-mamans qui nous ont précédées.

Alors à vous toutes, du fond du cœur, un énorme MERCI ! Vous nous avez fait le plus beau des cadeaux.

Actualités

Trop, c’est trop!

C’était lundi soir, après le souper. Mon chum et moi marchions derrière nos deux petites, qui chevauchaient leur vélo dans un bonheur insouciant. Il me parlait des nouveaux projets à son boulot, mais je dois admettre que j’avais la tête ailleurs. Je regardais nos filles, et je me disais qu’elles étaient quand même chanceuses. Quelques heures plus tôt, cette journée-là, on découvrait qu’une fillette de sept ans avait eu moins de chance à la loterie de la vie, et que, apprendrait-­on le lendemain, plus jamais, elle ne pourrait pédaler à toute allure, comme le faisaient ma six ans et ma trois ans, les yeux remplis de fierté.

Je ne reviendrai pas sur les détails de cette sordide histoire. De toute façon, c’est presque inutile: il n’a été question que de cela dans l’actualité de la dernière semaine.

Mais comme le Québec en entier, j’ai été profondément troublée par le sort réservé à cette enfant qui ne demandait qu’à être aimée. Et je le suis encore. Sidérée, dégoûtée, dévastée, enragée, name it ! Je crois qu’il n’y a pas de mots assez justes dans les circonstances.

Et au-delà de toute la gamme d’émotions que l’horreur suscite, plusieurs questions tournent en boucle dans ma tête.

Trop de questions sans réponse

Comme tout le monde, je me questionne à savoir comment un petit être aussi fragile a pu passer à travers toutes les mailles du système social qu’on s’est construit. Pourquoi personne n’a-t-il rien vu, ou plutôt rien fait ? De concret, je veux dire.

Je m’interroge à savoir comment un parent peut se rendre jusque-là ? Tous ceux qui ont des enfants savent à quel point ils peuvent parfois tester notre patience, nos limites, et notre niveau d’énergie. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’on a tous, un jour ou l’autre, dû aller puiser au très profond de nous pour « se gérer » devant une crise de bacon, un comportement inadéquat ou quoi encore. Mais voilà, la grande majorité des adultes, dans la grosse majorité des circonstances, sont capables de prendre sur eux. Ce doit être l’amour inconditionnel qu’on leur porte qui prend le dessus.

Alors que se passe-t-il dans la tête d’une personne pour qu’elle perde le contrôle au point de faire autant de mal à son enfant ? Et encore là, un accès de colère peut à la limite être davantage compréhensible — bien qu’injustifiable­ — qu’une maltraitance qui perdure plusieurs années.

Je me demande aussi ce qui serait arrivé si ce voisin, qui prétend avoir entendu la petite cogner à sa porte à 2h du matin la nuit précédant le drame, était arrivé à temps pour lui ouvrir. Si les nombreux signalements avaient été écoutés. Si la DPJ était intervenue beaucoup plus tôt.

Mais avec des « si », on peut aller loin. Et le résultat est qu’aujourd’hui, une enfant de sept ans est morte après avoir enduré d’atroces souffrances pendant des années.

Le plus dérangeant

Depuis quelques jours, toutefois, ce qui me dérange le plus dans toute cette affaire, ce sont les nombreux détails du contexte familial dans lequel évoluait l’enfant qu’on nous dévoile au compte-goutte et qui rajoute chaque fois à l’horreur.

Je me questionne à savoir s’ils sont tous d’intérêt public, ou s’ils ne font qu’alimenter notre indignation collective. Jusqu’où est-il nécessaire d’aller pour témoigner des atrocités subies ? Où se situe la limite entre l’information nécessaire et celle qui satisfait la curiosité malsaine dans ce dossier ?

On sait tous que la fillette évoluait dans un milieu toxique. Est-il encore pertinent d’en rajouter ?

Et là, je ne parle pas uniquement des médias traditionnels. Je parle aussi de tout ce qui circule sur les réseaux sociaux. Malgré une ordonnance de non-publication de la cour, les noms de la victime et des présumés bourreaux ont abondamment circulé, tout comme des photos (de la petite sur son lit de mort, vraiment?!) et maintes informations sur tout le contexte familial difficile et l’arbre généalogique tordu. Honnêtement, je ne me rappelle pas d’un autre cas où la justice populaire a fait aussi grand bruit.

Pour ma part, j’ai pratiquement arrêté de m’informer sur le sujet. Ce n’est pas tant, je crois, une écœurantite aiguë, mais une saturation d’horreur de ce qu’est capable d’endurer mon cœur de maman, qui a affreusement mal depuis une semaine.

Je crois — et j’ose espérer — que suffisamment de choses ont été dites sur le sujet et qu’il est temps maintenant de passer à l’action pour qu’une telle situation ne se reproduise plus jamais.

