Là où le bât blesse, c’est que ni Claire Samson, qui affirme en vouloir encore à son chef, ni François Legault n’ont fait l’effort d’aller l’un vers l’autre pour tenter une possible réconciliation.

La députée éplorée

CHRONIQUE / Il y a fort à parier que Claire Samson envisageait le déroulement de la présente session parlementaire d’un tout autre œil.

En fait, elle était extrêmement enthousiaste à l’idée d’entamer son second mandat, elle qui fut réélue avec plus de 50 % des votes à l’élection du 1er octobre dernier. Lors d’un bref entretien téléphonique, quelques minutes à peine après que sa réélection éclair fut confirmée, elle me confiait d’ailleurs avoir très hâte de se mettre au travail.

Malheureusement, cela ne s’est pas produit ainsi.

Pressentie par plusieurs pour devenir la prochaine ministre de la Culture et des Communications, notamment en raison de son expérience à titre de présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique, la députée d’Iberville a dû passer son tour, le 18 octobre dernier, quand vint le temps d’appeler les heureux élus au Cabinet.

Comme il semble qu’elle l’ait appris dans le Salon rouge de l’Assemblée nationale, lors de la cérémonie d’assermentation, Mme Samson a quitté les lieux de manière précipitée, ne cachant pas sa déception à certains journalistes d’avoir été ainsi boudée par son chef et avouant même remettre son avenir politique en question.

Peut-on lui en vouloir d’être amèrement déçue, elle qui n’a jamais caché son ambition d’être promue ministre ?

Depuis, la députée éprouve des problèmes de santé liés à son épilepsie, qui la retiennent loin du Salon bleu.

Certains critiques lui ont reproché de s’être comportée en mauvaise perdante en quittant l’Assemblée nationale de la sorte. D’autres ont même poussé l’odieux en supposant que Mme Samson avait feint la maladie par orgueil, pour ne pas avoir à faire face à ses collègues parlementaires, étant donné sa colère d’avoir été mise à l’écart par son chef, François Legault.

La députée d’Iberville ne nie pas que son absence a un lien avec la décision du premier ministre. Selon elle, a-t-elle déclaré à La Presse canadienne il y a quelques jours, la blessure causée par le désaveu de M. Legault est à l’origine de ses malheurs. « Un stress supplémentaire » ayant mené à une rechute de son épilepsie et à une importante perte de poids. Une chirurgie n’est pas exclue pour remédier à la situation.

Silence lourd

À quelques reprises depuis le début de son congé, Mme Samson a prétendu ne pas avoir eu de contact avec M. Legault depuis le 18 octobre ; elle n’a toutefois pas précisé si de son côté, elle avait tenté une approche auprès de son chef.

L’une des attachées de presse du premier ministre, Nadia Talbot, nuance le tout. « Le Cabinet est en constante communication avec Mme Samson, de même que l’équipe du whip [NDLR : Éric Lefebvre, député d’Arthabaska], a-t-elle fait savoir. On lui offre tout le support et le soutien possible. »

Mme Talbot n’a toutefois pas pu confirmer si M. Legault lui-même avait tenté de joindre sa députée, se contentant de répondre que l’entourage rapproché du premier ministre l’avait fait.

Là où le bât blesse, c’est si ni Mme Samson, qui affirme en vouloir encore à son chef, ni M. Legault n’ont vraiment pas fait l’effort d’aller l’un vers l’autre pour tenter une possible réconciliation et pour s’expliquer. Cette brèche de confiance égratigne le vernis de la Coalition avenir Québec, qui souhaite conserver son image de parti uni plus longtemps que ne durera sa lune de miel comme nouveau gouvernement.

Une députée qui détonne

On peut dire ce qu’on veut des tenues des députés de Québec solidaire, Claire Samson est elle aussi une députée qui détonne, à sa manière. La langue de bois, Madame ne connaît pas ; bien au contraire, elle parle franc et livre le fond de sa pensée sans filtre, quitte à faire sursauter quelques oreilles plutôt habituées à des paroles creuses.

Elle était visiblement moins présente dans le secteur Rouville de sa circonscription, mais les maires des municipalités concernées ne se sont jamais plaints de son absence. Ils disaient plutôt se sentir écoutés par leur députée, qui avait leurs doléances à cœur selon eux.

Elle n’aura peut-être pas fait aboutir tous les dossiers dont elle avait la responsabilité durant son passage dans le deuxième groupe d’opposition, entre 2014 et 2018, mais personne ne peut remettre en doute sa volonté d’y parvenir.

Ajoutons à cela le décès du fidèle compagnon de Mme Samson, Pepper le caniche royal, après une dizaine d’années de loyaux services.

Non, la fin d’année n’est pas joyeuse pour Madame la députée.