Le premier ministre François Legault et Simon Jolin-Barrette

La froide logique de Jolin-Barrette

CHRONIQUE / Le plus difficile pour un gouvernement est de reculer. Reculer, c’est reconnaître qu’on s’est trompé. Mais le premier ministre François Legault a dit plus d’une fois qu’il fallait être capable de reconnaître ses erreurs. Problème : son gouvernement n’en reconnaît aucune dans les modifications qu’il a apportées au Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Il aurait raison contre à peu près tout le monde.

En arrivant au pouvoir, M. Legault avait rappelé qu’il avait lui-même commis des erreurs durant la campagne électorale. Lors du débat télévisé des chefs sur les ondes de TVA, il s’était même livré à un mea-culpa. «Je ne suis pas parfait. Ça m’arrive de faire des erreurs», avait lancé le chef caquiste en faisant référence à ses réponses inexactes sur l’immigration.

«J’écoute les gens et je corrige mes erreurs», avait-il ajouté. L’immigration… Déjà à ce moment-là!

Brutalement

Dans le plus récent volet des réformes en immigration du gouvernement, la solution maîtresse passait et passe toujours par l’instauration d’une clause de droit acquis — comme le ministre Simon Jolin-Barrette en a greffé une à sa loi sur la laïcité de l’État, ce qui l’a rendue plus acceptable aux yeux de plusieurs opposants à toute interdiction en la matière. Et ce qui a réduit les drames humains.

Le gouvernement a fait de l’adéquation entre le marché du travail et l’immigration économique un mantra. Personne ne peut s’en surprendre. On peut déplorer cette logique strictement utilitariste, mais elle peut aussi se défendre. Tout comme le fait de modifier une mesure comme le Programme de l’expérience québécoise pour, par exemple, mieux tenir compte de formations menant à des métiers manuels.

Le problème est de couper du jour au lendemain les ailes de ce programme dans maints domaines de formations universitaires et collégiales. Avec une période d’adaptation, le grand objectif du ministre de l’Immigration serait pourtant atteint, même s’il était repoussé dans le temps.

Illogisme : M. Legault ne cesse de répéter qu’il veut des emplois payants au Québec. Ces étudiants à qui l’on restreint l’accès au certificat de sélection du Québec y contribueraient en bonne proportion.

Le PEQ concerne non seulement les étudiants étrangers diplômés au Québec, mais également des travailleurs étrangers temporaires ayant cumulé un an de travail chez nous. Les modifications apportées ici mènent à un autre illogisme, puisqu’il s’agit de gens déjà en emploi.

Les autres voies d’immigration dont parle Simon Jolin-Barrette n’offrent pas la même garantie de réussite. Le contrat avait beau n’être que tacite, il a été rompu.

Coup de poing

C’est une conférence de presse coup de poing qu’ont organisée conjointement mardi le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois. Pour illustrer une situation, rien ne vaut des visages. En l’occurrence, c’étaient ceux de personnes happées par le rétrécissement du PEQ.

Il y a plusieurs années déjà que les partis d’opposition ont pris l’habitude de se présenter en conférence de presse avec des citoyens touchés par telle ou telle mesure gouvernementale. Mais celle-ci était l’une des plus chocs. 

Pour l’heure, elle n’a pas ébranlé la froide logique du gouvernement.

Chez les caquistes, plusieurs ont très hâte de parler des mesures du mini-budget à venir.