L'Assemblée nationale

Sans les surplus, vraiment?

CHRONIQUE / Les libéraux ont fait leur boulot d’opposition officielle. Mais l’exercice était à haut risque pour eux. Un peu comme un trapéziste qui évoluerait sans filet de sécurité. Ou qui se lancerait dans le vide.

Vendredi, l’opposition officielle avait convoqué ce qu’on appelle dans le jargon de l’Assemblée nationale une interpellation. L’exercice dure deux heures et permet de labourer un sujet précis.

Le thème choisi par les libéraux? «La demande irresponsable du président du Conseil du trésor de compressions budgétaires pour financer les promesses électorales du gouvernement caquiste alors qu’il y a d’importants surplus budgétaires.»

Que croyez-vous qu’il s’est passé à cette séance dès lors que l’opposition officielle annonçait sans pouffer vouloir parler de compressions?

Pour le gouvernement Legault, c’était un filet ouvert. Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a eu beau jeu de remettre sous le nez de Gaétan Barrette les compressions budgétaires du gouvernement Couillard.

Bien franchement, sur le fond, M. Barrette, désormais porte-parole de son parti en ce qui touche au Conseil du trésor, a bien fait. On ne voit pas ce qu’aurait pu faire de mieux l’ex-ministre des Finances du gouvernement Couillard, Carlos Leitão, tout expert en finances publiques soit-il.

Mais comment opposer des compressions virtuelles à des compressions certes passées, mais bien réelles? La partie n’était pas facile.

Avec un angle panoramique, on peut retenir ceci de l’exercice : si on a entendu pendant des années les libéraux montrer du doigt les décisions des gouvernements du Parti québécois et répéter qu’ils devaient réparer des pots cassés par les péquistes, on n’a pas fini d’entendre les caquistes invoquer les actions et inactions du gouvernement Couillard...

«Optimisation»?

En ajustant sa focale, on peut voir que le gouvernement a beau dénoncer l’austérité des récentes années libérales, il n’empêche qu’il profite tout autant de la performance économique du Québec que de l’élimination des déficits annuels structurels et de son corollaire, la récolte désormais récurrente de surplus budgétaires.

Au 30 novembre, le surplus budgétaire du Québec pour l’année financière en cours s’élevait à 6 milliards $ — ou à 4,4 milliards $ une fois retranchés les versements au Fonds des générations. On est loin des mares d’encre rouge de naguère. Le surplus ne sera pas aussi élevé au 31 mars, mais tout de même.

Malgré tout, on comprend qu’il en faudra de l’«optimisation» en 2019-2020 et par la suite — pour reprendre le mot fétiche de Christian Dubé — pour honorer les engagements de la Coalition avenir Québec, dont plusieurs coûteront pas mal plus cher que prévu. Tenons-nous-en à deux exemples : le coût de l’uniformisation des taux de taxes scolaires et l’implantation des maternelles quatre ans.

Peu importe, nous sommes priés de croire que l’«optimisation des dépenses» ne sera pas synonyme de compressions.

Dans ce cas, alors, prenons avec un grain de sel l’affirmation du gouvernement selon laquelle il ne se servira pas des surplus budgétaires à venir pour financer ses engagements. Soyons sceptiques, surtout qu’il peut facilement en glisser dans la colonne des revenus anticipés à partir de son prochain budget. Officiellement, il ne s’en servirait donc pas, mais il en profiterait bel et bien.