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D’étranges émissaires québécois

CHRONIQUE / La ministre des Relations internationales du Québec, Nadine Girault, n’est pas épatée par le travail des trois émissaires internationaux nommés par le gouvernement de Philippe Couillard. Elle ne l’a pas dit ainsi en commission parlementaire, mais c’était tout comme.

Mais que font-ils au juste, ces trois émissaires (qui ne sont que deux actuellement)? La ministre n’avait pas l’air de tellement le savoir la semaine dernière. Et pour cause, on va le voir.

En 2017, le gouvernement Couillard a créé un poste d’Émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques et arctiques, dont le titulaire est le biologiste et communicateur scientifique Jean Lemire; un poste d’Émissaire en matière de mobilité internationale et de reconnaissance des qualifications professionnelles, qui est occupé par un expert en droit du travail et en psychologie organisationnelle, Patrick L. Benaroche; et un troisième, aux droits et libertés de la personne, un fauteuil cependant vacant depuis juin — depuis que Julie Miville-Dechêne a été nommée sénatrice, après ne l’avoir occupé que pendant six mois.

Quelle belle idée, ces postes! Sur papier, en tout cas.

À la libérale Paule Robitaille, la ministre Nadine Girault a laissé entendre que des rapports lui permettent de savoir ce que font les émissaires, mais pas ce qu’ils produisent réellement.

Précision : je me permets de traduire la pensée de la ministre, car elle n’a pas été explicite. Mais c’est l’idée générale de son propos. Mme Girault semble savoir où et pourquoi les émissaires se déplacent et qui ils rencontrent, mais pas ce que leurs actions rapportent — voire, si elles sont utiles.

Mme Girault a assuré qu’ils ne passeront pas à la trappe, mais qu’il faut néanmoins s’interroger sur leur avenir. Elle a aussi dit que les fonctions attribuées aux émissaires pourraient changer, ainsi que leurs titres… Bref, que tout est sur la table, sauf leur disparition.

Une caution

Remettons de l’ordre. En matière de relations internationales, il est difficile de tout mesurer en termes de retombées concrètes. Si on veut mesurer les choses ainsi pour ces émissaires, on pourrait aussi le faire, par exemple, pour les missions des députés à l’étranger.

Cela étant, j’imagine difficilement le gouvernement Legault jeter par-dessus bord cette idée du gouvernement précédent. C’est que s’il le faisait, il permettrait à ses détracteurs d’étayer leurs soupçons voulant qu’il cherche à transformer le ministère des Relations internationales en organisation dédiée au tout-économique, au développement des affaires uniquement.

Et pourtant… Pourtant, il ne faudrait pas conserver ces postes seulement pour dorer le vernis du Québec et de son gouvernement en politique... intérieure. Il ne faudrait pas les maintenir seulement pour que le gouvernement puisse dire haut et fort aux Québécois qu’ils existent, et suggérer que ce seul fait prouve non seulement qu’il se préoccupe des dossiers qu’ils portent, mais qu’il veut les faire avancer.

Il me semble que les missions qu’assument ces émissaires devraient être au cœur de celles du ministère des Relations internationales; que c’est lui, dans son ensemble, qui devrait les porter.

Ces grands émissaires ne doivent pas servir de caution politique. Or, j’ai bien peur que ce soit ce qui s’est produit jusqu’ici et que c’est ce qui se perpétuera, bien que sous de nouveaux oripeaux.

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L'«arrogance» montre son nez à la CAQ

CHRONIQUE / Le nouveau PDG d’Investissement Québec (IQ) est très certainement un homme compétent. Et, évidemment, un ami d’un ministre n’a pas à être écarté d’un poste en raison de son amitié avec lui. Mais quand cet ami, Guy LeBlanc, était jusqu’à tout récemment, comme l’ont révélé les médias de Québecor, un partenaire d’affaires du ministre responsable d’IQ, il commence à y avoir apparence de problème. Et la coupe déborde lorsqu’on apprend que cet heureux titulaire bénéficiera d’une rémunération bien plus élevée que celle de son prédécesseur.

François Legault se serait étranglé d’indignation devant pareille nomination sous les libéraux.

Que M. Legault ne doive rien à personne — ce qu’il a clamé jeudi — ne change rien à cette situation de deux poids deux mesures, une situation qui me fait penser aux «trop-perçus» d’Hydro-Québec. Le problème, ce n’est pas Guy LeBlanc. C’est le détestable jeu de rôles : une attitude dans l’opposition et une autre au pouvoir.

Le fait d’être appuyé par une majorité de citoyens — de se sentir puissant de ce seul fait — est-il en train de brouiller la vue du gouvernement et de rendre le premier ministre «arrogant», pour reprendre un terme qu’il affectionnait particulièrement dans l’opposition?

