Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
En insistant jeudi, données en main, sur le fait que les personnes âgées sont beaucoup plus à risque de décéder de la COVID-19 que quiconque, François Legault a énoncé une réalité incontestable.
En insistant jeudi, données en main, sur le fait que les personnes âgées sont beaucoup plus à risque de décéder de la COVID-19 que quiconque, François Legault a énoncé une réalité incontestable.

Des moins âgés ne s’en sortiraient pas

CHRONIQUE / Les chiffres sont incontestables: les personnes âgées sont très largement plus à risque de mourir après avoir contracté la COVID-19 que d’autres. Mais ces chiffres ne doivent pas masquer une autre réalité.

On aurait tort d’oublier que ce coronavirus est suffisamment grave pour envoyer des gens de 50 ou de 40 ans, ou parfois des plus jeunes encore, non seulement dans les hôpitaux, mais dans les unités de soins intensifs. Un plus grand nombre d’entre eux mourraient si le système de santé n’était pas en capacité de les sauver.

Ici comme ailleurs, la plupart des malades moins âgés ou plus jeunes n’auraient pas survécu sans les soins vitaux qui leur ont été prodigués pendant des jours et des jours dans ces unités.

Les personnes les plus âgées sont beaucoup plus susceptibles que les autres de mourir après avoir contracté la COVID-19. Voilà pourquoi le système de santé devra toujours avoir la capacité de leur offrir tous les soins; voilà pourquoi il faudra toujours veiller à ce qu’il ne soit pas submergé par une deuxième ou une troisième vague de l’épidémie. Et aussi, parce que des gens moins âgés — qui s’en sortent aujourd’hui — ne s’en sortiraient pas sans lui. C’est aussi une réalité.

Legault

En insistant jeudi, données en main, sur le fait que les personnes âgées sont beaucoup plus à risque de décéder de la COVID-19 que quiconque, François Legault a énoncé une réalité incontestable. Ce faisant, il a aussi voulu rassurer une bonne partie de tous les autres citoyens pour qui les mesures de restriction pèsent également lourdement. C’est son rôle.

En annonçant que le confinement allait «durer plus longtemps pour nos aînés», il a cependant sans doute découragé bien des personnes âgées de plus de 70 ans vivant mal l’isolement et les nécessaires injonctions à demeurer chez elles — même si elles savent que les conséquences de la maladie sont plus graves pour elles que pour d’autres.

M. Legault a aussi, heureusement, eu des mots plus enveloppants pour passer son message: «Protéger nos aînés» doit devenir «la priorité de tous».

François Legault est premier ministre. Il veut donner de l’espoir au plus grand nombre de citoyens.

Il a de nouveau avancé — mais un peu plus que ces derniers jours — que certaines mesures de restriction pourraient être levées d’ici quelque temps. Il a fait référence aux travailleurs de la construction.

M. Legault a des impératifs économiques à l’esprit, des impératifs directement liés à des nécessités sociales. Le lien entre les deux est aussi court que direct par les temps qui courent.

Le premier ministre doit jongler avec la capacité de la population à vivre plus ou moins longtemps dans cette situation. C’est son devoir, comme c’est celui de tous les chefs de gouvernement.

Arruda

À ses côtés, le directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, a aussi voulu susciter de l’espoir.

Lui aussi voit le poids que fait peser l’arrêt d’une bonne partie de l’économie. Il ne veut pas que les gens «virent fous». Ce sont ses mots.

Il n’ignore pas non plus que parmi les «déterminants de la santé», il y a le travail, le revenu. On est moins en santé dans les sociétés où le taux de chômage est élevé que dans celles où il l’est peu, et où la pauvreté sévit fortement.

La santé est une notion large et ses facteurs sont multiples.

«Si on se retrouve aussi avec des suicides, des dépressions (…), on ne sera pas plus avancé», a laissé tomber M. Arruda. En effet.

Mais le directeur national de la santé publique a particulièrement insisté sur sa crainte qu’un relâchement trop rapide ou trop général provoque à terme une nouvelle crise sanitaire.

Chacun son rôle.

C’est le sien de le rappeler et de le marteler.

Car il ne faudrait pas que nos hôpitaux soient submergés par une autre vague. Ni pour les personnes âgées, qui sont beaucoup plus à risque de mourir; ni pour des gens moins âgés et des plus jeunes, qui ne survivraient pas sans l’équipement et le personnel de ces établissements.

Si les personnes âgées sont à ce point représentées dans les statistiques de mortalité, c’est (sans doute aussi) parce que le Québec a décrété des restrictions de circulation assez tôt — avant que la maladie ne se soit trop répandue dans l’ensemble de la société — et (assurément), malheureusement, parce que les résidences concentrant des aînés, où le virus s’est introduit, étaient mal outillées pour faire face à la situation. Les protocoles y étaient totalement inadéquats.