La ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Langue française, Nathalie Roy, a fait en sorte que l’Office québécois de la langue française (OQLF) dévoile ses études sur la situation du français vendredi matin.

Ne tirons pas la langue, montrons-la!

CHRONIQUE / C’est bien opportunément pour elle et son gouvernement que la ministre Nathalie Roy a fait en sorte que l’Office québécois de la langue française (OQLF) dévoile ses études sur la situation du français vendredi matin. C’était tout juste avant un débat parlementaire de deux heures convoqué par le Parti québécois sur le «manque d’engagement du gouvernement» en la matière.

Bien opportunément, car, à défaut d’annoncer des mesures supplémentaires de protection, Nathalie Roy a pu, tout au long de cette séance, dire qu’elle agit. La preuve en étant à ses yeux qu’elle a fait publier ce rapport exhaustif. Il est vrai que ce type de document de l’OQLF doit être publié tous les cinq ans et qu’aucun du genre ne l’avait été depuis 2007!

Sur le fond, ce rapport sur l’état de la langue française au Québec, particulièrement à Montréal, est plus troublant que rassurant. L’anecdotique «Bonjour! Hi!» y apparaît comme un symptôme, ne serait-ce qu’en raison de la plus grande indifférence que naguère qui prévaut dans la société sur la situation du français. C’est là que le bât blesse le plus, dans cette indifférence.

Laisser sa chance à Legault

Est-ce que la trop longue discussion acrimonieuse sur les signes religieux n’a pas ces dernières années remplacé, dans les préoccupations dites identitaires, la vigilance que nos parlementaires et nous tous aurions dû avoir à l’égard de la place du français au Québec?

Quoi qu’il en soit, ces études de l’Office québécois de la langue française devraient logiquement être l’amorce d’une prise de conscience.

Elles doivent au moins briser la tranquille indifférence qui s’est installée sur cette question — pas chez tous les Québécois francophones, mais chez trop d’entre eux.

Une mise en garde, tout de même : toute éventuelle amélioration de la situation passera toujours mieux si elle s’accompagne de pédagogie et de séduction que d’engueulades avec autrui.

Voilà pourquoi, moi, j’ai envie de laisser sa chance au gouvernement Legault sur cette question. Oui, commençons par mieux faire appliquer la loi 101 comme il le suggère. Il y a déjà du boulot sur ce seul front!

En matière d’affichage, près d’une entreprise sur quatre à Montréal ne se conformait pas à la réglementation en 2017. L’an dernier, près de 13 % des 6958 entreprises inscrites à l’OQLF ne détenaient pas de certificat attestant que le français est la langue normale et habituelle de travail chez elles — cela, c’est sans compter celles chez qui des glissements sont apparus au fil des ans.

Une suggestion tout de même : mieux faire appliquer la loi 101 ne devrait pas empêcher le gouvernement Legault de réfléchir à l’idée d’élargir éventuellement sa portée. S’il rechigne à élargir son champ d’application à toutes les entreprises comptant 25 employés et plus, comme le réclame le Parti québécois, il pourrait songer à fixer éventuellement la barre à 40. C’est un objectif qu’il pourrait inscrire dans son prochain programme électoral.

Positions campées

Les positions des partis représentés à l’Assemblée nationale sont bien campées.

Avant même la parution des dernières données, le Parti québécois parlait déjà de «recul». Pour y remédier, il propose entre autres, on vient de le voir, d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés.

Vendredi, le Parti libéral du Québec a eu tendance à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. De crainte d’une récupération par les souverainistes, il a depuis longtemps la fâcheuse habitude de balayer du revers de la main toute inquiétude à ce sujet.

Le gouvernement Legault est entre les deux. Il juge la situation ni totalement noire, ni totalement rose, mais se dit préoccupé. Il mise sur les cours de français qu’il veut faire suivre aux nouveaux arrivants ne parlant pas la langue officielle du Québec, ainsi que sur sa volonté de mieux faire appliquer la loi 101.

Étonnamment, Québec solidaire n’était pas représenté vendredi lors de ce débat.

Précision : c’est pour ne pas enquiquiner administrativement les petites entreprises que le gouvernement caquiste refuse d’élargir la portée de la loi 101 à toutes celles comptant plus de 25 employés.

Il existe des vérités dans certains lieux communs. En voilà une : ceux qui ont à cœur l’avenir de la langue française au Québec doivent en être non seulement des défenseurs, mais des ambassadeurs. Un gouvernement ne peut pas tout faire.