Mercredi, lors d’une séance portant sur l’étude des crédits budgétaires du Conseil exécutif, M. Legault n’a pas du tout aimé que le péquiste Pascal Bérubé l’interroge sur son degré d’attachement au Canada et que le chef libéral, Pierre Arcand, pose ensuite des questions sur le même thème.

Avait-il pour autant besoin de dire qu’il s’étonnait que le chef libéral ne lui pose pas de questions en anglais? Avait-il besoin d’accuser un député qui n’avait même pas pris la parole d’«à-plat-ventrisme»? M. Legault est premier ministre et doit le demeurer.

Ce n’est tout de même pas la première année que lors des études des crédits budgétaires, les partis d’opposition parlent de bien d’autres choses que des budgets et des missions de l’État. La Coalition avenir Québec le sait très bien. Depuis cinq ans, je fais même un papier chaque année pour le rappeler et le dénoncer.

La principale défense que François Legault a opposée à Pascal Bérubé et à Pierre Arcand a pris appui sur le fait que les Québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté. Très bien. Mais que ferait-il s’ils étaient plus nombreux un jour à vouloir en entendre parler? M. Legault a aussi laissé entendre que le Canada représentait une bonne affaire financière. Et si un jour ce n’était plus le cas à ses yeux?

Des pendules à l’heure

Sur la laïcité de l’État, un premier bilan du débat en cours permet de dire que les parlementaires ont été à peu près exemplaires dans leurs échanges — contrairement à bien d’autres personnes à l’extérieur du Parlement. Le ministre Simon Jolin-Barrette lui-même reconnaît le bon ton employé par sa principale opposante à l’Assemblée nationale, Hélène David.

Lui aussi a soigné ses phrases. Le mot s’est passé partout à l’Assemblée nationale. Tant mieux.

Toujours dans ce dossier, les ministres et députés ont dit en début de semaine qu’il n’était pas question d’accorder un traitement particulier à Montréal, où les élus s’opposent au projet de loi sur la laïcité. Ce n’était pas une bien grosse nouvelle, puisque l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, et pas plus tard que la semaine dernière, une énième résolution stipulant que les lois votées par le Parlement du Québec s’appliquent sur l’ensemble du territoire québécois. Il serait d’ailleurs impensable que ça ne soit pas le cas.

Cela étant, la mairesse Valérie Plante n’a jamais demandé que la loi ne s’applique pas à la métropole. Si elle l’a fait, c’était fort implicite! En fait, on s’est retrouvé dans une enflure politico-médiatique.

Un rappel : que le gouvernement veuille faire appliquer pleinement la loi 101 plutôt qu’élargir sa portée, j’en suis — comme première étape. Je l’ai écrit en début de semaine. Je constate toutefois qu’il a fini par se dire qu’il aurait l’air de ne pas en faire assez…

Lorsque le Parti québécois a fait connaître son intention de présenter une résolution parlementaire lui rappelant son engagement de créer un poste de Commissaire à la langue française, le gouvernement n’a donc pas eu d’autre choix que de l’appuyer.

Même si tous les parlementaires ont voté en faveur de la création de ce poste, mercredi, tous ne savent pas de quoi il s’agit. Alors voilà ce qu’en disait un rapport de la députée Claire Samson en 2016 : ce commissaire sera notamment «chargé de recevoir les plaintes du public et de présenter des recommandations touchant l’application de la Charte de la langue française et de la Politique nationale de francisation». On attend maintenant cette politique!

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Legault jette le mot «sale» à la poubelle

CHRONIQUE / La solidaire Manon Massé aurait bien aimé mercredi que François Legault requalifie de «sale» le pétrole de l’Alberta. Le piège à ours était si gros…

Bien qu’il soit sale, reparler ainsi du pétrole albertain aurait été de la part du premier ministre du Québec un doigt d’honneur politique adressé au tout nouveau chef du gouvernement de l’Alberta, Jason Kenney. Cela aurait été irresponsable.

M. Legault a donc choisi un langage plus diplomatique pour redire qu’il n’y aura aucune relance du projet Énergie Est au Québec, n’en déplaise à Jason Kenney. Il l’a réaffirmé très clairement en s’appuyant sur l’absence d’«acceptabilité sociale». Une position devenue quelques instants plus tard celle de toute l’Assemblée nationale grâce à une résolution de Québec solidaire.

On a beau dire que les motions parlementaires ne valent souvent que le papier sur lequel elles sont rédigées, celle-là est plutôt solide. C’est que le gouvernement de François Legault paierait un prix politique d’un éventuel recul sur ce front, ne serait-ce que parce qu’il manquerait ainsi à sa parole.

