Le ministre des Finances, Éric Girard

Cachez cet argent...

CHRONIQUE / En reportant la publication du «Rapport mensuel des opérations financières» du 8 mars au jour de la présentation du budget 2019-2020, le gouvernement Legault cherche à ne pas trop faire monter les attentes.

L’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, a raison : le contenu de ce document sera malheureusement noyé dans la cascade de nouvelles provenant du tout premier budget du ministre Éric Girard. C’est la première fois qu’un tel report est décidé depuis qu’existe cet exercice portant sur l’évolution des revenus et des dépenses de l’État québécois. 

Le dernier rapport mensuel du genre a été publié le 8 février. Il révélait qu’au 30 novembre, le surplus budgétaire du Québec pour l’année financière en cours s’élevait à 6 milliards $ — ou à 4,4 milliards $ une fois retranchés les versements au Fonds des générations. Un record comparé aux mêmes périodes des années précédentes.

Tout indique que le prochain rapport mensuel — celui du 8 mars que nous ne découvrirons finalement que le 21 mars, donc — brillera encore davantage que le dernier!

Surtout que, récemment, l’Institut du Québec a estimé que l’excédent budgétaire de l’année 2018-2019, une fois les versements au Fonds des générations effectués, devrait se situer entre 3,4 et 4,6 milliards $ plutôt que le 1,6 milliard $ prévu. Un record parmi les records. Les surplus supérieurs à la prévision devraient aller à des dépenses non récurrentes.

Si tout scintille comme on peut le prévoir dans ce prochain document et qu’il était publié à la date prévue, à peine deux semaines avant le budget, les attentes des uns et des autres deviendraient trop élevées, doit-on croire au gouvernement. D’où ce report.

Le ministre Girard doit aussi craindre qu’une confusion s’installe entre les excellents chiffres de l’année financière 2018-2019 et le budget qu’il prépare, lequel portera sur 2019-2020.

Les surplus d’HQ

Les fameux «trop-perçus» d’Hydro-Québec constituent les surplus budgétaires de la société d’État… Une pétition réclamant leur remboursement connaît actuellement un certain succès.

Déjà en novembre, le premier ministre Legault, tout fraîchement élu, avait cru nécessaire de désamorcer cette affaire. Il avait expliqué les raisons pour lesquelles les sommes perçues en trop par la société d’État ne seraient pas retournées aux abonnés — ou pas entièrement.

Au sens strict, ces sommes représentent la différence entre ce dont la société a estimé avoir besoin pour couvrir ses obligations et ses dépenses réelles. Certains élargissent à tort les trop-perçus aux dividendes versés depuis toujours au gouvernement-actionnaire.

Je ne reprocherai pas au gouvernement Legault de ne pas faire en sorte qu’Hydro-Québec rembourse entièrement les «bénéfices additionnels», car ils peuvent aussi résulter de gains d’efficacité. À cet égard, la société d’État a encore beaucoup à faire, soit dit en passant.

Je ne reprocherai pas au gouvernement de s’accommoder du statu quo, car ces sommes, de plus, sont versées au fonds consolidé de l’État, notre cagnotte collective.

Je reproche toutefois à la Coalition avenir Québec de s’être étranglée d’indignation et d’avoir exigé du gouvernement Couillard que ces trop-perçus soient entièrement remboursés.

On connaît la chanson : on dit une chose dans l’opposition et une autre au pouvoir. Ces jeux de rôle alimentent le cynisme.