Le bonheur des uns...

CHRONIQUE / Véronique nageait en plein bonheur l’autre soir. Tellement qu’elle a tenu à partager son doux moment sur Facebook en l’accompagnant d’une photo. Elle venait de recevoir son autocollant sommant les camelots de ne plus laisser de Publisac devant sa porte. Elle était contente. Et sa joie, comme c’est souvent le cas sur les réseaux sociaux, a vite fait des envieux et est devenue contagieuse.

— Tu l’as eu comment ? lui a demandé une amie commune, visiblement intéressée à l’imiter. En fait, une dizaine de personnes l’ont été. Rapidement à part ça.

Figée devant mon écran à lire tous ces commentaires, je me sentais aussi mal, voire plus, que cette fois où j’ai vu une voisine décrocher son Publisac, ne pas l’ouvrir, et le balancer dans son bac bleu à la manière d’un touchdown.

Pour maintenir une relation cordiale avec elle, je me suis retenue de dire ce que je pensais.

C’était comme si une personne à qui vous tendiez un repas préparé avec amour le prenait et le jetait d’un trait dans la poubelle. Avec l’assiette. Ça fait un petit quelque chose en dedans qui ressemble à de la déception. De la tristesse même. Le tout mélangé à de la colère.

Pourquoi tous ces sentiments ? D’où vient cet attachement au Publisac ?

C’est le véhicule de l’hebdo que je gère !

Sans le Publisac, disons que Le Plus frappe beaucoup moins fort. Sans lui, il m’est impossible de rejoindre un large lectorat.

Si je ne m’étais pas retenue à deux mains devant la joyeuse publication de Véro, ce soir-là, j’y aurais ajouté mon grain de sel. J’y serais allée d’un cri du cœur : « Pis ma job, elle, vous en faites quoi ? » Peut-être même en majuscules.

Mais, pour éviter de créer un ti-frette dans le groupe, je me suis retenue. Encore. J’ai gardé le silence, car je sais très bien que personne ne pense à tout ce que la disparition du Publisac engendrerait pour les journaux locaux. Les gens, je crois, en ont davantage contre l’orgie de pub qu’il trimbale. Et de papier.

Mais parmi les circulaires et aubaines de toutes sortes qui, en passant, sont appréciées de plusieurs personnes qui, comme moi, aiment planifier leurs achats et faire des économies, ce petit mal-aimé transporte aussi des hebdos d’un peu partout à travers le Québec. Le Plus en fait partie. Chaque semaine, ce réseau de distribution me permet de rejoindre 40 529 foyers partout dans la région.

Tirez la plogue, et ça vient de s’éteindre.

D’un autre côté, je comprends les doléances des gens anti- circulaires. Ils aimeraient, d’abord, avoir le choix de recevoir ou non le Publisac. Ils trouvent que celui-ci génère beaucoup trop de papier en une semaine. Que ce n’est pas écolo. Que ça pollue. Les coûts environnementaux de ces sacs seront justement étudiés par la Ville de Montréal, en 2019, où 900 000 y sont distribués sur une base hebdomadaire. C’est vrai, ce chiffre fait peur. Il affole. C’est pour ça, entre autres, que Publisac répète sans cesse que tout est recyclable. L’autocollant pour que le camelot poursuive son chemin, c’est lui qui le fournit si vous en faites la demande. Sur son site, il donne même la chance aux consommateurs de recevoir leurs circulaires en format numérique. Quand même.

Moi, ce qui me fout la trouille — vous me voyez venir — c’est de savoir que dans ce tourbillon, l’avenir des hebdos est menacé.

Oui, je prêche pour ma paroisse ! Qui ne monterait pas aux barricades pour défendre le métier qui le comble ? Le mien, en plus d’être fascinant et fort intéressant, je l’aime d’amour. Les journaux ne servent pas qu’à protéger le vase en verre soufflé offert par votre belle-mère quand vous déménagez ! Ils témoignent de la vie municipale et régionale sous tous ses angles. Mettent en lumière les bons coups d’organisations, de regroupements et de gens spéciaux du coin. Le tout, en permettant à de nombreux annonceurs de rejoindre leur clientèle. On chiale tous, un jour ou l’autre, contre l’abondance de la publicité, mais sans elle, pensez-y, plusieurs seraient sans emploi.

Peu de temps après avoir montré son sticker « plus de Publisac », Véro a publié une pensée qu’elle aimait bien. Où avait-elle lu cette jolie phrase ? Dans un journal !

Son clin d’œil m’a fait sourire, car ça illustre très bien le fait que les gens nous tiennent pour acquis. Et comme c’est souvent le cas, ils vont s’apercevoir de notre valeur le jour où on va disparaître.

Vous pensez que le numérique nous servira de planche de salut ?

J’ose espérer. Déjà 4644 lecteurs lisent Le Plus dans sa version électronique. Il n’en manque que 40 000 pour atteindre le bassin du Publisac.

Ma quête commence donc ici. Vous voulez vous débarrasser du Publisac ? Faites à votre tête, c’est à vous les oreilles, mais ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Cette chronique a besoin de lecteurs pour exister.

Rares sont les fois où je publie des adresses Internet dans la version papier de l’hebdo. C’est souvent trop long et trop difficile pour certains à recopier sans oublier une barre oblique. Mais si je n’en avais qu’une à partager, ce serait celle-ci : https ://tinyurl.com/hebdoleplus

C’est l’adresse pour vous abonner GRATUITEMENT à la version électronique de ce journal que je porte à bout de bras depuis 12 ans.

Vous cherchiez quoi m’offrir à Noël ? Donnez-moi la chance de continuer à faire ce que j’aime dans la vie.

Vous n’avez pas d’ordinateur, de cellulaire ni de tablette ?

Il me semble avoir vu passer des spéciaux alléchants dans un sac blanc fait sur le long mercredi dernier...