Le mal-être

Difficile de sympathiser avec les compagnies d’assurance qui harcèlent leurs clients de leurs demandes de preuves et de documents quand ils souffrent de maladie mentale. Le cas de Samuel Archibald n’est qu’un parmi d’autres, malheureusement.

Je sais, ce type de couverture coûte des millions de dollars par année aux assureurs et ils veulent se prémunir contre la fraude. C’est plus facile de feindre une dépression qu’une fracture du coude. Soit.

Mais pour avoir vécu une situation similaire dans le passé, je vous confirme que les assureurs n’y vont pas avec le dos de la main morte, comme on dit, quand vient le temps de demander des preuves de votre mal-être.

Avec le recul, je trouve ça d’autant plus étrange que je ne connais personne qui, bien qu’en santé, ait pris plaisir à se mettre en arrêt de travail pour un problème mental. Au contraire, on veut tous être perçus comme fringants, créatifs et débonnaires.

Arrêter de travailler pendant trois mois comme je l’ai fait jadis, j’ai vu ça comme un aveu d’échec, alors qu’en réalité j’avais bien besoin d’une pause et d’un remontant (qui a pris la forme d’une pléthore de médicaments aux effets secondaires tous aussi désagréables qu’embarrassants. Genre, mon pèse-personne avait arrêté de me parler. Nous avons renoué depuis).

Qu’à cela ne tienne, l’assureur que j’avais à l’époque m’inondait de demandes de rapports et de documents que je devais fournir chaque semaine — et dans un délai très court — sous peine de cesser de me payer. Et toujours par lettre, évidemment. Ça fait plus officiel et inquiétant.

(N’y voyez pas un argument pour l’élimination du courrier à domicile, ce n’en est pas un. Reste qu’un courriel, c’est plus doux qu’une lettre, non ? Quant aux textos, ils sont trop courts. Et les fax font mauvaise impression.)

Je me revois encore en train de paniquer dans mon appartement parce que j’essayais de comprendre ce qu’on me demandait et surtout, de savoir comment l’obtenir sans craquer. On n’est pas très efficace quand on pleure trois heures par jour.

Une fois, on a exigé que je fournisse les notes cliniques de mon médecin traitant. J’appelle à l’hôpital, on me dit de m’adresser aux archives. D’accord. Je le fais et j’attends. Une semaine plus tard, j’apprends que je dois y retourner puisque l’hôpital ne peut (ou ne veut, c’est selon) les envoyer directement à mon assureur et que je dois les faxer moi-même. Ok.

Entre-temps, je les ai eues en mains et par curiosité, je les ai lues. Quand mon médecin l’a su, elle m’a fait une crise terrible et m’a jeté hors de son bureau sous prétexte que je n’étais qu’un fouineur. (Je précise ici que tout patient a le droit de consulter ses notes cliniques.)

Je me suis retrouvé du jour au lendemain sans médecin et sans prestations. Car dans son envolée colérique, elle avait aussi ordonné mon retour au travail, bien que je me sentais loin d’être prêt.

Au moins, ça me libérait de devoir leur prouver chaque semaine que j’étais malade…

Heureusement pour moi, les choses se sont replacées. Et cette mésaventure m’a permis de faire la connaissance d’une femme remarquable, une psychiatre septuagénaire de Shefford qui a ni plus ni moins changé ma vie. Grâce à ses soins et aux exercices qu’elle m’a recommandés, je suis devenu l’homme aguichant et sensationnel que je suis aujourd’hui, ce qui n’est pas rien.

À tout prendre, je ne saurais trop recommander aux gens qui souffrent de problèmes psychologiques et qui bénéficient de prestations d’invalidité de se faire discrets sur les réseaux sociaux (et dans les médias en général, mettons). Les assureurs n’ont pas besoin de beaucoup de prétextes pour reprendre le parapluie qu’ils vous ont loué à fort prix.