EN FAMILLE

1800$ aux vidanges

CHRONIQUE/ Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler une écolo-bio-vegan-zéro-déchet. Pas à l’extrême, du moins. Je dirais que je me situe dans la moyenne niveau conscientisation sociale. Je recycle, je privilégie les produits les plus naturels possible sans leur vouer un culte, j’achète très souvent seconde main et je prône le minimalisme — davantage pour réduire le bordel dans ma maison que pour des motivations anticapitalistes. Mais s’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est le gaspillage.

Une psychanalyse pourrait sûrement arriver à la conclusion que ce « traumatisme » tire son origine de mon adolescence, période durant laquelle ma famille issue d’un milieu très modeste a traversé une dure épreuve qui l’a obligée à faire son épicerie dans les restes de ce que lesdites épiceries jetaient aux poubelles. Nourrir quatre ados, quand les deux parents ne travaillent pas, ça coûte cher !

Vous comprendrez qu’après avoir consommé pendant près de deux ans des légumes très moches ou du pain dont il fallait enlever les croûtes un peu trop moisies, une date de péremption est loin de me faire peur.

Comme jeter un aliment me brise autant le cœur que tuer un chaton à mains nues (j’exagère à peine), j’ai développé en cuisine de surprenantes compétences de gestion des stocks, de créativité et d’astuces économiques pour nourrir ma petite famille à moindre coût, même si mon budget aujourd’hui pourrait me permettre de me « lâcher lousse ». Pourquoi payer plus quand on peut faire avec moins ?

Ce n’est ni une corvée, ni un casse-tête, ni un sacrifice. Naturellement, mes réflexes sont devenus des habitudes. Quand je mentionne à certaines personnes le montant de ma facture d’épicerie hebdomadaire, je reçois immanquablement en pleine face des « mais comment tu fais ? ! »

Et moi, je ne peux m’empêcher de me dire : « Mais toi, comment tu fais pour que ça te coûte aussi cher ? Tu dois nourrir ta poubelle en même temps que tes enfants ! »

Gaspillage alimentaire

Et effectivement, on gaspille au niveau mondial le tiers de la nourriture disponible. C’est 1,3 milliard de tonnes d’aliments jetées aux vidanges chaque année, selon l’organisme Jour de la Terre.

Au Canada, c’est environ la moitié de la nourriture produite qui est perdue. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les consommateurs gaspillent davantage que les épiceries et les restaurants. Le ménage moyen jette l’équivalent de 1800 $ par année de nourriture. Faites le calcul : ça fait plusieurs paniers hebdomadaires garrochés directement dans les vidanges (ou le compost). Et pourtant, 80 % des gens considèrent ne pas gaspiller...

C’est à la lueur de cette dernière statistique que je me suis mise à douter. Et si, contrairement à ce que je croyais, je n’étais pas si « efficace » que ça ? Même si mes légumes moches finissent en potages, si mes carcasses de poulet (ou tout autre os) font d’excellentes soupes-repas, si mes pelures d’ananas servent à préparer une garapiña (vive les influences immigrantes !) et même si le lait caillé se transforme en un irrésistible dulce de leche (oui oui !)

Curieuse de découvrir ce que je pourrais faire de plus ou de mieux, je me suis invitée à l’un des ateliers À vos frigos, donnés par Isabelle Aubut de l’organisme Jour de la Terre, mercredi au Musée d’histoire et des communications de Sutton. En général, je me débrouille bien, ai-je pu constater. Mais j’y ai quand même appris quelques nouvelles astuces que je pourrai intégrer petit à petit à ma façon de faire.

Saviez-vous que si vous mettez une pomme dans votre sac de patates, elles se conserveront plus longtemps ? Que les fanes de radis, de betteraves et de carottes font d’excellentes salades ou de savoureux pestos ? Et que le site glouton.ca propose des recettes vide-frigo ? Suffit d’y inscrire les restes d’aliments que vous voulez utiliser.

Mais ce que j’ai surtout constaté, ce jour-là, c’est qu’il n’y a pas qu’une façon de faire, et que même si la mienne va à l’encontre de la manière dont fonctionnent beaucoup de gens, elle me convient, sans que je doive y investir beaucoup de temps, d’efforts et d’argent (trois critères pri-mor-diaux pour moi).

Faire autrement

Je ne crois pas être mieux placée que quiconque pour vous dire comment gérer votre menu, votre frigo et votre budget. Mais le constat est qu’on chiale que nourrir une tribu coûte cher, alors qu’on jette nos choux gras par les fenêtres. 