Cela étant, jusqu’ici, on est dans une non-nouvelle. Une vraie nouvelle aurait été que le gouvernement caquiste dise soudainement oui à Énergie Est.

François Legault a cependant tellement voulu être diplomate dans ses propos qu’il s’est enthousiasmé comme jamais pour le projet de gazoduc et de terminal au Saguenay, un ensemble par lequel passerait du gaz naturel de l’Alberta pour être ensuite acheminé ailleurs dans le monde.

Ce projet devra pourtant faire l’objet d’une rigoureuse évaluation environnementale et aussi, selon la même logique, bénéficier d’«acceptabilité sociale», non? Quoi qu’il en soit, M. Legault met désormais tout son poids politique derrière ce projet. Il s’en fait le promoteur.

Toujours sur cette «acceptabilité», en existe-t-il une pour le transport de pétrole par rail? Je ne le crois pas, mais je pose la question, car elle est bien souvent éludée à l’Assemblée nationale.

13 milliards $

Jason Kenney connaît assez le Québec pour ne pas s’être bercé de la moindre illusion. Il ne pensait pas convaincre le gouvernement québécois d’embrasser le projet Énergie Est.

Dans son discours de victoire, en parlant en français de pipeline et de péréquation, il s’est certes adressé aux Québécois, mais aussi beaucoup à ses électeurs et aux Albertains. On a ainsi pu dire en Alberta que M. Kenney ne baissait pas les bras sur Énergie Est, la preuve en étant justement qu’il s’adressait aux Québécois...

Plus globalement, la situation est gênante. Même si le Québec, per capita, n’est pas le plus grand bénéficiaire de la péréquation canadienne, la somme qu’il touche à ce seul chapitre s’élève cette année à 13,1 milliards $. C’est 1,4 milliard $ de plus que l’an dernier.

Bon pour le Bloc?

Le conservateur Jason Kenney a beaucoup fait campagne contre Justin Trudeau. Mais il pourrait finir par devenir encombrant pour le chef conservateur fédéral Andrew Scheer au Québec s’il ramène constamment sur la table ce projet d’Énergie Est et s’il devait se mettre à dénoncer et dénoncer le refus du gouvernement Legault d’ici les prochaines élections fédérales.

Voilà qui ferait plaisir au Bloc québécois, qui entend s’appuyer sur le maximum de sujets de friction entre Québec et Ottawa et entre le Québec et le reste du Canada.

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Ne tirons pas la langue, montrons-la!

CHRONIQUE / C’est bien opportunément pour elle et son gouvernement que la ministre Nathalie Roy a fait en sorte que l’Office québécois de la langue française (OQLF) dévoile ses études sur la situation du français vendredi matin. C’était tout juste avant un débat parlementaire de deux heures convoqué par le Parti québécois sur le «manque d’engagement du gouvernement» en la matière.

Bien opportunément, car, à défaut d’annoncer des mesures supplémentaires de protection, Nathalie Roy a pu, tout au long de cette séance, dire qu’elle agit. La preuve en étant à ses yeux qu’elle a fait publier ce rapport exhaustif. Il est vrai que ce type de document de l’OQLF doit être publié tous les cinq ans et qu’aucun du genre ne l’avait été depuis 2007!

Sur le fond, ce rapport sur l’état de la langue française au Québec, particulièrement à Montréal, est plus troublant que rassurant. L’anecdotique «Bonjour! Hi!» y apparaît comme un symptôme, ne serait-ce qu’en raison de la plus grande indifférence que naguère qui prévaut dans la société sur la situation du français. C’est là que le bât blesse le plus, dans cette indifférence.

Laisser sa chance à Legault

Est-ce que la trop longue discussion acrimonieuse sur les signes religieux n’a pas ces dernières années remplacé, dans les préoccupations dites identitaires, la vigilance que nos parlementaires et nous tous aurions dû avoir à l’égard de la place du français au Québec?

Quoi qu’il en soit, ces études de l’Office québécois de la langue française devraient logiquement être l’amorce d’une prise de conscience.

Elles doivent au moins briser la tranquille indifférence qui s’est installée sur cette question — pas chez tous les Québécois francophones, mais chez trop d’entre eux.

Une mise en garde, tout de même : toute éventuelle amélioration de la situation passera toujours mieux si elle s’accompagne de pédagogie et de séduction que d’engueulades avec autrui.

Voilà pourquoi, moi, j’ai envie de laisser sa chance au gouvernement Legault sur cette question. Oui, commençons par mieux faire appliquer la loi 101 comme il le suggère. Il y a déjà du boulot sur ce seul front!

