Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer

Le train est en marche

Les temps sont durs pour les écologistes. Ainsi que pour les environnementalistes. Pour toute l’humanité en fait. Malgré un fort consensus des scientifiques, appuyé par d’innombrables et incontestables données, des politiciens continuent de nier que le climat change. Et que l’Homme, par sa consommation effrénée d’énergies fossiles qui libère du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, en est responsable.

On n’aurait pas à s’en soucier si ces politiciens n’étaient que des tire-pois. Le problème, et il semble s’être amplifié ces deux ou trois dernières années, c’est que bien des climato-sceptiques gouvernent des États influents ou aspirent à le faire. On pense d’emblée au président des États-Unis. Il a fait de la réanimation de l’industrie d’extraction de charbon une de ses promesses clés en campagne électorale en 2016. Il soutient par ailleurs qu’il retirera son pays en 2020 de l’Accord de Paris, une entente signée par 174 pays sur des cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES).

Avant les Fêtes, les Brésiliens ont élu Jair Bolsonaro, un ultra conservateur opposé aux lois environnementales protégeant l’Amazonie. Cette immense forêt tropicale a beau accueillir la plus grande biodiversité dans le monde, à la base de services écologiques indispensables pour la vie sur Terre, comme la production d’oxygène, la filtration de l’eau, la régulation de celle-ci, le nouveau président veut réautoriser les coupes forestières pour créer encore plus de pâturages bovins. Pour lui, les exportations de viande priment la santé des poumons de la planète.

Nos voisins ontariens ont donné les clés de Queenspark cet automne à un climato-sceptique. Un des premiers gestes de Doug Ford a été de retirer sa province du marché du carbone, un système où les entreprises doivent se procurer des permis de polluer. Le Québec et la Californie en font partie. Le système force les entreprises à réduire leurs émissions de GES en privilégiant la recherche de nouveaux procédés et les investissements dans des technologies plus propres. Les compagnies les plus novatrices engrangent même des revenus en vendant leurs permis à d’autres, moins performantes. Bref, on utilise le concept de l’offre et de la demande, la base même du système capitaliste, pour faire pression sur les entreprises pour qu’elles polluent moins. Et ça fonctionne.

Andrew Sheer est un autre politicien incapable de faire preuve d’honnêteté intellectuelle et de reconnaître la crise environnementale en cours. Le chef du Parti conservateur du Canada fera campagne cette année sur l’abolition de la taxe carbone au pays. Aveuglé par sa quête du pouvoir, il misera sur l’impopularité de cette taxe dans des provinces de l’Ouest productrices de pétrole, et auprès d’une clientèle climato-sceptique pour devenir premier ministre du Canada.

Trump. Bolsonaro. Ford. Sheer. L’évocation de ces tristes sires découragerait le plus optimiste des bipèdes. Pourtant, il faut garder espoir. Ces dinosaures, qui ont les pieds et la tête ancrés dans un autre siècle, ne peuvent s’opposer au progrès. S’ils peuvent le ralentir, ils ne peuvent l’arrêter. Et en matière de lutte aux changements climatiques, le train du changement a quitté la gare de l’immobilisme.

Les signes sont là

Plusieurs signes sont là : les citoyens prennent conscience de l’enjeu des changements climatiques et changent leurs comportements de consommation, les médias publient et diffusent de plus en plus de reportages sur cette question, des partis politiques commencent à détailler ce qu’ils mettraient en place comme actions, des chercheurs universitaires sont à l’œuvre partout dans le monde pour inventer ou améliorer des technologies environnementales, des fonds de retraite et d’importantes institutions publiques retirent leurs investissements des secteurs énergétiques fossiles, de grandes villes travaillent à réduire leur bilan environnemental et des multinationales investissement des millions de dollars pour prendre un virage vert.

Reste à convaincre les gouvernements d’embarquer. Il est vrai que les gouvernements centraux sont assez discrets dans cette lutte planétaire. Certains donnent même l’impression d’aller à contre-courant de l’objectif de réduire les GES. Le gouvernement du Canada s’est offert un oléoduc reliant l’Alberta et la Colombie-Britannique. Il a versé 4,5 milliards de dollars à la compagnie américaine Kinder Morgen pour acheter l’oléoduc Trans Mountain. Avant les Fêtes, il a également rendu disponibles 1,6 milliard de dollars aux pétrolières. Ces deux décisions s’inscrivent dans la volonté du fédéral de soutenir l’industrie des sables bitumineux qui peinent à exporter son pétrole.

L’histoire démontre que les politiciens bougent rarement au même rythme que la société. L’esclavagisme a été interdit dans des pays longtemps après que des mouvements citoyens l’exigeaient. C’est également vrai pour le travail des enfants et la ségrégation raciale. Les politiques en place finissent cependant par réaliser leur retard et agissent. Dans la lutte aux changements climatiques, nous sommes dans cette voie.

De décisions absurdes et contre-productives en termes de changements climatiques continueront d’émaner de nos élus au pouvoir. Ici même au Québec, le nouveau gouvernement promet de construire un troisième lien entre Québec et sa rive-sud. Le premier ministre François Legault a aussi promis beaucoup d’asphalte durant la campagne, notamment le prolongement de l’autoroute 19 au nord de Montréal. Ces deux décisions amplifieront l’étalement urbain, augmenteront le trafic sur nos routes et exigeront de nouveaux budgets d’entretien pour ces infrastructures alors que Québec est incapable de maintenir celles existantes. Et les gens resteront tout aussi longtemps prisonniers de leur automobile entre la maison…

Pour ceux qui croient qu’il est temps d’amorcer un virage draconien pour faire face à cette crise environnementale, ces égarements politiques sont de mauvais moments à passer. Réjouissons-nous en ce début d’année à la pensée que des forces progressistes sont à l’œuvre pour réparer tout ce gâchis et préparer des lendemains plus respectueux des limites de notre Terre.