La cybersécurité peut être un concept abstrait pour certains.

La guerre derrière les écrans

CHRONIQUE / La cybersécurité ? C’était pour moi une notion abstraite jusqu’à ce je sois victime d’un vol d’identité, il y a quelques années.

L’affaire s’était réglée sans trop de conséquences fâcheuses grâce à la vigilance de mon institution financière. Quelques coups de téléphone aux agences de crédit, une plainte à la police, et je pensais ne plus en entendre parler. Pour plus de sûreté, j’avais instauré une alerte sur mon dossier de crédit chez Équifax.

D’où ma stupeur quand cette agence de crédit, chargée de veiller sur ma cybersécurité, a elle-même été la cible d’une attaque informatique, en septembre 2017. Celle-ci a exposé 145,5 millions dossiers de crédit parmi les clients américains et canadiens d’Équifax. L’un des dirigeants a admis que les pirates avaient exploité une faille informatique connue de l’entreprise, mais qui n’avait pas été corrigée…

Ce jour-là la notion de cybersécurité est soudain devenue une réalité concrète pour moi. J’ai réalisé que dans une galaxie numérique pas si lointaine, des protagonistes se tiraient dessus à coups d’algorithmes compliqués pour faire tomber des forteresses apparemment inexpugnables.

Une troisième guerre mondiale faisait rage dans les profondeurs obscures du Web. Même si les banques, les grosses entreprises et les universités figurent parmi les principales cibles des cyberattaques, ce conflit, comme tous les conflits, faisait des victimes collatérales parmi les civils.

« Nous avons ouvert toutes grandes les portes de nos vies à l’Internet, aux ordinateurs et aux téléphones intelligents, sans pour autant prendre la pleine mesure des menaces que ces nouvelles technologies font peser sur nous », constate Antoine Normand, président d’In-Sec-M, un organisme à but non lucratif qui tente d’implanter une grappe industrielle en cybersécurité à Gatineau.

Alors qu’on barre la porte de sa maison ou qu’on verrouille la portière de la voiture par mesure de sécurité, on va se brancher sans réfléchir au réseau Wi-Fi non sécurisé au petit café du coin. Une attitude désinvolte qui nous expose à des criminels avides de dérober nos données personnelles pour en faire mauvais usage.

La vérité, c’est que l’ampleur et la rapidité des changements technologiques ont pris de court les gouvernements et placé les citoyens en position de vulnérabilité. Le temps où les cyberattaques étaient l’affaire de jeunes pirates surdoués, aux commandes d’un ordinateur surpuissant installé dans leur sous-sol, est révolu.

L’ennemi cybernétique a changé. La menace vient maintenant des États qui lancent des attaques pour tester les systèmes d’autres pays. Comme la Russie qu’on soupçonne d’avoir infiltré les serveurs du parti démocrate lors de la dernière présidentielle américaine. Des groupes criminels bien organisés sont aussi à la source des vols d’identité ou des demandes de rançons.

« Pour le crime organisé, c’est plus facile de voler de l’argent au monde que dans une banque. Ou encore de recruter des prostituées sur Facebook, Snapchat ou Instagram que dans les écoles secondaires », poursuit Antoine Normand.

Le Canada est en train de se réveiller. Il a investi un demi-milliard dans le nouveau Centre pour la cybersécurité qui fait déjà craindre à certains observateurs des intrusions abusives dans la vie privée. Quant à la Défense nationale, elle a dégagé un milliard afin de mieux se protéger contre les cyberattaques.

La région d’Ottawa-Gatineau espère soutirer sa part du gâteau. Pour l’instant, les entreprises canadiennes en cybersécurité ne sont pas en mesure de rivaliser avec les grands joueurs de la cybersécurité regroupés aux États-Unis, en Israël ou en Grande-Bretagne.

Mais plusieurs petites PME présentes au forum sur la cybersécurité qui se tient ces jours-ci à Gatineau espèrent tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de Kyber Sécurité qui cherche à protéger les logiciels contre les attaques faisant appel à l’intelligence artificielle. Ou encore Solana Networks, qui travaille sur la manière de crypter les ordinateurs quantiques qui arriveront sur le marché.