Jean-Marc Salvet
Le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda
Le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda

C’est pas du JoJo Savard, c’est du très sérieux!

CHRONIQUE / Ce n’est pas nécessairement ou uniquement au nom du mot magique «transparence» qu’il valait la peine de divulguer les scénarios de l’évolution de la COVID-19 au Québec.

C’est, me semble-t-il, au nom de l’adhésion de la population aux mesures de restriction.

C’est au nom des dures décisions prises qu’il fallait passer par là et qu’il faudra y repasser, car elles ont un impact fort sur nos vies.

C’est, au fond, au nom du maintien de la confiance entre les demandes formulées par les autorités et leur acceptation par la population.

La confiance conditionne l’adhésion. Elle constitue un ingrédient indispensable quant à la façon d’évoluer ensemble; de se comporter comme collectivité.

Et cet ingrédient sera tout aussi essentiel pour mieux comprendre et éventuellement adhérer le mieux possible aux décisions qui seront prises pour lever par étape, par zone géographique et par secteur d’activité, le confinement. Ce n’est qu’avec la confiance que certains ne se sentiront pas arbitrairement discriminés. Mais on n’en est pas là.

Dévoiler ou pas?

Fallait-il dévoiler les scénarios de l’évolution de la COVID-19 au Québec? 

Commençons par une question plus générale : faut-il dévoiler de tels scénarios, que ce soit ici ou ailleurs?

À question très générale, réponse très générale : non, si c’est fait n’importe comment, si les chiffres sont lancés comme ça dans l’air; oui, si ces scénarios reposent sur la prise en compte de divers paramètres et s’ils sont mis en perspective.

Ç’a été le cas mardi à Québec.

Donc, à la question générale de départ «Faut-il ou pas?» la réponse ne peut qu’être : ça dépend. Ce n’est ni une bonne chose en soi, ni une mauvaise chose. Tout dépend de la manière dont les scénarios sont livrés.

Mais dès lors que le travail est mis en perspective, que les autorités répètent que ce ne sont que des scé-na-rios, comme cela a été martelé mardi, les avantages dépassent les inconvénients.

Le compromis

Les réticences des autorités de la santé publique à divulguer des scénarios pouvaient être fondées il y a quelque temps sur la crainte d’accroître un sentiment de panique au sein de la population. Depuis peu, elles semblaient l’être par rapport à la crainte que leur présentation entraîne un relâchement de la discipline des citoyens — si les chiffres devaient indiquer une situation relativement sous contrôle (comme c’est le cas).

En début de semaine, les réticences d’Horacio Arruda ont aussi été motivées par sa crainte de se faire un jour accuser de ne pas avoir vu juste.

Ceci explique-t-il cela? La direction de la santé publique n’en a pas trop fait mardi.

Les scénarios présentés sont tout de même de nature à nous faire comprendre que les dures mesures de confinement paient, que ce n’est pas pour rien qu’il faut les respecter, puisque c’est l’«optimiste» qui semble le plus probable à ce stade-ci. L’autre, le «pessimiste», montre toutefois ce qui pourrait advenir si les efforts étaient abandonnés trop rapidement.

Le premier ministre François Legault et le directeur national de la santé publique du Québec n’ont pas été au diapason sur la question de la divulgation des scénarios. La décision de M. Legault de les divulguer a été politique. Le fait est que ce sont les gouvernements et eux seuls qui ont non seulement des décisions lourdes de conséquences à prendre, mais aussi à justifier.

Un «compromis» a été trouvé entre le politique et les experts, puisqu’il n’y a pas eu ce scénario «probable» souhaité par M. Legault. Et ceux dévoilés ne vont pas au-delà de la fin avril. Or, c’est au-delà de cette période que cela aurait été de «l’astrologie» avait dit M. Arruda, lundi, avant d’ajouter qu’il n’y a «personne qui veut jouer à JoJo Savard». Personne n’a joué à Mme Savard.

Le choix de la vie

Les experts en santé publique doivent être écoutés. C’est un grand progrès humain qu’ils l’aient été par les gouvernements depuis cette crise — au Québec, au Canada, comme dans d’autres endroits du monde.

Ces gouvernements qu’on disait liés au capital et au tout-économique ont choisi la santé et la vie.

Il faudra un jour prendre la pleine mesure de ce qui se sera passé à cet égard durant cette crise. C’est immense.