L’arrière-chronique

CHRONIQUE / Éric n’est pas un lecteur assidu de mes chroniques. Il me l’a avoué dans un courriel la semaine dernière. Il me lit peu, mais les rares fois qu’il l’a fait, il dit avoir remarqué un « trait commun » chez moi. Selon lui, dans mes billets, le rôle de la mère semble prédominent, « tout en abaissant ou amenuisant celui du père ».

« Je ne sais pas si c’est pour provoquer, exprimer des frustrations vécues ou si vous êtes simplement mal entourée par des modèles paternels rétrogrades, qu’il me dit, mais vos écrits frisent la misandrie ! »

Éric est le papa de deux filles qu’il a en garde partagée depuis quelques années. Dans son courriel, il m’explique que de nos jours, les pères jouent un rôle aussi important que les mères dans la vie des enfants (ce que je sais pertinemment), mais que ce ne sont pas toutes les femmes qui laissent à leur conjoint la place qui leur revient (ce que je sais aussi, malheureusement). Il me partage d’ailleurs que c’est ce qui a mené à sa séparation.

J’étais sous le choc.

Mes deux dernières chroniques, Pas le temps de niaiser, (dans laquelle j’abordais les résultats d’une étude dévoilant que les mères, pour décrocher après avoir travaillé l’équivalent de 100 heures par semaine, se rabattaient sur les documentaires proposés sur Netflix et le vin rouge) et Le pourquoi des pourquoi, (où je parlais du réflexe des enfants à se tourner vers leur mère pour avoir réponse à leurs innombrables questions quotidiennes), l’ont carrément fait sursauter, qu’il m’a avoué.

Une semaine avant, un collègue avait eu la même réaction épidermique en lisant Pas le temps de niaiser. Il croyait que je pensais que les pères ne foutaient rien à la maison. Je n’avais pourtant absolument rien écrit en ce sens. C’est ce que lui et Éric ont lu entre les lignes. Avec leurs yeux de papas à eux. À partir de leur réalité à eux.

Un ami me répète souvent qu’il est inutile de se battre contre des perceptions. C’est vrai, mais de voir que mes chroniques rédigées bien naïvement, sans aucune arrière-pensée, provoquent de telles émotions est bouleversant. La rédaction de textes subliminaux est pourtant loin d’être mon style. Et ma façon de fonctionner est toute simple.

Si j’aborde un sujet, cela ne veut pas dire que je sois contre un autre

Avant de rédiger une chronique, je lis plein de trucs. Je glane des infos ici et là et je fais des liens avec ce que je vis au quotidien dans mon rôle de journaliste, de maman, de conjointe, d’amie, de fille, de grande sœur, de collègue, de rangeuse compulsive, d’horticultrice en herbe, de mangeuse de barres de chocolat Oh Henry !, etc. Le but visé est toujours le même et fort simple : faire rire, faire réfléchir. Et je me moque de mes travers. Des fois, selon les aléas de la vie, un rôle prend le dessus sur un autre et ça donne lieu à deux chroniques de suite sur « le même » thème. L’inspiration étant comme un train, c’est-à-dire que je la prends quand elle passe, ce n’est pas le genre de chose que je calcule. Et c’est exactement ce que j’ai fait les deux dernières semaines. Une étude + une anecdote de maman (par exemple) = une chronique.

Et si j’aborde un sujet, cela ne veut pas dire que je sois contre un autre.

J’ai répondu à Éric.

Je lui ai dit que jamais je n’ai voulu attaquer les papas et que j’étais désolée de voir à quel point mes histoires étaient venues le chercher.

« J’ai un père aimant et aidant et un conjoint, père de mes enfants, tout aussi aimant et aidant. En fait, je ne peux même pas dire “aidant”, car nous formons une équipe. On s’épaule en fait », que je lui ai écrit aussi, souhaitant chasser l’image de misandre qu’il s’était faite de moi.

« Bien content qu’il n’en soit pas ainsi !, qu’il m’a répondu. Il est facile de taper sur le clou de l’homme blanc ces jours-ci, qu’il a ajouté. C’est presque devenu de bon goût ! »

Vous savez, Éric, je n’ai jamais suivi la mode. Et si ça peut vous rassurer, ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer.