Dora l’exploratrice

Les exploratrices

CHRONIQUE / Vous avez été nombreux (aucun, en fait) à me faire remarquer que cette chronique n’est pas parue la semaine dernière. Merci. La raison est la suivante : la veille de sa rédaction, j’ai mangé des sandwichs au jambon faits en épicerie et qui n’étaient probablement pas de la première fraîcheur malgré leur date de péremption éloignée.

Quelques heures plus tard, c’était comme si j’avais Donald Trump dans le ventre : c’était malaise par-dessus malaise, avec étourdissement et difficulté à énoncer des phrases sensées.

J’en ai été quitte pour passer les 24 heures suivantes au lit (le mien n’est pas en or, malheureusement) à me tortiller de douleur. Et j’ai manqué le concert de Bon Jovi, le party de départ d’un collègue et les premiers pas à genoux de ma plus jeune, Anastasia (nom fictif), six mois.

C’est toujours touchant de voir ça. Après, tu te rends compte qu’elle peut s’aventurer partout, partout, et qu’il faut la surveiller davantage, réinstaller la barrière devant l’escalier, regarder derrière soi quand on recule…

Elle était si mignonne quand elle s’assoyait bien droite, entourée de jouets, à me regarder en souriant sans pouvoir se mouvoir. Maintenant, c’est une deuxième Dora l’exploratrice (après Jojoba, deux ans) sans peur et sans reproche.

Parlant de Dora… Est-ce qu’ils mettent des messages subliminaux dans cette & % #@ ! d’émission-là pour que les fillettes n’aient le goût de regarder QUE ÇA, à toute heure du jour et de la nuit ?

Elle est sympathique, Dora. Et débrouillarde. Elle a des amis avec des voix irritantes et un environnement mexicain qui me fait penser à mes prochaines vacances dans le Sud (probablement en 2028).

Mais chaque fois que je veux regarder un peu de télé avec Jojoba et que j’essaie de lui suggérer une émission vraiment intéressante — je ne sais pas, moi, Goldorak, les Transformers, ou même Archie ? —, elle refuse. Ce n’est que Dora, Dora, Dora, tout le temps.

Alors en bon père de famille rompu aux stratégies de négociation familiale — ma devise : donne-leur ce qu’elles veulent et tu auras la paix —, j’écoute (encore) Dora. Pour réaliser à nouveau que Dora s’aventure seule dans la jungle, la ville, un canyon vertigineux et… Mais où sont ses parents, bordel ? Personne ne la surveille ?

Remarquez, c’est moins pire que Caillou. Aaah, Caillou. Je vais choisir mes mots avec soin pour m’éviter tout écueil juridique (comme si les créateurs de Caillou n’en avaient pas connu assez), mais Caillou est, comment dire, un p’tit chenapan. Il fait et dit toutes les bêtises qui lui passent par la tête sans jamais subir de réprimande. Bref, la vie d’enfant rêvée. Normalement, dans les histoires, les enfants se transforment peu à peu en âne et sont envoyés aux travaux forcés dans une mine (voir : Pinocchio).

Pour Caillou, rien de tout ça. C’est le Donald Trump des dessins animés (voyez comme on y revient ?) : tout pour lui, sinon il fait une crise et finit par avoir tout pour lui de toute façon.

Finalement, Dora, c’est pas si pire.

Au sujet de Jojoba, Désirée et moi tentons de lui inculquer la propreté (aller à la toilette quand il le faut), mais en vain. Je sais, elle n’a que deux ans. Mais elle était si motivée, au début, et là elle est en pleine régression. C’est dans la couche ou rien. Remarquez, je la comprends. Faire dans la couche, ça permet de gagner un temps fou.

On a essayé les récompenses après le travail accompli, mais ça n’a duré qu’un temps. Là, elle se fâche quand on ne fait que suggérer d’aller sur le pot. Que faire ? (J’invite ma collègue Marie-Ève Lambert à chroniquer là-dessus.)