Lorsque le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a confié en octobre à Sébastien Proulx le prestigieux poste de leader parlementaire, plusieurs se demandaient s’il ne bénéficiait pas ainsi d’un avantage indu pour la compétition à venir.

Le boulet de Sébastien Proulx

CHRONIQUE / Et si, finalement, le poste de leader parlementaire du groupe libéral à l’Assemblée nationale était plus un carcan qu’un tremplin pour Sébastien Proulx, s’il veut se lancer dans la course à la direction de son parti? Et si la réserve à laquelle il est tenu pesait davantage dans la balance que la visibilité dont il peut bénéficier?

Les règles de la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) devraient être connues au cours des prochains mois ou au plus tard en 2020, tout comme celles du Parti québécois (PQ).

Lorsque le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a confié en octobre à Sébastien Proulx le prestigieux poste de leader parlementaire, plusieurs se demandaient s’il ne bénéficiait pas ainsi d’un avantage indu pour la compétition à venir.

Depuis de nombreuses semaines, c’est plutôt l’inverse qu’on observe.

C’est que les députés bénéficiant de postes d’«officiers» — c’est ainsi qu’on nomme la chose dans le monde de l’Assemblée nationale — doivent s’astreindre à la plus totale neutralité tant qu’ils les occupent. Ce n’est pas le cas pour leurs collègues, qui ont plus de marge de manœuvre. Au PLQ, ces derniers temps, on constate qu’il ne s’agit pas que de théorie.

Et c’est ainsi que le fringant et brillant député de Pontiac, André Fortin, peut réitérer chaque fois qu’il en a l’occasion son intérêt pour une éventuelle candidature à la chefferie du PLQ — comme il l’a fait la semaine dernière au journal Le Droit.

Il est vrai qu’avec le retour de la période des questions, en février, Sébastien Proulx jouira d’une bonne visibilité à titre de leader parlementaire. Mais ce sera aussi le cas d’André Fortin, comme porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et de santé publique. Le dossier du cannabis n’est pas réglé.

«Rien ne sert de courir; il faut partir à point», nous a appris Jean de La Fontaine. Bien sûr, la messe n’est pas dite pour le ministre de l’Éducation du gouvernement de Philippe Couillard. Pour l’heure, toutefois, M. Proulx paraît coincé en raison du poste d’officier qu’il occupe — poste qu’il devra abandonner dès lors qu’il chaufferait les moteurs de son éventuelle candidature à la direction de son parti.

Contrairement à d’autres de ses collègues, il devra aussi laisser tomber sa fonction de leader parlementaire dès lors qu’il commencerait à s’organiser en coulisse pour cette course — ce qui ne serait pas le cas pour Dominique Anglade, par exemple. Jusqu’à preuve du contraire, le député de Jean-Talon ne jouit donc pas d’un quelconque avantage.

Le socle du PQ et du PLQ

Après leur raclée du 1er octobre, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois doivent se reconstruire. L’affaire est entendue. Mais il y a des limites à l’aggiornamento. Un parti politique n’est pas une marque de savon. Il y a des limites à tout virer par-dessus bord — et ses assises et ses convictions.

Le PLQ devra continuer de s’appuyer sur les droits individuels et le fédéralisme; le PQ, tout particulièrement sur la souveraineté. Ce sont leur socle.

L’un et l’autre ne se dénatureraient pas, cependant, en définissant mieux ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent. Par exemple, dans le cas du Parti québécois, en mettant de la chair autour de l’os du projet souverainiste.

Quelle voilure pour la souveraineté? Une monnaie commune avec le reste du Canada ou pas? Une armée commune? Oui? Non? Quel type de frontières? Des institutions en partage? Lesquelles?

Ni le PQ ni le PLQ n’ont à se dénaturer par opportunisme. Ils ont à construire sur ce qu’ils sont. Ils ont leur place dans nos débats démocratiques