Dimanche, Joëlle Boutin (à gauche) a été présentée à titre de candidate caquiste de l’élection partielle dans Jean-Talon par le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Jean-Talon, troisième lien, cannabis et nominations

CHRONIQUE / François Legault dit beaucoup, mais sans tout dire lorsqu’il affirme que l’élection partielle dans Jean-Talon sera l’occasion pour les électeurs de manifester leur approbation à la loi sur la laïcité.

D’abord, le premier ministre et chef caquiste révèle beaucoup… En mettant d’entrée de jeu l’accent sur cet aspect des choses, il révèle qu’il est bien possible que la Coalition avenir Québec (CAQ) n’en fasse pas des tonnes sur le troisième lien entre Québec et Lévis pendant cette campagne. Et pour cause! Bien des caquistes estiment que le projet est moins populaire dans cette partie de la capitale que dans d’autres. Québec solidaire et d’autres mèneront toutefois la charge contre ce lien durant cette campagne.

Ensuite, M. Legault ne dit pas tout… Les coffres de l’État étant plus garnis que jamais, son ministre des Finances, Éric Girard, annoncera des mesures qui plairont à de très nombreux Québécois le 7 novembre lors de l’exercice de mise à jour économique et financière. Bien que M. Legault n’ait pas encore fait référence à cet exercice dans le contexte de cette élection, les mesures qui en découleront alimenteront et favoriseront la campagne de la candidate caquiste, Joëlle Boutin.

Même si la CAQ est bien positionnée pour l’emporter, et même si elle a déjà ravi Roberval au Parti libéral du Québec (PLQ) après les élections générales du 1er octobre 2018, notons que, statistiquement parlant, il n’est pas arrivé si souvent qu’un parti au pouvoir arrache une circonscription qui était représentée par un parti d’opposition lors d’une partielle. Cela a même été rare au cours des 40 dernières années au Québec.

Dans le contexte actuel, cela étant, un gain de la CAQ dans Jean-Talon serait d’abord et avant tout une solide gifle politique administrée au PLQ — et pas seulement à sa candidate Gertrude Bourdon. Une défaite des libéraux accentuerait l’image d’un parti rejeté par les francophones. À l’est de Mont­réal, point de salut? 

L’ENTÊTEMENT

De Jean-Talon à Louis-Hébert… Il y a deux ans, l’actuelle vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, faisait son entrée à l’Assemblée nationale après avoir été élue dans la circonscription de Louis-Hébert, voisine de celle de Jean-Talon.

La CAQ était alors dans l’opposition. Elle avait profité de cette partielle pour présenter sa position sur la légalisation du cannabis. Une fois au pouvoir, elle a fait de cette position un projet de loi. Il prévoit faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis au Québec.

Ce projet du ministre Lionel Carmant est celui qui, jusqu’ici, a donné le plus de fil à retordre parlementaire au gouvernement Legault. Au départ, il devait être adopté en mars dernier.

Il le sera finalement cette semaine, soit près d’un an après sa présentation.

À mes yeux, cette carte que la CAQ jugeait maîtresse n’a pas joué, ou alors très peu, dans l’élection de Geneviève Guilbault. Mais voilà : la CAQ est prise depuis ce temps avec cet engagement. Elle est d’autant plus prise avec qu’elle a fait du respect de ses engagements une marque politique — pour le meilleur et pour le pire.

Si tout le monde s’entend pour dire que la consommation de cannabis est encore plus néfaste pour des jeunes qu’elle l’est en général, le gouvernement Legault a décidé que ce n’est pas en tentant de contrôler légalement le marché qu’on arrivera à de meilleurs résultats. Le problème est que ce n’est certainement pas en le laissant aux mains des criminels qu’on y parviendra.

Voilà pourquoi les responsables en santé publique ont plaidé sans relâche pour que soit maintenu à 18 ans l’âge légal. En vain, malheureusement. On le verra cette semaine.

DE QUÉBEC À NEW YORK... 

Aux dernières générales, l’actuelle candidate caquiste dans Jean-Talon, Joëlle Boutin, avait été défaite par le libéral Sébastien Proulx dans la même circonscription. Mme Boutin avait alors comme collaboratrice de campagne une ancienne attachée de presse du péquiste Pascal Bérubé, lorsque celui-ci était ministre du Tourisme. Cette collaboratrice, Valérie Noël-Létourneau, a épaulé Joëlle Boutin avant de devenir attachée de presse du premier ministre François Legault.

Valérie Noël-Létourneau a quitté son poste auprès du premier ministre en juin pour de réelles raisons familiales. Elle vient d’être nommée conseillère chargée des projets spéciaux à la Délégation générale du Québec à New York.

Une nomination politique? Partisane? Oui, dans la mesure où sa proximité avec le gouvernement n’est pas pour rien dans sa nomination. Mais Valérie Noël-Létourneau secondera parfaitement la déléguée générale, Catherine Loubier, dans les tâches qui lui seront confiées. Nul doute là-dessus.

Le problème n’est pas du tout cette nomination. Aucunement. Le problème, c’est tout ce qu’avait dit la CAQ lorsqu’elle était dans l’opposition. Elle voyait dans toutes les nominations de personnes liées ou ayant été liées au Parti libéral du Québec et au Parti québécois de simples et bêtes récompenses politiques des gouvernements libéraux et du gouvernement Marois.

Il y en a eu des récompenses, particulièrement dans la sphère libérale, c’est indéniable.

Mais la propension qu’avait la CAQ à mettre toutes les nominations des gouvernements précédents dans le même sac a souvent été, elle, strictement partisane et politique.