Même si elle est controversée, la déclaration de la nouvelle ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, voulant que le hijab soit un symbole d’oppression des femmes a été applaudie par plusieurs, tant sur le fond que sur la forme.

La parole gouvernementale doit être d'or

Si les membres d’un gouvernement votent tous de la même façon à l’Assemblée nationale, comment la parole des ministres pourrait-elle, elle, aller dans tous les sens? Si tel devait être le cas, aucune équipe gouvernementale ne tiendrait bien longtemps.

Même si elle est controversée, la déclaration de la nouvelle ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, voulant que le hijab soit un symbole d’oppression des femmes a été applaudie par plusieurs, tant sur le fond que sur la forme.

Passons sur le fond, car ce qu’on a entendu par la suite, c’est ce qu’on entend depuis une dizaine d’années. Pour plusieurs, le hijab est un symbole d’oppression, point à la ligne; pour d’autres, c’est un grave raccourci de prétendre une telle chose, comme si aucune femme ne choisissait elle-même et en toute conscience de le porter. C’est un raccourci, en effet.

Sur la forme, plusieurs ont applaudi une ministre qui a dit «ce qu’elle pense» — bien qu’elle ait par la suite nuancé son propos.

Le problème, ici, c’est que lorsqu’un ministre parle, c’est le gouvernement qui parle à travers sa personne. Et le propos sans nuances d’Isabelle Charest n’est pas celui que le gouvernement Legault voulait ou veut faire entendre.

Car il n’est plus question depuis longtemps à la Coalition avenir Québec de porter un jugement sur le voile musulman. Le gouvernement cherche à paver le mieux possible la voie au projet de loi à venir du ministre Simon Jolin-Barrette concernant les figures d’autorité. Pas à ajouter aux controverses.

Pour la direction d’un gouvernement, et puisque — sauf rarissimes exceptions — la «ligne de parti» prévaut lors des votes qu’expriment les parlementaires, elle doit aussi exister pour les déclarations et les affirmations ministérielles. Qui plus est lorsque celles-ci sont en lien avec des projets de loi.

Même si ça ne nous plaît pas beaucoup, il ne peut pas y avoir différentes paroles gouvernementales sur un même sujet. L’équipage ne tiendrait pas longtemps la route.

Mme Charest a été surprise par le retentissement médiatique de ses propos. Elle et d’autres viennent d’apprendre que la parole ministérielle est d’or, qu’elle doit être pesée.

Mais relevons qu’elle est en bonne compagnie. Pas plus tard que la semaine dernière, le premier ministre François Legault s’est lui-même rappelé l’importance de peser ses mots après avoir affirmé sans aucune nuance qu’il n’existe pas d’islamophobie au Québec.

Restaurer la confiance

La parole gouvernementale doit être d’or... Le plus grand risque que peut vivre le gouvernement Legault est que les citoyens qui affirmaient depuis des lunes que les politiciens disent une chose dans l’opposition et une autre au pouvoir en viennent à le penser à son sujet.

L’actuel gouvernement s’est fait élire avec la promesse de restaurer la confiance des Québécois. Il a la responsabilité de ne pas creuser la défiance. C’est ce risque qui est le plus inquiétant avec des décisions comme celle portant sur la nomination de Catherine Loubier à la tête de la délégation du Québec à New York, une femme qui n’est pas moins compétente que d’autres pour cette fonction, mais qui est tout de même passée par le cabinet de François Legault et qui voulait ce poste. Combien de fois M. Legault s’était-il étranglé en dénonçant les nominations des «p’tits amis libéraux»?

Respecter sa parole

Si la parole est d’or, comment expliquer que le gouvernement ait annoncé jeudi qu’il déchirera les 18 000 demandes d’immigration non encore traitées? Le nouveau système de déclaration d’intérêt est certes plus porteur pour le Québec que celui qui existait, mais le premier ministre lui-même avait assuré la semaine dernière que ces dossiers en souffrance seraient traités avec les anciennes règles. Une parole d’or, c’est une parole respectée.

Pour le reste, et dans son ensemble, le projet présenté par Simon Jolin-Barrette est le bienvenu. Il est sérieux et ambitieux.