Protéger le pouvoir économique des familles est une véritable stratégie de prospérité économique.

La vraie richesse, c’est la famille

« La famille, c’est une richesse incroyable », a un jour affirmé Céline Dion. Bien que son affirmation fasse référence au sens figuré, elle est loin d’être fausse quand on la prend au sens propre, selon l’économiste Ianik Marcil.

Ce dernier a ouvert le tout premier Sommet de la famille, qui se tenait à Saint-Hyacinthe les 14 et 15 mai dernier et auquel ont participé près de 400 intervenants de divers milieux — scolaire, communautaire, de la santé, municipal, etc. — en provenance des quatre coins du Québec. Dans le lot, il y avait aussi au moins une représentante des médias : moi. Je m’étais dit que l’occasion était belle d’aller à la pêche aux sujets de chronique. Et mon instinct ne m’a pas trompée.

Spécialisé entre autres dans les transformations sociales, Ianik Marcil est venu nous entretenir du rôle économique des familles. Et son constat a de quoi surprendre. Les familles sont un véritable moteur économique, a-t-il dit d’entrée de jeu. Au Québec, les dépenses des ménages — essentiellement les dépenses de consommation (logement, énergie, transport, alimentation, loisir, etc.) — représentent près de 60 % du produit intérieur brut (PIB), selon l’indice de la Banque mondiale. « C’est de loin l’acteur économique le plus important », affirme-t-il.

M. Marcil a analysé les dépenses des différents types de ménages au Québec — personnes seules, couples sans enfants, couples avec enfants et familles monoparentales — et en est arrivé à la conclusion que les couples avec enfants dépensent en moyenne 24 000 $ de plus par an que les couples sans enfant (selon la moyenne basée sur le 1,9 enfant par couple). Sachant que des 4 818 968 ménages de la province en 2018, un peu plus du quart (26,7 %, soit 1 287 303) a des enfants, et que de ce nombre, 907 840 sont biparentaux (deux parents), ce sont près de 22 milliards (21,8 G $) supplémentaires qui sont ainsi injectés dans l’économie québécoise, selon un rapide calcul.

Vingt-deux milliards, pour vous donner une idée, c’est l’équivalent d’un peu plus du cinquième du budget total du gouvernement du Québec, qui est de 100 G $. C’est, pour être plus précis, environ 6 % de l’ensemble de l’économie québécoise, estimée à quelque 375 G $ cette année. « C’est assez considérable », fait valoir l’économiste.

Coincé dans la logique capitaliste

« Plus de dépenses au quotidien a bien sûr un impact immédiat individuel, mais aussi sur l’économie nationale », ajoute-t-il.

Il explique que jusque dans les années 60, les deux tiers, voire les trois quarts, de l’économie du Québec étaient soutenus par le secteur primaire (ressources naturelles), dont on exportait les produits en grande majorité. « Aujourd’hui, les deux tiers de notre économie dépendent directement de la consommation des ménages, dit-il. C’est donc dire que les deux tiers de notre salaire dépendent directement de la consommation des autres. »

La blogueuse Bianca Longpré n’avait pas complètement tort, finalement, dans son controversé billet « T’as pas d’enfants, tu m’en dois une ! »... Sans aller jusqu’à dire que les couples sans enfants devraient contribuer davantage que les « avec enfants », ils peuvent à tout le moins leur dire merci de dépenser autant !

Oui, on est coincé dans cette logique capitaliste, reconnaît Ianik Marcil. Et c’est d’ailleurs là que le bât blesse. Le taux d’endettement des ménages depuis 30 ans est en hausse constante. On n’a pas de données spécifiques pour les familles avec enfants, mais selon l’économiste, on peut présumer que leur taux d’endettement est, en moyenne, supérieur aux ménages sans enfants.

C’est pourquoi il y a une réflexion à faire, est d’avis Ianik Marcil : « Elle n’est pas simple, puisque si on freine du jour au lendemain nos dépenses, ça va avoir des conséquences désastreuses sur l’économie ; on va la bloquer complètement. »

« Moins consommer, c’est aussi accepter d’être moins riche [d’un point de vue économique] », poursuit-il.

Une chose est néanmoins non discutable, selon lui : protéger le pouvoir économique des familles est une véritable stratégie de prospérité économique. « Nos politiques familiales — et on est des champions dans le domaine, rappelle-t-il — sont extrêmement rentables », dit-il.

Il cite en exemple la création des Centres de la petite enfance (CPE), qui est probablement la mesure la plus payante d’entre toutes. En permettant un retour sur le marché du travail plus tôt, ils génèrent en revenus de taxes et d’impôts plus que ce que le réseau coûte à gérer, fait-il valoir.

Aussi serait-il logique de considérer davantage les intérêts des familles dans la prise de décisions politiques, économiques et sociales, peut-on en déduire. Ce qui était, en fait, le but avoué du premier Sommet de la famille : réfléchir aux enjeux auxquels font face les familles d’aujourd’hui et aboutir à des propositions concrètes de politiques publiques en soutien à celles-ci. En tout, 282 propositions ont été rédigées ; elles seront présentées cet été aux différents partis en vue des élections. Reste à voir ce qu’ils en feront...