Ce n’est pas tant ce qu’on mange qui coûte cher, mais ce qu’on ne mange pas. Dans notre société d’abondance, on a oublié qu’il y a mille et une façons de revaloriser les restes de tables, les pelures, et les trucs moches ; de planifier, d’organiser, de conserver les aliments et de les cuisiner. Suffit de trouver celle qui nous convient.

Ce n’est pas se restreindre volontairement, c’est de remettre en question nos habitudes, de penser et de faire autrement. Jusqu’à ce que ça devienne un réflexe. Si on procède petit à petit, ce n’est même pas compliqué, ça se fait tout seul ! Et contrairement à la croyance populaire, ça ne demande pas tant de temps que ça.

Et vous, quels sont vos trucs pour diminuer votre gaspillage alimentaire… et du coup votre facture d’épicerie ?

Actualités

Ça sert à quoi, un vaccin, déjà?

Si vous avez le moindrement suivi un peu l’actualité dans les dernières semaines, vous avez certainement entendu parler de ces éclosions de rougeole dans différentes villes du monde. Dans la foulée, il a aussi été grandement question de la montée de groupes antivaccins, qu’on a montrés du doigt abondamment. Dans les deux cas, le ton était la plupart du temps alarmiste, les deux étant considérés comme des menaces potentielles.

Si la situation mérite d’être surveillée et contrôlée, on aurait intérêt à prendre du recul et à la considérer plus globalement. C’est l’avis de Laurence Monnais, une historienne qui s’est intéressée à l’histoire de la rougeole.

« On a la fâcheuse tendance à ne pas regarder les choses à long terme », déplore celle qui est également professeure titulaire au département d’histoire de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de recherche en santé publique au même établissement universitaire. « La rougeole n’a jamais complètement été éliminée. Avant le début de la vaccination, en 1975, il y avait des éclosions tous les ans, entre décembre et mai. Après, ça a rapidement diminué, mais on note une recrudescence des cas tous les quatre ans environ, à intensité variable. Parfois, on compte le nombre de personnes contaminées sur les doigts d’une main, d’autres fois elles sont plusieurs centaines. »

En faisant quelques recherches, on s’aperçoit d’ailleurs qu’en 2015, 725 personnes dans la région de Québec avaient contracté la rougeole, qu’en 2011 elles étaient 159 dans Lanaudière a avoir été infectées et qu’en 2007, 94 cas avaient été recensés en Montérégie et en Estrie, selon l’Agence de la santé publique du Canada.

La dernière grosse vague de contamination au Québec remonte toutefois à 1989, alors que plus de 10 000 personnes avaient été diagnostiquées et 7 en étaient décédées.

« Ce qu’il faut retenir, c’est que globalement, le nombre de cas continue d’être en chute libre, mais avec des pics de recrudescence », souligne Mme Monnais.

Victime de son succès

Beaucoup de bruit pour rien, donc ? Pas nécessairement. « La rougeole est probablement la maladie la plus contagieuse au monde, rappelle l’historienne. Ça prend un taux de vaccination de 97 % pour éviter des éclosions. »

Or, en 2017, ce sont 90 % des enfants de 2 ans qui avaient été vaccinés contre la rougeole, selon l’Enquête sur la couverture vaccinale nationale des enfants de Santé Canada.

Il ne faut toutefois pas croire que tous ceux qui ne l’ont pas été ont des parents anti­vaccins. « Il y a des enfants qui ne peuvent le recevoir parce qu’ils sont allergiques, ou encore immunodéficients », indique la chercheuse.

« Les antivaccins ne représentent qu’environ 2 % de la population, ça demeure très marginal, reprend-elle. Mais comme ils font beaucoup de bruits, qu’ils sont très actifs, surtout sur les médias sociaux, ils laissent croire que le mouvement est plus important qu’il ne l’est en réalité. »

Impossible toutefois de savoir si leurs rangs se gonflent d’année en année. Mais chose certaine, ce noyau d’irréductibles ne changera probablement jamais son fusil d’épaule, donc il ne sert à rien de s’acharner à les sensibiliser, croit l’historienne. « Ceux avec lesquels il faut travailler, ce sont tous ces parents qui se questionnent, qui ont des doutes. » Pour ne pas qu’ils soient « contaminés », sans mauvais jeu de mots, par les antivaccins.

Comme bien d’autres, elle affirme que la vaccination est un peu victime de son succès. Les vaccins sont si efficaces qu’il devient difficile avec le temps de croire qu’ils sont nécessaires. « Avez-vous déjà vu un cas de rougeole ? Moi non plus », illustre-t-elle.

