Le gouvernement de François Legault enverrait un message porteur d’avenir en indiquant qu’il n’écarte pas le projet d’étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 50 employés — même s’il devait préciser du même souffle qu’il ne concrétiserait cet élargissement que dans un éventuel deuxième mandat.

L’avenir du Québec

CHRONIQUE / Que ce soit dans l’ensemble canadien ou pas, l’avenir du Québec passe par la langue française. Si un jour lointain, même très lointain, celle-ci ne devait devenir qu’un hochet, qu’un élément folklorique, ce territoire ne serait plus le Québec. Il serait autre chose.

Voilà pourquoi le devoir fondamental de tout gouvernement québécois est d’assurer non seulement la pérennité de la langue française au Québec, mais son épanouissement constant.

Dit ainsi, c’est une grande généralité. Mais il existe des vérités même dans des lieux communs. C’est le cas ici.

Certes, le gouvernement de François Legault donnera suite à son engagement de créer un poste de Commissaire à la langue française. Celui-ci aura pour tâche «de recevoir les plaintes du public et de présenter des recommandations visant à assurer le statut du français comme langue commune au Québec». Très bien.

C’était un engagement électoral. Et ces années-ci, la norme est de respecter les engagements électoraux. Normal que M. Legault aille de l’avant, donc.

À terme, son gouvernement mettra par ailleurs en vigueur une disposition phare d’une loi adoptée il y a 17 ans par l’Assemblée nationale — disposition qui demeure inappliquée à ce jour. Elle stipule que les communications écrites de l’administration publique québécoise avec les personnes morales établies au Québec doivent être rédigées uniquement en français.

On sait depuis le 29 mai que le gouvernement fera appliquer cette disposition. On le sait, car, ce jour-là, il a appuyé une résolution parlementaire le réclamant. Et il ne veut pas être accusé — le moins souvent possible, en tout cas — de ne pas donner suite à une résolution parlementaire à laquelle il a souscrit. Pas plus qu’à un engagement électoral.

La proposition du PQ

Mais ces deux mesures ne peuvent être considérées que comme des points de départ pour assurer la pérennité du français au Québec.

L’objectif ne sera jamais aussi bien atteint que par l’adoption d’une proposition que le Parti québécois porte depuis longtemps, soit d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés.

À la Coalition avenir Québec, de nombreux ex-péquistes sont favorables à cette idée.

Que le gouvernement veuille mieux faire appliquer la loi 101 avant d’élargir sa portée peut se comprendre. En matière de langue au travail, pour s’en tenir à cet aspect des choses, environ 13% des près de 7000 entreprises inscrites à l’Office québécois de la langue française ne détiennent même pas de certificat attestant que le français est la langue normale et habituelle de travail chez elles, selon des données de l’an dernier.

Le gouvernement Legault enverrait un message porteur d’avenir en indiquant qu’il n’écarte pas le projet d’étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 50 employés — même s’il devait préciser du même souffle qu’il ne concrétiserait cet élargissement que dans un éventuel deuxième mandat.

Cet élargissement ne peut plus être écarté.

La trop longue discussion acrimonieuse sur les signes religieux ces dernières années a remplacé, dans les préoccupations dites identitaires, la vigilance que nos parlementaires et nous tous aurions dû avoir, et que nous devons toujours avoir, à l’égard de la place du français au Québec.

Il est temps d’y voir.