Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Les candidats dans la course à la direction du Parti québécois : Guy Nantel, Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault et Paul St-Pierre Plamondon
Les candidats dans la course à la direction du Parti québécois : Guy Nantel, Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault et Paul St-Pierre Plamondon

Enfin, de la chair autour de l’os au PQ!

CHRONIQUE / Au moins deux des quatre candidats à la direction du Parti québécois, Sylvain Gaudreault et Paul St-Pierre Plamondon, promettent de définir les contours du projet souverainiste. Enfin! Et bravo! Car la souveraineté que veut porter le PQ ou n’importe qui d’autre doit être définie plutôt que d’être brandie comme si ce mot faisait foi de tout.

Sylvain Gaudreault propose que son parti réponde, avant tout éventuel prochain référendum, et à travers une démarche structurée, aux interrogations concernant le «régime politique» qui serait celui d’un Québec souverain. Et qu’il réponde aussi aux questions qui se posent sur la monnaie, sur «la structure et le rôle d’une éventuelle banque centrale», sur l’armée, etc.

Ayant moi-même souvent écrit que le Parti québécois a agacé et lassé bien des fédéralistes et des souverainistes en brandissant pendant tant d’années l’idée de la souveraineté un peu comme un hochet sans presque jamais la définir, je ne peux que trouver porteuse l’affirmation de ce candidat selon laquelle «pour choisir, il faut d’abord connaître».

Certes, de très nombreux indépendantistes argueront que le projet est déjà parfaitement défini, puisque l’on sait qu’il s’agit pour une nation de pouvoir voter toutes ses lois et de signer les traités internationaux qu’elle souhaite... Mais si tout était si clair, si tout était aussi simple, comment expliquer que d’aussi nombreux péquistes aient sursauté en 2014 lorsque la chef Pauline Marois a dit qu’un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu’aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada?

Réponse toute simple : parce que ces questions ont sans cesse été éludées par le Parti québécois.

Le député de Jonquière veut pousser l’exercice de réponses à des questions fondamentales plus loin que quiconque.

Cette opération de clarté est indispensable. Mais risquée, cela étant.

Dans le livre Rebâtir le camp du OUI qu’il lance cette semaine, Paul St-Pierre Plamondon s’avance aussi sur ce terrain. Il propose la mise sur pied d’une Commission sur la fédération canadienne et l’indépendance du Québec. Elle aurait pour tâche de livrer des avis «sur des enjeux comme les frontières, le partage de la dette canadienne, les dédoublements administratifs, la citoyenneté, les relations économiques internationales, la monnaie québécoise, l’armée, la préparation d’une négociation avec les Premières Nations au lendemain d’une victoire du Oui, etc.».

Pour les souverainistes qui répètent en s’en désespérant que le PQ ne parle pas assez de souveraineté, ces deux démarches de clarté, bien que différentes, forceraient la discussion.

Cela dit, il existe une prise de risque politique dans la volonté de répondre à des questions sur la monnaie, l’armée et d’autres du même genre. Car les souverainistes ne partagent pas nécessairement la même vision des choses. Et s’avancer sur ce terrain, c’est nécessairement fournir des angles d’attaque aux adversaires.

Mais chacun doit s’assumer et assumer ses projets.

À une époque où les programmes des partis politiques en campagne électorale sont précis et définis, comment les contours d’un projet d’indépendance pourraient ne pas l’être? Oui : pour choisir, il faut d’abord connaître.