Le spécialiste de renommée internationale en vaccination, virologie et immunologie, Paul A. Offit, partage son opinion dans un reportage de Québec Science paru en 2015. « Dans les années 1920 et 1930, mes parents ont vu la diphtérie se transformer en tueuse d’enfants et la poliomyélite entraîner une paralysie permanente chez nombre de petits. [...] Aujourd’hui, beaucoup de gens n’ont plus peur de ces maladies. Mais c’est parce qu’ils ne les connaissent pas ! Ils n’ont jamais été témoins de leurs conséquences, grâce justement à la vaccination [...]. »

Responsabilité collective

À cela s’ajoute la tendance actuelle à la méfiance envers les sciences, les experts et les autorités, ainsi qu’une autre qui tend à individualiser tout ce qui a trait aux soins de santé plutôt que de les voir comme des responsabilités collectives. « Le vaccin ne protège pas que la personne qui le reçoit, il protège également ses proches, tous ceux qui la côtoient, et en fin de compte, toute la société au grand complet », tient à rappeler Mme Monnais.

Les vaccins sont parmi les produits médicaux les plus fiables, les plus rentables, en terme de coûts financiers comparativement aux bienfaits obtenus, et les plus efficaces. Chaque année, ils évitent, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), deux à trois millions de décès. Pourtant, l’OMS estime que la méfiance envers eux est l’une des 10 principales menaces sanitaires à combattre cette année, car elle risque de remettre en cause certains des progrès obtenus dans la lutte contre des maladies à prévention vaccinale.

Et à ce niveau, il y a un travail énorme à faire au niveau de l’éducation, est d’avis Laurence Monnais. « On l’a un peu prise pour acquis, sans jamais vraiment informer, éduquer. C’est quand la dernière fois que vous avez vu une campagne, autre que pour la grippe ? »

Il serait effectivement temps que les intervenants en santé s’y mettent avant que la situation ne dégénère. Cette semaine serait d’ailleurs une bonne occasion pour faire du bruit puisque c’est la dernière d’avril et que, comme chaque année, on souligne la Semaine nationale de promotion de la vaccination. Dans les circonstances, sauront-ils faire plus de bruit que les antivaccins ?

En famille

Des milliards pour bébé

CHRONIQUE/ Je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un soupir d’exaspération en découvrant une nouvelle invention japonaise cette semaine. Peut-être l’avez-vous vu passer, vous aussi. Je parle du nouveau kit pour que les papas allaitent leurs bébés…

L’entreprise japonaise Dentsu propose ni plus ni moins qu’une poitrine en plastique munie d’un réservoir et de tétons en silicone. On le remplit du lait maternel, ou encore d’une préparation de lait en poudre, et voilà que papa peut donner le sein comme maman, ce qui supposément l’aide à renforcer le lien entre lui et son enfant.

En famille

Les enfants aux commandes

Sur le coup, je ne l’ai pas relevé. Je l’ai noté dans mon calepin, et suis passée à une autre question. Mais en relisant mes notes dans le but d’écrire cette chronique, c’est l’un des principaux points qui piquaient ma curiosité.

Selon l’organisme Oasis Santé mentale Granby et région, que je suis allée rencontrer cette semaine pour jaser du fléau de l’anxiété chez les jeunes, quatre facteurs expliqueraient la hausse fulgurante des cas remarquée depuis plusieurs années : notre société de performance, les réseaux sociaux, les conflits familiaux et le manque d’autorité et d’encadrement.

Les trois premiers n’étaient pas nouveaux pour moi, mais le quatrième retenait mon attention...

J’ai voulu pousser plus loin mes recherches. J’ai tapé trois ou quatre mots dans Google et je suis rapidement tombée sur un article fort intéressant du magazine Châtelaine, publié en 2016 et intitulé Le déclin de l’autorité : pourquoi les parents doivent devenir adultes.

Selon le Dr Leonard Sax, médecin de famille et psychologue américain reconnu pour ses livres sur le développement de l’enfant, le déclin de l’autorité parentale serait en partie responsable non seulement de l’anxiété grandissante de nos jeunes, mais également de l’embonpoint, de la surmédication, du manque d’estime de soi et de respect pour les autres (ou autrement dit, du phénomène de l’intimidation).

Désireux de favoriser le développement de l’enfant de façon réfléchie et respectueuse, les parents d’aujourd’hui n’exigent plus, ils demandent. Au conditionnel. S’il vous plaît. Si cette approche est acceptable pour des choix sans importance comme la couleur d’un chandail, fait valoir le pédopsychologue Gordon Neufeld, cité dans le livre du Dr Sax, elle est plutôt dommageable si elle est utilisée à outrance. « Quand vous consultez vos enfants sur des questions fondamentales du rôle des parents comme l’alimentation, vous les placez en position de contrôle. Ils ne se sentent pas pris en charge et commencent à jouer le rôle alpha. »

Restaurer la hiérarchie

Et il est là, le problème. « Une unité familiale fonctionnelle repose sur un ordre social que la société contemporaine travaille fort à démanteler : la hiérarchie », peut-on encore lire dans le Châtelaine. Si ce n’est pas le parent qui prend le pouvoir, c’est l’enfant, ce qui n’est pas normal.

