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Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Une allergie est une «réaction excessive de l’organisme à un agent extérieur auquel il est particulièrement sensible». C’est vrai pour ceux qui sont allergiques au pollen, aux acariens ou aux fruits de mer. Mais c’est aussi vrai pour une panoplie d’«allergènes» psychologiques.  
Une allergie est une «réaction excessive de l’organisme à un agent extérieur auquel il est particulièrement sensible». C’est vrai pour ceux qui sont allergiques au pollen, aux acariens ou aux fruits de mer. Mais c’est aussi vrai pour une panoplie d’«allergènes» psychologiques.  

Le principe de la pinotte

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CHRONIQUE / Enfin, il pourra manger des arachides en paix.

Chaque matin, depuis des mois, le fils d’un couple d’amis s’entraînait à ingérer des arachides pour vaincre son allergie. Il a amorcé sa désensibilisation alimentaire avec une minuscule quantité, puis a augmenté graduellement jusqu’à ce que son système immunitaire cesse de lever une armée pour combattre la moindre parcelle de cacahuète. 

Quand on s’est souhaité la bonne année sur Zoom, ses parents nous ont appris que le traitement, appelé l’immunothérapie orale, avait fonctionné.  On a levé notre verre à ce triomphe, qui veut dire que mon ami et sa blonde pourront voir grandir leur fils sans angoisser à l’idée qu’une pinotte l’envoie à l’urgence. 

En ce début de 2021 marqué par le retour du confinement total,  je repensais à cette désensibilisation alimentaire et je me disais qu’on pourrait tous appliquer le principe de la pinotte pour confronter les petits et les gros problèmes auxquels on est allergique. 

Une allergie est, selon mon dictionnaire Antidote, une «réaction excessive de l’organisme à un agent extérieur auquel il est particulièrement sensible». C’est vrai pour ceux qui sont allergiques au pollen, aux acariens ou aux fruits de mer. Mais c’est aussi vrai pour une panoplie d’«allergènes» psychologiques.  

Un exemple : la prise de parole en public. Elle effraie environ une personne sur quatre. Ceux qui sont frappés par ce type particulier d’effroi, appelé la glossophobie, font en général tout pour l’éviter. Et, quand ils n’ont pas le choix de parler devant un auditoire en personne ou devant une série de têtes cadrées sur Zoom, ils tremblent ou figent avec des trous de mémoire. 

Un peu comme pour le fils de mon ami avec son allergie aux arachides, la désensibilisation est un moyen éprouvé de vaincre une phobie. 

À la fin des années 60, le chercheur en psychologie Gordon Paul a recruté une bande d’étudiants universitaires qui avaient la trouille de parler en public et il les a assignés dans trois groupes. 

Dans le groupe de désensibilisation, les étudiants devaient apprendre à relaxer en imaginant des situations de plus en plus stressantes : lire à propos de la prise de parole seuls dans leur chambre, s’habiller le matin avant de prononcer un discours, faire une présentation devant un public. Dans le groupe de psychothérapie, les étudiants exploraient les causes de leur anxiété. Et dans le groupe placebo, les étudiants obtenaient des «tranquillisants» censés les aider à gérer leur stress.  

Qui s’en est sorti le mieux, pensez-vous? Les étudiants du groupe de désensibilisation. Non seulement affichaient-ils un niveau de stress moins élevé lors de prises de parole publique — mesuré aussi par leurs symptômes physiologiques —, mais ils avaient triomphé de leur peur.  En prime, ils avaient aussi augmenté leurs notes à l’université. 

Depuis, l’efficacité de la thérapie de désensibilisation systématique — ou d’exposition systématique — a été maintes fois prouvée scientifiquement. Elle est encore utilisée aujourd’hui dans le cadre de thérapies ­cognitivo-comportementales pour traiter des phobies et des troubles anxieux. 

Mais cette idée d’exposition graduelle ne devrait pas rester dans les bureaux de psychologues. Évidemment, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel et éviter de se patenter une désensibilisation systématique à la maison. En dehors des pathologies, on peut s’aider soi-même en s’exposant graduellement à une situation qu’on redoute. 

Pour ceux qui appréhendent la prise de  parole en public, par exemple, l’association à but non lucratif internationale Toastmasters aide les gens à apprivoiser leurs peurs et à s’exprimer devant un public. 

Mais, à plus petite échelle, on peut tous confronter nos craintes en y allant une pinotte à la fois. Si vous appréhendez de faire du jogging l’hiver, commencez par aller au bout de votre rue. Si vous avez peur d’être poche à la guitare, commencez par jouer un accord à deux doigts. Si vous êtes terrorisé par le bordel dans votre maison, désencombrez un tiroir. 

Le lendemain, mangez une autre pinotte. Et encore, et encore. D’ici quelques mois, vous aurez fini le sac au complet. Et vous en ouvrirez un autre.