La ministre des Relations internationales du Québec, Nadine Girault (au centre)

D’étranges émissaires québécois

CHRONIQUE / La ministre des Relations internationales du Québec, Nadine Girault, n’est pas épatée par le travail des trois émissaires internationaux nommés par le gouvernement de Philippe Couillard. Elle ne l’a pas dit ainsi en commission parlementaire, mais c’était tout comme.

Mais que font-ils au juste, ces trois émissaires (qui ne sont que deux actuellement)? La ministre n’avait pas l’air de tellement le savoir la semaine dernière. Et pour cause, on va le voir.

En 2017, le gouvernement Couillard a créé un poste d’Émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques et arctiques, dont le titulaire est le biologiste et communicateur scientifique Jean Lemire; un poste d’Émissaire en matière de mobilité internationale et de reconnaissance des qualifications professionnelles, qui est occupé par un expert en droit du travail et en psychologie organisationnelle, Patrick L. Benaroche; et un troisième, aux droits et libertés de la personne, un fauteuil cependant vacant depuis juin — depuis que Julie Miville-Dechêne a été nommée sénatrice, après ne l’avoir occupé que pendant six mois.

Quelle belle idée, ces postes! Sur papier, en tout cas.

À la libérale Paule Robitaille, la ministre Nadine Girault a laissé entendre que des rapports lui permettent de savoir ce que font les émissaires, mais pas ce qu’ils produisent réellement.

Précision : je me permets de traduire la pensée de la ministre, car elle n’a pas été explicite. Mais c’est l’idée générale de son propos. Mme Girault semble savoir où et pourquoi les émissaires se déplacent et qui ils rencontrent, mais pas ce que leurs actions rapportent — voire, si elles sont utiles.

Mme Girault a assuré qu’ils ne passeront pas à la trappe, mais qu’il faut néanmoins s’interroger sur leur avenir. Elle a aussi dit que les fonctions attribuées aux émissaires pourraient changer, ainsi que leurs titres… Bref, que tout est sur la table, sauf leur disparition.

Une caution

Remettons de l’ordre. En matière de relations internationales, il est difficile de tout mesurer en termes de retombées concrètes. Si on veut mesurer les choses ainsi pour ces émissaires, on pourrait aussi le faire, par exemple, pour les missions des députés à l’étranger.

Cela étant, j’imagine difficilement le gouvernement Legault jeter par-dessus bord cette idée du gouvernement précédent. C’est que s’il le faisait, il permettrait à ses détracteurs d’étayer leurs soupçons voulant qu’il cherche à transformer le ministère des Relations internationales en organisation dédiée au tout-économique, au développement des affaires uniquement.

Et pourtant… Pourtant, il ne faudrait pas conserver ces postes seulement pour dorer le vernis du Québec et de son gouvernement en politique... intérieure. Il ne faudrait pas les maintenir seulement pour que le gouvernement puisse dire haut et fort aux Québécois qu’ils existent, et suggérer que ce seul fait prouve non seulement qu’il se préoccupe des dossiers qu’ils portent, mais qu’il veut les faire avancer.

Il me semble que les missions qu’assument ces émissaires devraient être au cœur de celles du ministère des Relations internationales; que c’est lui, dans son ensemble, qui devrait les porter.

Ces grands émissaires ne doivent pas servir de caution politique. Or, j’ai bien peur que ce soit ce qui s’est produit jusqu’ici et que c’est ce qui se perpétuera, bien que sous de nouveaux oripeaux.