En outre, en Amérique du Nord, « au fur et à mesure que les adultes perdaient de leur influence sur les enfants, ce sont les autres enfants de leur âge qui en gagnaient », relève Gordon Neufeld, en référence à la hausse des cas d’intimidation. « Les jeunes enfants ne sont pas des êtres rationnels. Une part de leur développement consiste à tester les limites ; les enfants ne peuvent pas compter les uns sur les autres pour se responsabiliser — et ne devraient pas avoir à le faire. »

On sait tous que les jeunes ont besoin d’encadrement, de balises claires, de limites à ne pas dépasser et de consignes à respecter pour bien se développer. 

Selon plusieurs études longitudinales, les enfants qu’on a laissé distinguer seuls le bien du mal risquent davantage d’éprouver des problèmes plus tard. « À la fin de la vingtaine, ils sont plus sujets à l’anxiété ou à la dépression, ont plus de mal à trouver un emploi bien rémunéré, sont en moins bonne santé et sont plus susceptibles d’être alcooliques ou toxicomanes, affirme le Dr Sax. Nous savons maintenant que les enfants de parents autoritaires ont de meilleures perspectives d’avenir, et l’effet est plus important que l’origine, les revenus familiaux ou le quotient intellectuel. »

Avec fermeté et respect

Le retour d’une certaine autorité parentale semble donc impératif dans les circonstances. « Mais les parents ont d’abord un obstacle psychologique à surmonter », selon Andrea Nair, une psychothérapeute qui donne des cours sur l’éducation des enfants en Ontario. « Comment à la fois décider avec fermeté et respecter l’enfant. »

Selon elle, une partie du défi réside dans le fait que les parents d’aujourd’hui veulent faire un sans-faute. « Ils ne veulent pas échouer — à simultanément favoriser le développement de l’enfant et prendre les décisions — ni que leur enfant échoue sur les plans personnel, scolaire et social. »

La pression est donc encore plus forte : ils veulent être des parents parfaits... ce qui augmente leur anxiété ! Qu’ils projettent bien souvent sur leur enfant, bien malgré eux.

À ce sujet, la psychologue Suzanne Vallières implore les parents. « Vous êtes les adultes, c’est à vous de faire vos prises de conscience. Cette pression que vous ressentez, elle n’appartient pas à l’enfant », me disait-elle en entrevue il y a quelques semaines.

Pour reprendre les commandes, que diriez-vous de commencer par ça ?

En famille

Princesses et superhéros

CHRONIQUE / Quand on a appris le sexe du bébé, il y a un peu moins de deux semaines, mon chum n’a pu s’empêcher d’afficher une pointe de déception. Autant il avait voulu une fille lors de mes deux premières grossesses, autant il aurait aimé avoir un garçon cette fois. « Pour changer la dynamique », qu’il me disait.

La nature en a toutefois voulu autrement, et c’est une troisième petite fille qu’on tiendra dans nos bras dans quelques mois. Je soupçonne mon copain de commencer à se sentir bien seul dans sa gang...

Je l’ai néanmoins trouvé très touchant, il y a quelques jours, lorsqu’il m’a fait part d’une de ses inquiétudes. « Je me demande... comment on va éduquer nos filles à la sexualité ? Pour qu’elles aient assez confiance en elles pour se faire respecter, ne pas accepter tout et n’importe quoi, ni se laisser manipuler, influencer ou embarquer dans des affaires pas possibles ? »

« Je suis un homme, je le sais à quel point on peut être cons des fois... Et j’ai peur pour elles. J’ai peur qu’on leur fasse du mal ou qu’on profite d’elles... »

Peut-être parce qu’elles sont encore au stade préscolaire, j’avoue que je ne m’étais encore jamais posé la question. D’où ma réponse on ne peut plus succincte et évasive : « Euh... on verra en temps et lieu. »

Mais son interrogation a continué de me trotter dans la tête. Et ma réflexion ne m’a apporté aucune réponse, sinon davantage de questions.

Une éducation à la traîne

C’est quoi élever une fille en 2019 ? À l’ère de #MeToo, de Fugueuse, des chirurgies plastiques, des médias sociaux, de l’égalité des sexes et des superwomen ? Est-ce plus difficile qu’éduquer un garçon ?

Il semblerait que non. Ce serait même le contraire, selon le sociologue des genres Sébastien Chauvin­. Dans un article du Devoir, paru en février 2018, il affirme que l’éducation des petits garçons est à la traîne, en comparaison avec celle des filles. « L’éducation à l’égalité de genre s’est d’abord focalisée sur l’empowerment des filles », dit-il. 

