Jean-François Cliche
Des particules virales du VIH (en vert) sur un globule blanc
Des particules virales du VIH (en vert) sur un globule blanc

Le «matériel semi-vivant»...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Nous savons que le coronavirus se transmet par contact des mains infectées avec le visage. Mais pendant que le coronavirus est sur les mains, est-il en mesure de se déplacer d’une quelconque façon ? Pourrait-il, par exemple, partir de la paume et se rendre au bout de l’index ?», demande Guy Drouin, de Québec.

Un virus peut «être déplacé» par le frottement de la main sur une surface, par le vent, par de l’eau qui coulerait sur la peau, etc., mais non, il ne peut absolument pas se déplacer par lui-même pour la simple et bonne raison qu’un virus n’est pas vraiment «en vie» — du moins pas à part entière.

Il y a une chose que tous les être vivants ont en commun, de la plus humble bactérie jusqu’à l’espèce humaine : un métabolisme, c’est-à-dire la capacité de se renouveler à partir de ce qu’ils trouvent dans leur environnement. Quand nous mangeons, par exemple, nous digérons les aliments afin de les transformer en source d’énergie et en «partie de nous-mêmes», pour fabriquer les protéines et les autres molécules qui nous composent, pour grandir quand on est enfant, pour guérir une blessure, pour entretenir l’organisme. Les plantes font pareil quand elles transforment de l’eau et du CO2 en sucre lors de la photosynthèse, et elles se servent également des sels minéraux qu’elles tirent du sol en même temps que l’eau comme de «briques» pour se construire. Et la même chose vaut pour les bactéries.

Bref, toutes les cellules vivantes du monde sont de véritables usine de transformation chimique. Le métabolisme, c’est ça.

Or les virus ne sont pas des cellules. Ils viennent en diverses tailles (entre 20 et 300 nanomètres) et formes (l’Ebola, par exemple, est filiforme alors que le virus de la COVID-19 est une sorte de sphère recouverte de «pics» à sa surface). Mais ce ne sont pas des cellules. Un virus, c’est essentiellement un peu de matériel génétique entouré d’une capsule de protéines. Et encore, jamais beaucoup : beaucoup de virus n’ont que quelques protéines différentes, et les plus complexes qu’on connaisse n’en ont qu’entre 100 et 200 alors que le corps humain en contient des dizaines, voire des centaines de milliers (on n’en est pas encore sûr). Certains virus, comme la COVID-19 d’ailleurs, ont également une enveloppe de lipides, alors que d’autres n’en ont pas.

Mais aucun n’a de métabolisme. Un virus, ça ne se nourrit pas, ça ne transforme rien, ça ne dépense pas  d’énergie. De ce point de vue, il n’y a pas vraiment de différence entre un virus et un caillou : les deux sont inertes. Alors il est rigoureusement impossible qu’un virus se déplace par lui-même.

Tout ce qu’un virus peut faire (et même là, ce n’est pas vraiment lui qui le fait mais la cellule qu’il infecte), c’est d’entrer dans une cellule grâce aux protéines à sa surface, qui agissent comme des «clefs», puis de placer son matériel génétique dans le noyau, où la cellule conserve son ADN. À partir de ce moment-là, la machinerie cellulaire sera détournée au profit du virus : la cellule va se mettre à produire des copies virales, qui pourront ensuite infecter d’autres cellules.

De ce point de vue-là, il faut le dire, les virus sont «plus vivants» ou «moins inertes» que les cailloux, qui ne sont pas capables d’infecter des cellules. Le fait de contenir du matériel génétique les rend aussi sujets à la sélection naturelle, ce qui les approche encore un peu du domaine du vivant. Mais dans l’ensemble, ils sont dans une espèce de zone grise, que l’on voit bien dans les expressions plus ou moins torturées que les biologistes emploient pour les décrire, comme «matériel semi-vivant», «organismes à la marge du vivant», «non vivant», etc.

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