Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Chrystia Freeland
Chrystia Freeland

Un ticket de choc pour les libéraux?

CHRONIQUE / Discours du Trône, nouveau chef chez les conservateurs… Même si un scénario d’appel aux urnes ne se concrétisait pas avant longtemps, la perspective d’élections générales plus tôt que tard sur la scène fédérale planera pendant quelque temps, qu’on le veuille ou non.

Si l’on devait établir des pronostics aujourd’hui, on pourrait avancer qu’il faudrait un ticket de choc à la tête des libéraux pour que ceux-ci parviennent à tirer leur épingle du jeu lors d’un scrutin se déroulant dans le contexte actuel.

Pour bien faire, ce duo de choc devrait être constitué de Chrystia Freeland et de Mark Carney. Dans ce cas de figure, la vice-première ministre (et désormais responsable des Finances) serait candidate au poste de chef du gouvernement canadien et l’ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre postulerait pour la première fois une fonction de député.

Dans ce scénario, advenant une victoire électorale des libéraux, Mark Carney se verrait bien sûr confier le maroquin abandonné par Bill Morneau. Il lui irait plus naturellement qu’à Mme Freeland, qui l’occupe depuis mardi.

Justin Trudeau est passé à travers beaucoup de choses. Mais l’accumulation de difficultés, malgré les qualités qui peuvent être les siennes, devient et deviendra un boulet de plus en plus lourd. Ainsi en est-il des liens que le désormais ex-ministre des Finances Bill Morneau et lui ont entretenus avec WE Charity, soit directement dans le cas du premier, soit à travers des membres de leur famille respective pour l’un et l’autre.

La ministre Bardish Chagger devra aussi encore expliquer ses interventions dans ce dossier.

Bien sûr : les conservateurs et les bloquistes ont soigneusement choisi leurs extraits dans le document de plusieurs milliers de pages que le gouvernement Trudeau a dû rendre public mardi sur l’affaire WE Charity. Mais ils ne les ont tout de même pas inventés, ces extraits. Ils existent. Ils laissent entendre que certains dans l’appareil politique ont souhaité que ce soit cette organisation qui obtienne le contrat de gestion de ce programme de bourses pour le bénévolat étudiant.

Est-ce que c’était pour des raisons légitimes ou de proximité?

Ces morceaux choisis par les bloquistes et les conservateurs ne disent pas tout, évidemment. Mais en raison des liens étroits de Justin Trudeau et de Bill Morneau avec cette organisation, il faudrait des éléments clairs disculpant tous les responsables politiques liés à cette affaire pour que ceux-ci puissent espérer rétablir leur crédibilité. C’est surtout vrai pour le premier ministre, puisque M. Morneau n’est plus là.

Comportements

Qu’on le veuille ou non, on ne vote pas seulement sur des propositions et des visions politiques. Mais aussi en fonction des comportements et des attitudes de ceux qui se présentent. Voilà pourquoi, dans le contexte actuel, un duo Freeland/Carney constituerait un ticket solide.

Mais pour que le premier acte d’un tel scénario puisse se réaliser, encore faudrait-il que M. Trudeau abandonne son poste de chef du Parti libéral du Canada avant le déclenchement d’une prochaine campagne électorale; qu’il cède sa place pour le «bien» de son parti.

Tout est toujours possible dans la vie, mais c’est peu vraisemblable à court terme. Est-ce que cela deviendrait davantage vraisemblable après la publication du rapport du commissaire à l’éthique sur cette affaire? Oui, mais cette parution n’est pas pour tout de suite.

Pour l’heure, Justin Trudeau cherche à reprendre l’initiative. Il misera sur le plan de relance dont il dévoilera les grandes lignes dans le discours du Trône du 23 septembre.

En face de lui, il aura des conservateurs ragaillardis par l’arrivée d’un nouveau chef. Ils ne traîneront pas la moindre casserole sur les questions de vie privée des citoyens (avortement, mariage gai, etc.) s’ils sont menés par Peter MacKay. Cela ne facilitera pas la tâche de M. Trudeau.

En face de lui, le chef libéral aura encore des bloquistes généralement aussi habiles qu’efficaces depuis qu’ils sont dirigés par Yves-François Blanchet.

S’il se représente bel et bien aux prochaines élections, comme on est tenté de le croire à l’heure actuelle, l’actuel premier ministre misera sur trois éléments particuliers — outre son plan de relance : la diabolisation des conservateurs, la division du vote entre conservateurs et bloquistes au Québec et, enfin, l’obtention pour son parti d’une part plus grande du vote néo-démocrate. Cela ne constituera aucune surprise.