Alors qu’on encourage les fillettes à briser les stéréotypes, les petits garçons sont maintenus dans de vieux schémas virils. « On ose toujours moins enfreindre les normes de genre pour un fils, avec la crainte confuse qu’il devienne “efféminé” ou qu’il pratique plus tard une sexualité redoutée [...] Le sexisme vient aussi de la croyance qu’il n’y a pas d’autre façon possible d’être un garçon... », poursuit le spécialiste.

« Nous sommes à présent plus susceptibles de dire à nos filles qu’elles peuvent être tout ce qu’elles veulent — une astronaute et une mère, un garçon manqué et une fille girly. Mais nous ne faisons pas la même chose avec nos fils, [...] on les décourage d’avoir des intérêts qui sont toujours considérés comme féminins », est aussi d’avis Claire Cain Miller, dans un article du New York Times intitulé Comment élever un fils féministe.

« Les coûts de la transgression ne sont pas les mêmes : une fille qui joue au foot se fera moins railler qu’un garçon qui fait de la danse [...] », souligne encore Caroline Dayer, une autre sociologue des genres.

Pourtant, il y aurait tout intérêt à changer les façons de faire et les mentalités. Un exemple ? Selon une étude réalisée par une chercheuse en psychologie de l’Université Brigham Young, en Utah, les garçons qui baignent fortement dans l’imaginaire des princesses Disney se sont révélés plus serviables et soucieux des autres, rapportait le magazine L’Actualité en 2016. « Les princesses de Disney — leur douceur, leur sens du sacrifice — peuvent compenser les superhéros à la masculinité exacerbée dont raffolent bien des gars », peut-on aussi lire dans l’article.

Former les hommes de demain

Il semble donc que les défis parentaux soient encore plus grands du côté masculin que du féminin. Pour aller plus loin, il ne suffit plus d’éduquer les filles « de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser ». « Cette façon de faire laisse surtout croire que le problème serait les filles, alors qu’elles sont la cible de différentes formes de sexisme », est d’avis Caroline Dayer. Pire, selon la sociologue, elle détournerait de l’enjeu majeur que représente l’éducation des garçons dans les questions d’égalité.

C’est donc aux parents de garçons d’aujourd’hui qu’incombe en premier lieu de former les hommes de demain, ce qui n’est pas une mince tâche. Les pratiques et les croyances commencent à changer, mais les mentalités ont parfois la vie dure.

Je me réjouis d’être la maman de trois petites filles. Bien que tout ne soit pas acquis pour le sexe féminin, j’ai l’impression qu’une partie du chemin a déjà été débroussaillé. Pour poursuivre le travail, j’ai envie d’éduquer mes enfants en leur enseignant à se voir en tant que personne à part entière, non pas comme fille ou garçon. C’est seulement à ce moment-là, selon moi, que l’égalité homme-femme sera possible. Quand la question du sexe ne sera même plus un enjeu, qu’on n’en parlera plus, qu’on ne la verra plus tellement l’humain prendra toute la place.

En attendant, je suis prête à concéder à mon chum un droit de veto sur les « films de filles ». Question de préserver notre belle dynamique familiale... 

Marie-Ève Lambert

Les enfants bonsaïs

CHRONIQUE / L’autre jour, un communiqué est atterri dans ma boîte courriel et a aussitôt capté mon attention. On y annonçait la sortie imminente d’un livre de l’acteur, auteur et conférencier Martin Larocque. Son titre: «Quand t’éduques, éduque!»

Pour être franche, je trouvais le ton un peu autoritaire. Un brin directif, voire quelque peu condescendant. Mais on nous le présentait comme un recueil de réflexions parentales pratiques, un ouvrage décomplexant « sur l’éducation des enfants parce que, dans ce magnifique univers de parents, si vous essayez d’être comme tout le monde et de faire “comme il faut”, vous ne saurez jamais à quel point vous êtes un bon parent ! » Bref, « soyez donc le parent que vous avez envie d’être ! »

Du coup, l’approche m’était moins rébarbative.

En gros, ce petit bouquin d’à peine plus de 100 pages se veut un condensé de toutes les idées qui reviennent le plus souvent dans les conférences que Martin Larocque donne depuis 25 ans sur la parentalité, dérivées de son hypothèse bien séduisante : tous les parents sont compétents, mais ils ne le savent pas tous. Évidemment, cela exclut les cas extrêmes de violence, maltraitance et négligence.

J’ai déjà abordé le sujet sous cet angle dans une précédente chronique (Comment être un bon parent), donc je m’attarderai surtout ici sur un autre point qui m’a fortement interpellée à la lecture de son bouquin et qui a alimenté une réflexion que j’avais entamée, il y a quelques semaines, à la suite d’une discussion entre collègues-mamans.

