Le personnage Carey Price, c’est l’athlète intouchable et inatteignable qu’il est devenu.

Le personnage Carey Price

CHRONICLE / J’écris cette chronique avant la rencontre que disputait le Canadien face aux Blue Jackets de Columbus lundi soir. Peut-être que Carey Price a connu un autre bon match, peut-être que les partisans du Tricolore ont retrouvé foi en leur équipe. Et peut-être que vous allez trouver que je passe à côté avec ce texte.

Carey Price est un des meilleurs gardiens de la Ligue nationale. Je ne crois pas avoir déjà écrit que c’était le meilleur parce qu’il ne s’est jamais comporté comme tel en séries éliminatoires, là où ça compte vraiment. Mais ça reste un des meilleurs.

Il y a le gardien, mais il y a aussi le personnage. Et j’ai plus de misère avec le personnage qu’avec le gardien.

Le personnage, c’est celui que l’homme a créé un peu lui-même, mais c’est probablement surtout celui que le Canadien a créé. Et un brin les médias aussi.

Le personnage Carey Price, c’est l’athlète intouchable et inatteignable qu’il est devenu.

Intouchable parce que c’est difficile de le critiquer. Le statut du meilleur gardien de la Ligue nationale, que lui ont accordé plusieurs, fait en sorte qu’il faut se lever de bonne heure pour remettre ses performances en question. Avant de dire que c’est de sa faute si le Canadien a perdu, il faut passer en revue le travail des défenseurs, des attaquants, du coach, de tout le monde. Peut-être qu’après avoir analysé l’ouvrage de tous, on pourra dire qu’il a coûté la victoire à son équipe. Peut-être.

Inatteignable. Price est inatteignable parce qu’il y a constamment une aura de mystère autour de lui. On sait rarement ce qu’il pense, il répond rarement aux questions et, quand il le fait, il balance quelques mots qui ne veulent pas dire grand-chose. Et on ne parlera pas de ses blessures, dont la nature fait toujours l’objet de cachotteries inimaginables.

Price fait beaucoup d’argent. Et de nos jours, les organisations de sport professionnel font de gros efforts pour « protéger » leurs athlètes multimillionnaires. Quitte à en faire des êtres à part et quitte, par le fait même, à les rendre moins sympathiques pour la peine auprès du public, celui qui met directement l’argent dans leurs poches.

Je ne vous parlerai pas de Guy Lafleur qui, malgré son statut de meilleur joueur de la Ligue nationale en deuxième partie des années 70, était un grand livre ouvert. Je ne vous en parlerai pas parce qu’on me dira qu’il s’agissait d’une autre époque et que ça ne se compare pas. Mais il doit y avoir un juste milieu entre Lafleur et Price.

Quand le Canadien gagne et que le numéro 31 fait les arrêts, les gens font avec le personnage Carey Price. Mais quand le Tricolore perd et que le gardien n’arrête rien, tout ce qu’il y a autour du personnage agace, dérange et ne passe pas.

C’est le personnage qui, un jour, risque de sortir Carey Price de Montréal.