En matière d’affichage, près d’une entreprise sur quatre à Montréal ne se conformait pas à la réglementation en 2017. L’an dernier, près de 13 % des 6958 entreprises inscrites à l’OQLF ne détenaient pas de certificat attestant que le français est la langue normale et habituelle de travail chez elles — cela, c’est sans compter celles chez qui des glissements sont apparus au fil des ans.

Une suggestion tout de même : mieux faire appliquer la loi 101 ne devrait pas empêcher le gouvernement Legault de réfléchir à l’idée d’élargir éventuellement sa portée. S’il rechigne à élargir son champ d’application à toutes les entreprises comptant 25 employés et plus, comme le réclame le Parti québécois, il pourrait songer à fixer éventuellement la barre à 40. C’est un objectif qu’il pourrait inscrire dans son prochain programme électoral.

Positions campées

Les positions des partis représentés à l’Assemblée nationale sont bien campées.

Avant même la parution des dernières données, le Parti québécois parlait déjà de «recul». Pour y remédier, il propose entre autres, on vient de le voir, d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés.

Vendredi, le Parti libéral du Québec a eu tendance à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. De crainte d’une récupération par les souverainistes, il a depuis longtemps la fâcheuse habitude de balayer du revers de la main toute inquiétude à ce sujet.

Le gouvernement Legault est entre les deux. Il juge la situation ni totalement noire, ni totalement rose, mais se dit préoccupé. Il mise sur les cours de français qu’il veut faire suivre aux nouveaux arrivants ne parlant pas la langue officielle du Québec, ainsi que sur sa volonté de mieux faire appliquer la loi 101.

Étonnamment, Québec solidaire n’était pas représenté vendredi lors de ce débat.

Précision : c’est pour ne pas enquiquiner administrativement les petites entreprises que le gouvernement caquiste refuse d’élargir la portée de la loi 101 à toutes celles comptant plus de 25 employés.

Il existe des vérités dans certains lieux communs. En voilà une : ceux qui ont à cœur l’avenir de la langue française au Québec doivent en être non seulement des défenseurs, mais des ambassadeurs. Un gouvernement ne peut pas tout faire.

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La bonne nouvelle politique de la semaine

CHRONIQUE / Si le prix de la bonne nouvelle de la semaine existait en politique québécoise, il faudrait l’attribuer au projet de loi visant à contrer l’«obsolescence programmée», fruit d’un travail d’étudiants qui s’est très officiellement rendu jusqu’à l’Assemblée nationale.

Il est ambitieux ce projet de loi. Selon son intitulé, il vise à «lutter contre l’obsolescence programmée» et à «faire valoir le droit à la réparation des biens».

La proposition législative prévoit qu’un indice de durabilité serait apposé sur les produits et appareils concernés. Elle prévoit aussi une obligation pour les entreprises non seulement d’offrir des pièces de remplacement, mais de mettre en place un service de réparation accessible — le tout «à un prix et à des conditions raisonnables» pour les consommateurs.

J’emploie le terme «ambitieux» pour en parler, car je suis par exemple sceptique quant à la possibilité d’établir devant un tribunal, le cas échéant, la preuve d’une obsolescence programmée — sauf dans de très très rares cas. Votée en 2015, la loi française contre l’obsolescence n’a pas produit beaucoup de résultats jusqu’ici.

Il n’en demeure pas moins qu’il est nécessaire que les États déploient des efforts sur ce front et, malgré mon scepticisme, je ne souhaite et ne demande qu’à être confondu.

Sur ce front, sans doute, la lutte ne fait que commencer. Et ce n’est pas en restant les bras croisés qu’il se passera quelque chose. Bravo, donc, à ceux, nombreux, qui ont participé à la réflexion et à la rédaction de ce projet de loi!

La chose est inusitée : avec leur chargé de cours de l’Université de Sherbrooke, Jonathan Mayer, des étudiants de la faculté de droit ont corédigé ce document, qui a été déposé mardi au Salon bleu de l’Assemblée nationale par le député indépendant Guy Ouellette.

En passant, ne devrait-on pas aussi parfois parler d’«obsolescence prématurée»?

«Politique autrement»

Il y a quelques années — c’était à la mode… —, la faune politico-médiatique se gargarisait beaucoup de tout ce qui tournait autour de la «politique autrement». Que de points de presse, que de ceci et de cela à ce propos! En voilà pourtant de la «politique autrement».

Quand on cherche une façon d’ouvrir le Parlement québécois sur l’extérieur, en voilà aussi un exemple concret.

