Alors, je demande… Malgré toutes nos critiques, nos «pétages de coche privés ou publics», notre ras-le-bol collectif, notre écœurantite aigue d’avoir le sentiment de devoir porter à bout de bras le bien-être familial, sommes-nous réellement prêtes à se délester ne serait-ce que d’une partie de notre charge mentale?

La fameuse charge mentale…

CHRONIQUE/ On en entend parler de plus en plus. Elle est, à en croire tous, la principale cause de la détresse maternelle aujourd’hui. La charge mentale…

Pourtant, dès qu’on aborde le sujet, on entend des pères monter aux barricades. « Bin voyons, on n’est pas des lâches qui ne font rien dans la maison ! »

On entend aussi des femmes se porter à la défense des hommes : « Il faut arrêter de les stigmatiser ; ce sont bien souvent eux qui réparent les bris dans la maison, font les travaux d’entretien à l’extérieur, et ils participent de plus en plus aux tâches ménagères quotidiennes genre faire la vaisselle, donner le bain aux petits, etc. »

Je donne raison à tout le monde. Seulement, il reste ce fantôme qu’est la charge mentale qui hante le quotidien de bien des mères, au foyer ou non. 

J’ai lu plusieurs articles, chroniques, blogues et « statuts Facebook » sur le sujet. J’ai même jeté un regard sur la fameuse BD qui a pratiquement lancé le débat sur le sujet, il y a plus d’un an. Pourtant, aucun écrit ne parvenait, à mon avis, à décrire exactement la détresse que je pouvais ressentir par moment. À l’instar de bien des femmes.

Jusqu’à ce que ma voisine publie ceci sur son mur : « Cette bouilloire interne que j’ai, je la décris régulièrement à mon mari. Une chance qu’il fait le ménage, le lavage, s’occupe du terrain, de la piscine, va chercher les enfants régulièrement... mon mari en fait des choses, mais nous (les femmes, les mamans), on continue d’y penser, donc on ne règle pas plus le trouble interne. Et pour ceux qui disent qu’il fallait demander... ben si on demande, c’est qu’on a encore dû prévoir, on a encore dû y penser. Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien.... comment se fait-il qu’on soit les seules à penser au bon moment pour prendre un rendez-vous chez le dentiste, que c’est l’inscription de soccer, que le plus jeune va manquer de bobettes, qu’il faudra prévoir un budget pour ça et qu’il faut aller le porter à la fête d’ami à telle heure ? Parfois, on a envie de mettre ça à off un peu. »

« C’est exactement ça ! » s’est exclamée une amie quand je lui ai fait un résumé sommaire de ce commentaire. « Mon chum participe, mais il ne planifie rien ! »

Si on le voulait vraiment

Voilà donc le constat. Général, je précise. Il y aura toujours des exceptions à la règle, mais selon ce que je constate dans mon entourage, ce sont les femmes qui gèrent le quotidien. « Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien… »

Il n’y aurait pas matière à écrire si celles-ci ne sortaient pas à tout bout de champ pour dénoncer la situation sur les différents « blogues de mères indignes ». Et encore là, depuis le temps, je suis certaine que les choses auraient changé. Si elles l’avaient VRAIMENT voulu.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’on est un peu les artisanes de notre propre malheur. Qu’en fait, nous sommes un peu — pas mal — les actrices principales de nos propres drames humains. Et que, malheureusement, nous ne pouvons — ou ne savons — souvent faire autrement.

Je suis persuadée que les choses sont comme elles sont à cause de nous, les femmes. On prend tout en charge d’emblée, et comme il y a rarement suffisamment de place pour deux boss dans une même shop…

Il m’arrive parfois, je l’avoue, lasse, de baisser les bras. De prendre un break de moi-même. D’abdiquer devant mes devoirs parentaux, familiaux et de « responsable du foyer ». Quelques heures, parfois quelques jours. 

Chaque fois, je remets le chapeau en me disant que malgré mon « absence » — je mets le terme entre guillemets parce que je ne suis pas vraiment absente physiquement, juste que je démissionne temporairement de mon poste de « chargée de projets domestiques » ou de « présidente des tâches ménagères » —, la Terre a continué de tourner, la famille a continué d’exister. Pas nécessairement comme je l’aurais voulu, mais ça va. Très bien même. Parfois même mieux que quand je suis aux commandes.

Et encore là, je me demande… si je venais à m’absenter pendant de longues semaines, plusieurs mois ? Dans le fond, je suis certaine que mon chum saurait faire. Saurait gérer. Saurait prévoir. Saurait s’adapter à cette nouvelle situation de nouveau « chargé de famille », sans même qu’on ait à le coacher. C’est juste que quand je suis là, il en a rarement l’occasion. Et il fait comme bien des hommes dans cette situation : il s’efface.

Faire confiance

La question qui tue : sommes-nous vraiment prêtes à déléguer certaines responsabilités ? À accepter que tout ne sera pas nécessairement fait comme on souhaiterait qu’il le soit, ni quand on voudrait qu’il le soit.

Se délester vraiment d’une charge mentale, c’est faire confiance. C’est accepter ce qui vient, sans juger, sans critiquer, sans faire entendre qu’on aurait donc dû, qu’il aurait donc dû. C’est arrêter de penser de manière individualiste pour faire un véritable travail d’équipe.

Ça peut être inconfortable au début, insécurisant même. Mais à long terme, c’est bénéfique pour tout le monde. 

Alors, je demande… Malgré toutes nos critiques, nos « pétages de coche privés ou publics », notre ras-le-bol collectif, notre écœurantite aiguë d’avoir le sentiment de devoir porter à bout de bras le bien-être familial, sommes-nous réellement prêtes à nous délester ne serait-ce que d’une partie de notre charge mentale ?