Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
J’ai vu des parents qui ont arbitrairement fait fi de la distanciation physique pour que LEUR enfant se trouve aux premières loges. Tant pis si celui-ci se retrouvait collé à une bande d’inconnus qui ne sont pas masqués, pourvu qu’il voie bien le spectacle émerveillant qui s’offrait à ses yeux.
J’ai vu des parents qui ont arbitrairement fait fi de la distanciation physique pour que LEUR enfant se trouve aux premières loges. Tant pis si celui-ci se retrouvait collé à une bande d’inconnus qui ne sont pas masqués, pourvu qu’il voie bien le spectacle émerveillant qui s’offrait à ses yeux.

Je dépense, donc je suis

CHRONIQUE / Je crois bien avoir appris quelque chose pendant mes vacances. Pour faire changement...

Ça a tout bien l’air qu’être riche nous immuniserait contre le coronavirus. Du moins, c’est ce que semblent croire plusieurs personnes rencontrées et qui, visiblement, ont laissé leur pouvoir de dépenser prendre le dessus sur le gros bon sens.

Pendant mes vacances, je me suis arrêtée dans un lieu touristique particulièrement fréquenté par des familles.

Bien que les employés faisaient tout en leur possible pour que chaque groupuscule observe une distance minimale de deux mètres dans les files d’attente, cela n’a pas empêché certains visiteurs de s’agglutiner devant les habitats de certains animaux vedettes de l’établissement qui, dois-je préciser, comporte des habitats intérieurs et extérieurs.

En d’autres mots, j’y ai vu des parents qui ont arbitrairement fait fi de la distanciation physique pour que LEUR enfant se trouve aux premières loges. Tant pis si celui-ci se retrouvait collé à une bande d’inconnus n’étant pas masqués, pourvu qu’il voie bien le spectacle émerveillant qui s’offrait à ses yeux.

Je n’ai rien dit, préférant garder moi-même mes distances et mon nez dans mes oignons, mais j’ai tout de même pu entendre un visiteur rappeler à d’autres la consigne de sécurité exigeant un espace de deux mètres entre des membres de familles différentes.

On lui répondit du tac au tac de se mêler de ses affaires et que comme un prix d’entrée avait été payé, on était dans son droit de se tenir là où on le désirait.

Eh bien.

Comme si l’immunité pouvait s’acheter...

C’est comme ce couple qui s’est plaint d’avoir payé le plein prix pour une visite dans un endroit où certaines activités n’ont pas pu être offertes en raison de la pandémie. Déjà, de pouvoir prendre des vacances, pendant que d’autres ont perdu des mois de salaire, quand ils n’ont tout simplement pas perdu leur emploi, je trouve ça bien...

Ça m’a été rappelé quand, un peu plus loin sur ma route, je me suis arrêtée à la petite boutique d’un artisan du terroir dont j’avais bien envie de goûter les produits.

Bien qu’accueillant, l’endroit était gros comme un garde-robe. Ce faisant, on ne pouvait pas être bien nombreux à l’intérieur. Comme d’autres clients, j’attendais patiemment mon tour pendant que les cinq membres d’une même famille s’étaient dispersés dans le petit commerce, les parents questionnant l’artisan et les trois jeunes allaient ici et là dans le magasin en touchant plus d’articles qu’ils ne pourraient ramener, visiblement pour passer le temps.

« Excusez-nous si on prend de la place, hein, mais c’est qu’on achète, nous », m’a lancé la femme, visiblement la mère de famille, en insistant sur le mot « nous ».

Comme si d’un simple regard elle pouvait deviner que ma facture serait plus modeste que la sienne. Cela fait-il de moi une cliente moins importante ? Dur à dire, mais le sympathique artisan, lui, n’en a pas fait de cas.

Je dépense, donc je suis. J’ai de l’argent, donc j’ai une valeur comme individu. Et plus j’ai d’argent à dépenser, plus ma valeur est grande : telle est la ligne de pensée qui alimente cette philosophie à laquelle nombreux adhèrent encore aujourd’hui.

Je dépense, donc je suis : ce constat implique aussi qu’on peut avoir une certaine influence en choisissant là où on investit son argent.

C’est un des fondements du capitalisme, après tout : acheter serait un acte politique.

Il suffisait d’entendre l’appel au boycott des commerçants et des places d’affaires locaux qui imposeraient le port du masque pour s’en rappeler et voir que certains croyaient obtenir gain de cause en menaçant d’aller dépenser ailleurs.

Comme si c’était du ressort des commerçants, chargés d’appliquer une directive gouvernementale alors qu’ils tentent tant bien que mal de tirer leur épingle du jeu après des mois de fermeture ou après avoir essuyé d’importantes pertes.

La solidarité et l’engouement pour le panier bleu ont eu l’air d’avoir pris le bord assez vite merci, quand il s’agit d’un masque... ou de sa poche.

J’espère que cette frustration ne s’est pas traduite par de réelles pertes.

Pour en finir avec le masque

Entre vous et moi, je n’en peux plus du débat entourant le masque, d’ailleurs. Le sujet est devenu étouffant, beaucoup plus que les effets du masque lui-même tels que décriés par ses détracteurs.

Et pourtant, douce ironie : me voici encore en train de signer une chronique à ce sujet.

J’ai du mal à comprendre pourquoi le port d’un petit bout de tissu, susceptible de limiter la propagation d’un virus qui s’avère mortel pour une partie de la population, divise autant les gens.

Je crois que si le privilège de se soustraire à l’obligation de porter le masque pouvait s’acheter, certains auraient sorti le chéquier depuis longtemps.

Je ne connais personne trouvant agréable de devoir porter le masque pour vaquer à ses occupations quotidiennes, mais je ne vois pas en quoi cette mesure temporaire — on s’attend à ce qu’elle prenne fin après la découverte d’un vaccin — viole les libertés individuelles au point tel qu’on puisse dénoncer une dictature.

Il s’agit d’un simple masque et non de menottes ou d’un boulet ; il ne nous empêche d’aller nulle part ou de pratiquer certaines activités.

Il s’agit d’un simple masque et non d’un bâillon, contrairement à ce que prétendent les opposants au port obligatoire du couvre-visage.

Ils le prouvent eux-mêmes en se faisant entendre haut et fort depuis quelques semaines.

Remarquez, si jamais le gouvernement suggérait le port des bouchons, ça ne me dérangerait pas...