La proposition législative est appuyée par les partis d’opposition; par le Parti libéral du Québec, par Québec solidaire et par le Parti québécois.

Le gouvernement de François Legault ne devrait pas laisser ce projet de loi sur une tablette — comme le sont à peu près tous les textes du genre ne provenant pas des rangs gouvernementaux. Pourquoi pas, au moins, une commission parlementaire pour en discuter?

Le gouvernement devrait accepter qu’une instance du genre soit convoquée afin que nos représentants politiques poussent à la roue. Ça les sensibiliserait à une réalité.

L’obsolescence programmée touche à la fois les gens comme consommateurs, en tant qu’acheteurs et utilisateurs de biens, et comme citoyens, puisque le gaspillage bousille les grands équilibres environnementaux.

On s’entend : dans un monde organisé, la lutte contre l’obsolescence devrait s’organiser à l’échelle internationale. Mais on vit dans un monde désorganisé.

Il faudrait donc que de plus en plus de parlements se penchent sur le sujet afin de créer éventuellement une force de frappe publique contre tous ces géants privés qui évoluent sans frontières.

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André Fortin, le père d’abord

CHRONIQUE / Ce n’est pas la première fois qu’une personne désireuse de se lancer dans une course à la direction d’un parti y renonce pour des raisons familiales. Mais c’est sans doute la première fois au Québec qu’un candidat aussi bien placé qu’André Fortin y renonce en invoquant spécifiquement son rôle de père. Le reflet d’une époque?

Il est arrivé que des mères de famille ne prennent même pas le temps de considérer la perspective de se lancer dans une course à la direction d’un parti, justement pour des raisons familiales — de la même façon que des milliers d’entre elles ont mis de côté le moindre projet d’implication politique pour les mêmes motifs. C’est dommage, mais c’est la réalité.

C’est aussi arrivé à des hommes, bien sûr. Mais la situation du député de Pontiac est inusitée dans la mesure où plusieurs l’imaginaient déjà succéder à Philippe Couillard.

Sa décision de passer son tour au moins cette fois-ci est d’autant plus honorable qu’il avait effectivement de réelles chances de gagner la prochaine course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) — vu d’aujourd’hui, en tout cas.

Il est tentant de supputer que la perspective de voir le PLQ demeurer dans l’opposition peut-être au moins jusqu’en 2026 a compté dans sa décision. Personnellement, je n’ai cependant aucun mal à croire que l’analyse de la situation politique n’a pas présidé à son choix. Le fond de scène ne s’est tout de même pas transformé ces dernières semaines.

Ce qui a changé, c’est vraiment l’ennui de santé vécu par l’une de ses filles récemment. Il lui a fait réaliser qu’il n’était pas prêt à battre le terrain pour participer à la difficile et probablement longue reconstruction de son parti; qu’il n’était pas prêt à s’éloigner davantage encore de sa famille

Être chef d’un parti apporte son lot de satisfactions. Mais de telles charges peuvent difficilement ne pas nuire à la vie familiale. Tout dépend toujours, bien sûr, de sa situation personnelle et familiale, et des sacrifices que l’on est prêt ou pas à assumer.

André Fortin a fait preuve de lucidité personnelle. 

Anglade et les autres

La décision du député de Pontiac élargit la voie à sa collègue Dominique Anglade. Si elle l’emportait, elle deviendrait la première femme à diriger le PLQ.

Des libéraux tenteront toutefois d’inciter d’éventuels candidats potentiels de l’extérieur — hors de la députation — à tenter leur chance.

Certains estiment qu’un candidat ou une candidate évoluant à la droite du centre et capable de s’afficher comme «nationaliste» contribuerait à rebrancher leur parti sur un plus grand bassin d’électeurs.

Scrutin proportionnel

Je faisais référence au fait que le PLQ pourrait bien rester dans l’opposition jusqu’au rendez-vous électoral de 2026 — au mieux pour lui. Même si elle se matérialisait, cette perspective ne signifie pas que le rôle du prochain chef libéral serait ennuyant.

Car il existe une donnée importante qui pourrait changer et rendre la vie des partis d’opposition pas mal plus intéressante. Cette chose se nomme «scrutin proportionnel».

Si le gouvernement Legault le met bel et bien en place pour 2022, les partis d’opposition pourraient peser bien plus qu’actuellement dans le jeu politique.

Ce n’est pas pour rien que bien des députés libéraux voient maintenant ce projet d’un bon œil, alors que le gouvernement Couillard y était farouchement opposé.

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Le maire irresponsable

CHRONIQUE / Avec son propos outrancier, le maire de Hampstead aura probablement davantage conforté qu’ébranlé l’appui d’une majorité de citoyens au projet de loi sur la laïcité et les signes religieux.