La loi du moindre effort

Je leur avais demandé leur opinion sur les devoirs après avoir vu passer une pétition pour leur abolition.

Elles étaient pour. Les devoirs, pas leur abolition. Pas tant pour ce que sont les devoirs en tant que tels, mais pour ce qu’ils enseignent à l’enfant par la bande. Ça leur montre à être responsables, organisés, à gérer leur temps et à faire des efforts pour obtenir des résultats, affirmaient-elles toutes deux.

« On dirait qu’on leur en demande de moins en moins, qu’il faut que tout soit facile alors que la vie, c’est pas comme ça ! Il faut qu’ils sachent se débrouiller ! » s’est quelque peu emportée la plus fougueuse des deux.

Je trouvais leur point de vue fort pertinent. Et je l’ai retrouvé dans le livre de Martin Larocque. « Je n’enseigne pas à faire un lit, j’enseigne à être fier », y écrit-il notamment.

« Nous avons cessé, et je ne sais pas pourquoi, d’exiger des choses de nos enfants. C’est un grave problème. Nous créons tranquillement une génération d’enfants qui vivent avec du personnel, des agents, des majordomes, des domestiques... et non des parents », dénonce-t-il, en lançant notamment une flèche à tous ces parents qui portent, à la place de leur enfant, sac à dos, boîte à lunch, et tutti quanti quand ils vont le chercher à l’école. Parce qu’ils ont leur journée dans le corps, tsé. « Même si sa journée a été longue, je vous rappelle que la vôtre aussi ! Vous aussi, vous avez votre journée dans le corps. Et personne ne vous attendait à la sortie de votre travail pour porter votre boîte à lunch... »

« Ce n’est pas un acte d’amour que de faire croire à l’enfant qu’il a du personnel. Ce n’est pas l’aider que de lui donner l’impression qu’aussitôt qu’un chouïa d’effort arrive qu’il y aura toujours quelqu’un pour le délester de sa charge », dit-il encore.

En est-on vraiment rendu là ? À prôner la loi du moindre effort, bien malgré nous ? À leur nuire dans notre désir de leur éviter des tracas, tant on les aaiiiiimmmmeeee, comme le dit Martin Larocque ? Il cite à cet effet l’auteure Julie Lythcott-Haims, qui croit que « trop de parents élèvent leurs enfants comme des bonsaïs. On les chouchoute pour qu’ils aient l’air — trop tôt — d’un résultat final et parfait. »

Le vrai sens du mot « difficile »

Vrai qu’on tente, de nos jours, de nous faire croire que tout est facile et sans effort. Maigrir sans effort, apprendre une langue sans effort, jardiner sans effort, cuisiner sans effort, devenir riche sans effort, réussir sans effort... élever ses enfants sans effort. 

Tout ça est utopique et il est de notre devoir de parents de l’apprendre à nos jeunes le plus tôt possible. Même si ça nous demande plus d’efforts. 

Dans cette ère du tout tout de suite, on semble avoir oublié le vrai sens du mot « difficile », fait remarquer Martin Larocque. 

« En abandonnant le plaisir de l’effort, nous avons diminué les exigences et, de surcroît, les efforts devant les obstacles qui se présentaient à nous. [...] “Difficile” voudrait dire que ce ne sera pas fluide, que je devrai chercher au-delà de ce que je sais présentement et qu’en bout de course, je n’aurai peut-être pas de médaille, de chèque ou de like ! [...] Nous avons collectivement baissé l’échelle de l’effort. Elle se calcule rapidement : Je ne connais pas = Je trouve ça difficile = Je ne fais pas », expose-t-il, alors qu’auparavant, « “difficile” annonçait qu’il fallait se remonter les manches et chercher la solution mariée à l’effort. “Difficile” était l’énergie qu’il fallait pour commencer la journée du bon pied. »

Imaginez seulement combien nos petits trouveront la vie difficile, une fois adultes, s’ils n’ont pas appris tôt à faire des efforts. Oui, ça demande des efforts aux parents de les coacher en ce sens. Mais qui a dit qu’être parent était facile ?

En famille

La fameuse charge mentale…

CHRONIQUE/ On en entend parler de plus en plus. Elle est, à en croire tous, la principale cause de la détresse maternelle aujourd’hui. La charge mentale…

Pourtant, dès qu’on aborde le sujet, on entend des pères monter aux barricades. « Bin voyons, on n’est pas des lâches qui ne font rien dans la maison ! »

On entend aussi des femmes se porter à la défense des hommes : « Il faut arrêter de les stigmatiser ; ce sont bien souvent eux qui réparent les bris dans la maison, font les travaux d’entretien à l’extérieur, et ils participent de plus en plus aux tâches ménagères quotidiennes genre faire la vaisselle, donner le bain aux petits, etc. »

Je donne raison à tout le monde. Seulement, il reste ce fantôme qu’est la charge mentale qui hante le quotidien de bien des mères, au foyer ou non. 

