Québec solidaire, représenté par Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, joue la lutte contre les changements climatiques comme un quitte ou double politique. C’est une préoccupation que le parti et ses représentants portent sincèrement.

L’incontournable climat, enfin!

CHRONIQUE / Même si Justin Trudeau ne propose au fond que d’emboîter le pas à d’autres pays du monde, le projet de zéro émission nette de gaz à effet de serre qu’il a présenté constituera désormais au Canada un marqueur politique en matière de lutte contre les changements climatiques.

La principale difficulté des partis politiques en la matière est toujours de préconiser des mesures sérieuses sans heurter de front les citoyens. C’est ce qu’ont tenté, jusqu’ici, ceux au pouvoir ou ceux susceptibles de l’être. (On parle bien sûr ici des partis ne niant pas le lien entre les activités humaines et les dérèglements climatiques.)

Instaurer des mesures fortes sans heurter de front les citoyens… C’est la quadrature du cercle que tentent notamment de résoudre les libéraux fédéraux dans la campagne électorale fédérale. L’engagement d’atteindre une cible de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 en constitue un bon exemple.

Mais c’est parce qu’elle est ambitieuse et partagée par d’autres pays que la volonté des libéraux fédéraux deviendra un étalon de mesure, un étalon à partir duquel les autres se définiront. Y compris sur la scène politique québécoise.

C’est que le sujet y est aussi politiquement incontournable, même sans campagne électorale. Le chef caquiste François Legault l’a reconnu après son élection — lui qui, jusque-là, ne se montrait guère préoccupé par la question. Il s’en est dit soucieux lorsqu’il a compris qu’il s’agissait bel et bien d’une vraie question politique.

Le pari de QS

Au Québec, Québec solidaire (QS) joue la lutte contre les changements climatiques comme un quitte ou double politique. C’est une préoccupation que le parti et ses représentants portent sincèrement, il faut le dire.

Ce qui ne gâche rien pour QS est que ce dossier est celui qui unit le mieux ses troupes. Il lui a permis et lui permet de rassembler les tenants d’une laïcité stricte et d’une laïcité ouverte, et de rassembler les solidaires indépendantistes et fédéralistes.

Québec solidaire se sert de toutes les occasions possibles pour hisser le drapeau vert.

Lundi, Gabriel Nadeau-Dubois a répété que son parti érigera un «barrage» parlementaire contre le gouvernement Legault si, d’ici le 1er octobre 2020, celui-ci n’a pas mis fin aux projets d’exploitation et d’exploration d’hydrocarbures au Québec et qu’il n’a pas présenté un plan crédible de lutte contre les changements climatiques.

Avec cet éventuel barrage parlementaire, Québec solidaire pourrait faire grincer bien des dents, agacer nombre de Québécois.

Mais QS ne cherche pas à faire l’unanimité. Il se prémunit contre l’arrivée d’un hypothétique éventuel représentant d’un Parti vert québécois à l’Assemblée nationale. Il tente surtout d’attirer le plus possible de sympathisants péquistes, libéraux et même caquistes. Et, plus encore, de faire de grands sémaphores à un maximum de jeunes Québécois.

QS tente de s’arroger ce dossier, de le faire sien. Il ne sera toutefois pas seul sur le terrain. Avec un chef comme Sylvain Gaudreault, le Parti québécois s’engagerait résolument dans le combat contre les changements climatiques.

Crédibilité

Contrairement à ce que plusieurs espèrent, la question climatique ne sera sans doute pas le principal facteur sur lequel se détermineront tous les électeurs le 21 octobre — non plus que tous les citoyens du Québec en 2022. Elle sera une variable importante, certes, mais pas la seule.

Au Québec, toute la question des marges de manœuvre réclamées par François Legault comptera le 21 octobre. Là-dessus, les conservateurs sont beaucoup plus en phase avec lui que les libéraux.

Sur la question climatique, chacun devra de plus distinguer les propositions relevant du simple affichage politique des mesures crédibles — ainsi que de la crédibilité des différents porteurs de ballon. Le plan carboneutre de Justin Trudeau, par exemple, doit être mis dans la balance avec l’achat du pipeline Trans Mountain. Et avec les plans de ses adversaires. Car les conservateurs ont aussi le leur.

N’empêche. Un nouveau paradigme est apparu ces derniers mois et ces dernières années : un parti qui aspire au pouvoir, de nos jours, ne peut plus faire fi de la question climatique. Il ne peut plus l’ignorer — de moins en moins, en tout cas. Pas plus au Québec qu’au Canada.

Cette question devient et deviendra le très grand marqueur de notre époque. Et plus le temps avancera, plus une chose se révélera : sans plan à la fois ambitieux, sérieux et applicable, un parti se disqualifiera, manquera à son devoir et passera à côté des responsabilités qui devraient être les siennes.