Avant la présentation de ce projet de loi, j’avais humblement lancé un appel à la responsabilité des élus. Je m’adressais essentiellement aux parlementaires de l’Assemblée nationale, estimant qu’ils avaient un devoir d’exemplarité, mais ce genre d’appel vaut toujours pour tout le monde.

Je n’avais pas la naïveté de croire qu’on n’entendrait pas de propos excessifs et des généralisations de toutes sortes un peu partout dans la société. C’est malheureusement le cas depuis une dizaine d’années sur cette question.

Mais je n’imaginais pas à ce moment-là qu’un maire — celui de Hampstead — franchirait le mur de l’irresponsabilité en associant le projet de loi de Simon Jolin-Barrette à un nettoyage ethnique.

Dans tout débat, deux attitudes principales peuvent être adoptées. On peut choisir de ne s’adresser qu’aux seuls convaincus, qu’à ceux qui pensent comme nous. Et, à l’inverse, on peut s’adresser à ceux qui voient les choses différemment de nous, en tentant de les convaincre de la pertinence de notre point de vue.

Dans le premier cas, les mots deviennent parfois des pièces d’artillerie qu’on fait pleuvoir sur l’adversaire. Dans le second, on tient compte des objections — ce qui modère le propos. Dans cette deuxième catégorie, on tente de susciter l’adhésion, en fait.

Le maire William Steinberg a joué sa partie dans la première catégorie. Ah, si son mauvais exemple pouvait améliorer la suite des choses! S’il pouvait faire office de prise de conscience!

À l’Assemblée nationale, les accusations ou les sous-entendus d’intolérance, souvent lancés d’un côté, et de traîtres à la nation, souvent proférés de l’autre, n’ont heureusement pas resurgi depuis la présentation du projet de loi. Tant mieux, car l’obligation morale, politique et sociale de tous est de faire valoir son point de vue, ses désaccords et ses critiques sans chercher à diaboliser ceux qui voient les choses autrement.

Le plus grave

En même temps qu’il aura certainement davantage conforté qu’ébranlé l’appui d’une majorité de citoyens à l’interdiction du port de signes religieux chez certains représentants de l’État, le maire de Hampstead aura probablement raffermi l’opposition de certains opposants, y compris chez ceux qui ne partagent pas son accusation de nettoyage ethnique.

Le plus grave est précisément là : tous les propos excessifs ou ignobles élargissent le fossé entre ceux qui pensent A et ceux qui pensent B. Ils éloignent. Ils creusent les incompréhensions.

À ce stade-ci, c’est sur les incompréhensions et sur les appréhensions qu’il faut œuvrer.

Personnellement, il y a des aspects du projet de loi qui me préoccupent. Je pense à ceux concernant les enseignants. S’il s’agit d’une préoccupation pour moi, je peux comprendre à quel point cet élément ou d’autres de la proposition législative peuvent tourmenter des gens s’estimant plus directement concernés.

C’est sur les appréhensions de ces citoyens que les membres du gouvernement doivent le plus travailler. Ils doivent le faire en s’adressant à eux. Ils doivent le faire en ayant leurs craintes à l’esprit; le faire même s’ils pensent qu’ils ne les convaincront pas tous, voire aucun d’entre eux. Ils doivent le faire, car ils ont et auront toujours la responsabilité de tenter d’apaiser les choses.

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M. Legault et les «valeurs canadiennes»

CHRONIQUE / Pour mieux défendre son projet de loi sur la laïcité, François Legault oppose les valeurs québécoises aux valeurs canadiennes.

Ce projet de loi s’appuie sur les «valeurs québécoises», a réitéré M. Legault cette semaine à l’Assemblée nationale. Il a toutefois été plus loin que d’habitude en ajoutant que «la position du Parti libéral, c’est d’imposer les valeurs canadiennes au Québec».

Les valeurs québécoises contre les valeurs canadiennes? L’ancien souverainiste François Legault devra-t-il un jour tirer des conclusions politiques de son constat de l’existence de valeurs opposées aussi fondamentales au Canada?

Le ferait-il dans quelques années s’il voyait les aiguilles des sondages bouger?

Nos valeurs contre leurs valeurs… De telles phrases mériteraient bien des nuances, car il n’y a pas d’unanimité ni au Québec ni de l’autre côté de l’Outaouais. Dans le reste du Canada, de nombreux citoyens souhaiteraient une législation semblable à celle que le gouvernement Legault entend faire adopter. Ce n’est pas la même chose dans la classe politique fédérale, bien que là encore des nuances s’imposent.