J’ai lu plusieurs articles, chroniques, blogues et « statuts Facebook » sur le sujet. J’ai même jeté un regard sur la fameuse BD qui a pratiquement lancé le débat sur le sujet, il y a plus d’un an. Pourtant, aucun écrit ne parvenait, à mon avis, à décrire exactement la détresse que je pouvais ressentir par moment. À l’instar de bien des femmes.

Jusqu’à ce que ma voisine publie ceci sur son mur : « Cette bouilloire interne que j’ai, je la décris régulièrement à mon mari. Une chance qu’il fait le ménage, le lavage, s’occupe du terrain, de la piscine, va chercher les enfants régulièrement... mon mari en fait des choses, mais nous (les femmes, les mamans), on continue d’y penser, donc on ne règle pas plus le trouble interne. Et pour ceux qui disent qu’il fallait demander... ben si on demande, c’est qu’on a encore dû prévoir, on a encore dû y penser. Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien.... comment se fait-il qu’on soit les seules à penser au bon moment pour prendre un rendez-vous chez le dentiste, que c’est l’inscription de soccer, que le plus jeune va manquer de bobettes, qu’il faudra prévoir un budget pour ça et qu’il faut aller le porter à la fête d’ami à telle heure ? Parfois, on a envie de mettre ça à off un peu. »

« C’est exactement ça ! » s’est exclamée une amie quand je lui ai fait un résumé sommaire de ce commentaire. « Mon chum participe, mais il ne planifie rien ! »

Si on le voulait vraiment

Voilà donc le constat. Général, je précise. Il y aura toujours des exceptions à la règle, mais selon ce que je constate dans mon entourage, ce sont les femmes qui gèrent le quotidien. « Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien… »

Il n’y aurait pas matière à écrire si celles-ci ne sortaient pas à tout bout de champ pour dénoncer la situation sur les différents « blogues de mères indignes ». Et encore là, depuis le temps, je suis certaine que les choses auraient changé. Si elles l’avaient VRAIMENT voulu.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’on est un peu les artisanes de notre propre malheur. Qu’en fait, nous sommes un peu — pas mal — les actrices principales de nos propres drames humains. Et que, malheureusement, nous ne pouvons — ou ne savons — souvent faire autrement.

Je suis persuadée que les choses sont comme elles sont à cause de nous, les femmes. On prend tout en charge d’emblée, et comme il y a rarement suffisamment de place pour deux boss dans une même shop…

Il m’arrive parfois, je l’avoue, lasse, de baisser les bras. De prendre un break de moi-même. D’abdiquer devant mes devoirs parentaux, familiaux et de « responsable du foyer ». Quelques heures, parfois quelques jours. 

Chaque fois, je remets le chapeau en me disant que malgré mon « absence » — je mets le terme entre guillemets parce que je ne suis pas vraiment absente physiquement, juste que je démissionne temporairement de mon poste de « chargée de projets domestiques » ou de « présidente des tâches ménagères » —, la Terre a continué de tourner, la famille a continué d’exister. Pas nécessairement comme je l’aurais voulu, mais ça va. Très bien même. Parfois même mieux que quand je suis aux commandes.

Et encore là, je me demande… si je venais à m’absenter pendant de longues semaines, plusieurs mois ? Dans le fond, je suis certaine que mon chum saurait faire. Saurait gérer. Saurait prévoir. Saurait s’adapter à cette nouvelle situation de nouveau « chargé de famille », sans même qu’on ait à le coacher. C’est juste que quand je suis là, il en a rarement l’occasion. Et il fait comme bien des hommes dans cette situation : il s’efface.

Faire confiance

La question qui tue : sommes-nous vraiment prêtes à déléguer certaines responsabilités ? À accepter que tout ne sera pas nécessairement fait comme on souhaiterait qu’il le soit, ni quand on voudrait qu’il le soit.

Se délester vraiment d’une charge mentale, c’est faire confiance. C’est accepter ce qui vient, sans juger, sans critiquer, sans faire entendre qu’on aurait donc dû, qu’il aurait donc dû. C’est arrêter de penser de manière individualiste pour faire un véritable travail d’équipe.

Ça peut être inconfortable au début, insécurisant même. Mais à long terme, c’est bénéfique pour tout le monde. 

Alors, je demande… Malgré toutes nos critiques, nos « pétages de coche privés ou publics », notre ras-le-bol collectif, notre écœurantite aiguë d’avoir le sentiment de devoir porter à bout de bras le bien-être familial, sommes-nous réellement prêtes à nous délester ne serait-ce que d’une partie de notre charge mentale ?