Un slow légendaire

Le slow en perte de vitesse

Dimanche soir, on finissait de souper.

Hard to say I’m Sorry de Chicago jouait en sourdine et ces questions sont soudainement montées en moi : le slow existe-t-il encore ? Qu’advient-il du slow ?

Est-ce que les jeunes d’aujourd’hui dansent encore des slows ? que j’ai demandé à mon chum et notre grande, comme prise d’une certaine forme d’inquiétude.

Ma question est restée en suspens au-dessus de la table de cuisine…

Où un ado peut-il danser un slow en 2018 ? D’abord, est-ce que les ados de 2018 savent ce que c’est ?

Vérification faite, la nôtre sait. Plus jeune, son père — romantique dans l’âme — lui avait enseigné « les pas de base » après avoir vu Harry Potter danser avec Parvati Patil dans Harry Potter et La Coupe de Feu. Il était question de la valse dans le film, mais mon chum en avait profité pour donner à notre fille la formation sur le slow. Au cas où l’occasion se présenterait, qu’il disait.

Elle avait sept ans…

J’ai fait mon propre sondage auprès d’une poignée de jeunes adultes dans un souper, et non, ils n’attendent pas la fin de la soirée avec impatience dans les bars dans le but de « rencontrer quelqu’un ».

Pour ça, il paraît qu’il y a Tinder, qu’ils m’ont lancé en riant.

En plus de me sentir très vieille, mon questionnement m’a rendue tout à coup nostalgique de cette époque où des soirées « 14-18 » étaient organisées de temps en temps, ici et là.

C’est justement dans une soirée de danse scolaire que j’ai expérimenté mon premier slow. Curieusement, c’était dans une école primaire. Un établissement anglophone. À l’époque, la première secondaire y était dispensée. Ce soir-là, un certain Sébastien m’avait tendu la main. Oui, oui, comme dans les années 1950 ! Je ne me souviens plus de la toune, toutefois. Je soupçonne Love Bites de Def Leppard. Un gros hit dans le temps. Dans mes souvenirs, c’était fort agréable. D’autres ont sans doute suivi, mais le plus mémorable est celui qui m’a fait rencontrer le père de mes enfants.

C’est dans une soirée de danse scolaire que j’ai expérimenté mon premier slow

C’était en 1997. Célibataires, mon amie Marie-Pierre et moi avions quasiment élu domicile dans un bar de Granby nommé La Maison Blanche. C’est là que je l’ai rencontré. Chaque fois qu’on fermait la place, et ça arrivait souvent, il m’invitait à danser avec lui sous la lumière tamisée. Et, chaque fois, sans doute envahie par la gêne, je refusais. Tannée de me voir niaiser, et admirant la ténacité de mon futur conjoint, Marie m’a, un soir, sommée de faire une femme de moi. « C’est juste un slow, Isa ! T’as rien à perdre. Arrête de dire non ! », qu’elle m’a dit, en me faisant des gros yeux.

J’ai donc accepté. C’était Everybody Hurts, de R.E.M.

J’ai demandé à ma fille si, dans ce qu’ils écoutent actuellement, quelque chose pouvait servir de fond à un slow. Elle m’a proposé Catch & Release de Matt Simons. Ça a un certain rythme, mais le refrain cache un petit quelque chose de langoureux. Suffit d’adapter son pas.

Aucune application, aucun téléphone intelligent, aucun réseau social ne remplacera le charme des sourires gênés, l’érotisme des perles de sueur qui coulent dans le cou, la magie d’une tête qui se pose sur une épaule, la sensualité des mains qui se posent sur des hanches et des lèvres humides qui se touchent pour la première fois… illustrait un article français publié sur le Net et intitulé Le slow est-il mort ?

J’ai trouvé ça aussi joli que véridique.

Les générations qui nous suivent ne peuvent pas passer à côté de ça. J’peux pas croire. Il faut ramener le slow. Vite !