François Legault marche sur le fil de la gouvernance autonomiste. Il a mis de nombreux éléments sur la table. Je pense entre autres au projet de déclaration de revenus unique. Les souverainistes ont raison de constater que dans bien des dossiers, hormis celui de la laïcité, il en est finalement déjà réduit à espérer un changement d’équipe gouvernementale à Ottawa.

Pour l’heure, il faut constater que lorsque la loi sur les signes religieux aura été adoptée à l’Assemblée nationale, le Québec aura élargi la portée du concept de «société distincte»; il aura accentué sa distinction au sein du Canada — pour le mieux, selon plusieurs, pour le pire, selon d’autres.

QS : un «micro F», un «micro H» et un «non genré»

Restons sur la laïcité, mais sur une note plus légère — quoique... Au dernier Conseil national de Québec solidaire — celui où le «compromis Bouchard-Taylor» a été largué —, je me suis encore étonné de constater que les organisateurs n’avaient pas installé de micro «pour» et de micro «contre» afin de permettre aux délégués de débattre. Ils avaient plutôt installé trois micros; un pour les femmes, un pour les hommes et un «non genré».

Je comprends que cette façon de faire découle d’une bonne intention. Mais il me semble que des micros réservés aux hommes ou aux femmes, pour s’en tenir à ces deux exemples, accentuent des différences entre les citoyens qui ne devraient pas exister — que l’effet est à l’opposé de celui recherché.

Imagine-t-on des files distinctes d’hommes et de femmes pour recevoir un service ou aller voter?

Samedi, une déléguée solidaire qui s’était présentée au micro «non genré» a même été priée de se rendre à celui des femmes… Un moment gênant.

Une dernière remarque : cette semaine, au Salon bleu, les députés solidaires n’ont pas posé une seule question au gouvernement sur le projet de loi sur la laïcité. Ils ont certes eu à répondre à des questions des journalistes, mais eux-mêmes n’ont pas interrogé le gouvernement à ce sujet. Ils ont ainsi évité de devoir encaisser des réponses qui auraient été fort critiques à l’égard de la position adoptée par leur parti. Comme promis, ils ont mis l’accent sur la lutte contre les changements climatiques. 

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Quand il nous reste le dialogue

CHRONIQUE / Taxi, laïcité, «désobéissance civile»… C’est fou comme des tensions peuvent s’amplifier à vitesse grand V dans une société! Quand les éléments se crispent, il ne reste qu’une chose : le dialogue. C’est ce qu’il faut mettre au centre de la table.

Ah oui, c’est vrai; pour certains, le dialogue est un aveu de faiblesse. Pourtant, on n’a jamais rien fait de mieux.

Du dialogue, il en faudra à l’Assemblée nationale lors de la commission parlementaire sur le projet de loi déréglementant le secteur du taxi. Et le dialogue suppose quoi? Il suppose de l’écoute.

Si le gouvernement persiste à aller de l’avant avec sa déréglementation de l’industrie du taxi — ce dont je suis persuadé —, il serait bon qu’il déplace plusieurs curseurs inscrits dans sa proposition législative. Il devrait par exemple sérieusement accroître la redevance payée lors de chacune des courses d’Uber et compagnie, et en faire bénéficier sur une base annuelle le secteur du taxi.

Concernant le projet de loi sur la laïcité, personne ne doit imaginer que le gouvernement reculera sur le personnel enseignant des écoles primaires et secondaires du réseau public. Compte tenu de cette situation, je plaide pour que la clause de droit acquis suive les personnes concernées. Selon ce qui est actuellement prévu, cette protection serait perdue dès lors qu’une personne visée n’exercerait plus la même fonction au sein de son organisation.

Il devrait au moins être possible de dialoguer là-dessus en commission parlementaire.

La ligne rouge

Où s’en vont des villes de l’ouest de Montréal en réclamant l’exclusion de leurs employés du projet de loi sur la laïcité, sous peine de ne pas l’appliquer...? Il ne s’applique déjà pas vraiment à elles directement! Par principe, elles suivent néanmoins une voie tracée par certaines commissions scolaires de la métropole.

Mais toutes ces institutions franchissent une ligne rouge en laissant planer une menace de désobéissance. C’est une préoccupante remise en cause de l’autorité de l’État québécois. C’est aussi un film dans lequel le Québec a joué il n’y a pas si longtemps.

En octobre 2017, le maire de Montréal d’alors, Denis Coderre, avait indiqué qu’il entendait faire fi de la loi sur la neutralité religieuse du gouvernement de Philippe Couillard, celle qui s’appuyait sur le «visage découvert».

Personne ne peut choisir les lois qui s’appliquent à lui. Elles ne se choisissent pas à la carte.

Pour l’heure, il faut appeler, là aussi, à un dialogue — entendu qu’en bout de course, l’autorité de l’État québécois devra prévaloir.

Pourquoi le dialogue, alors? Entre autres parce que le gouvernement Legault a le devoir de chercher à faire baisser l’incompréhension et le désarroi de plusieurs devant le projet de loi de Simon Jolin-Barrette.

Lors de son intervention de dimanche, le premier ministre ne s’est malheureusement adressé qu’aux convaincus. C’est une occasion ratée.

Le spectre de la partition…

On n’en est pas du tout à quelque spectre que ce soit de division du territoire québécois, mais l’idée de désobéissance civile évoquée par certains, et émanant surtout de l’ouest de Mont­réal, rappelle à quelques-uns à l’Assemblée nationale de vieux débats sur la «partition».

Il est politiquement ironique que cette évocation survienne quelques jours après le retour dans l’actualité de la loi 99. La semaine dernière, l’Assemblée nationale a réaffirmé son soutien à cette loi adoptée en 2000 sous le gouvernement de Lucien Bouchard. Cette législation affirme veiller au maintien de l’intégrité territoriale du Québec.

Chronique

Une législation fantôme sur les chiens

CHRONIQUE / Au cabinet de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, on répète depuis des semaines qu’on travaille sur le cadre réglementaire censé donner du mordant à la législation sur l’encadrement des chiens et que celui-ci sera dévoilé «prochainement». Pourquoi est-ce si long? Je commence à craindre que ce soit pour de mauvaises raisons.

J’espère que l’on n’attendra pas ce cadre réglementaire aussi longtemps qu’on a attendu la loi. Car cette loi demeure une coquille vide. Elle est un ballon rempli d’air. Pourquoi? Parce qu’elle a besoin de règlements afférents pour exister vraiment.

Mais pourquoi autant de temps pour la préparation de ce cadre réglementaire? Est-ce parce que tout ce qui a trait aux chiens même dangereux est encore considéré comme «polarisant» — pour reprendre un mot de l’ex-ministre Martin Coiteux? C’est lui qui avait présenté la proposition législative qui est officiellement devenue une loi en juin dernier.

Dans l’opposition, des mois avant cette adoption, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois jugeaient eux aussi le dossier polarisant.

Pendant plus d’un an, les trois principaux partis représentés à l’Assemblée nationale ne savaient pas s’ils devaient avancer ou non. Ils ont eu du mal à se fixer. Ils tergiversaient. Leurs ténors pensaient aux élections…

Tous ont fait mine d’oublier qu’être parlementaire, c’est prendre des décisions difficiles. Et bien souvent polarisantes.

La loi a donc mis du temps avant d’être adoptée. Elle l’a été in extremis, à la toute fin de la précédente législature.

Mais le texte finalement adopté est une pâle copie du projet de loi qui avait été présenté 14 mois plus tôt. On est passé d’une cinquantaine d’articles à 12. D’où l’importance du fameux cadre réglementaire qu’on attend.

La page n’était pas blanche

Je ne m’explique pas qu’autant de temps s’écoule avant la présentation par le gouvernement Legault de ce nécessaire cadre rattaché à la loi. D’autant qu’il ne partait pas d’une page blanche à son arrivée au pouvoir.

Un projet de règlement traîne depuis des mois dans les officines du ministère de la Sécurité publique. Il n’a pas été officiellement rendu public, mais j’ai déjà fait état de son contenu dans un article, il y a plusieurs mois.

On y lit entre autres qu’un chien ne pourrait se trouver sur la propriété d’autrui à moins d’y avoir été autorisé; qu’il devrait en tout temps être tenu en laisse dans un endroit public; que s’il pèse plus de 20 kilogrammes, il devrait toujours être sous le contrôle d’une personne capable de le maîtriser; qu’il serait interdit de promener plus d’un chien déclaré potentiellement dangereux à la fois; qu’un tel chien devrait être sous la supervision constante du propriétaire ou du gardien en présence d’un enfant de moins de 10 ans; qu’il ne devrait pas pouvoir s’échapper d’un terrain privé, etc.

J’ai hâte de voir si le cadre réglementaire que finira par présenter le gouvernement sera différent de ce projet élaboré par le ministère de la Sécurité publique il y a près d’un an déjà.

Célérité

Vendredi, trois chiens ont sauvagement attaqué une dame en Estrie. C’est un drame de plus.

L’adoption du cadre réglementaire lié à la loi n’empêchera pas des drames de survenir. Mais comme avec les armes à feu, les autorités publiques ont le devoir de tout faire pour réduire les risques. Et d’agir avec célérité.