À 21 ans, William Cossette veut devenir moine bouddhiste. Sa mère, Nathalie Bourassa, apprend à accepter cette décision mûrement réfléchie.

William, moine bouddhiste en devenir

CHRONIQUE/ Nathalie Bourassa a bien vu que les gens se retournaient sur leur passage à l’épicerie. Sur le coup, la louve en elle a eu envie de mordre ces clients qui ne se sont pas gênés pour fixer avec étonnement son fils au crâne rasé et tout de blanc vêtu.

«Tout le monde le regardait. Mon cœur de mère a voulu le protéger.»

William se contente de sourire timidement en l’écoutant me raconter leur plus récente sortie au supermarché. Contrairement à sa mère, il n’a rien remarqué de particulier en déambulant tranquillement dans les allées. Et même si ça avait été le cas, la sérénité qu’il affiche me laisse croire que la femme n’a pas à s’inquiéter pour son garçon.

S’inspirant des enseignements de Bouddha, le futur moine cultive sa paix intérieure et s’efforce de la faire rayonner. Sans porter de jugement envers lui et les autres.

William Cossette a 21 ans, un âge où les jeunes poursuivent généralement leurs études ou acquièrent leurs premières expériences sur le marché de l’emploi. Il appartient à la génération techno qui partage photos et états d’âme sur les réseaux sociaux.

William se connecte aussi, mais pas sur Internet. Pendant que ses semblables milléniaux sont branchés sur la planète, il est assis à l’indienne sur un coussin, isolé du bruit et de l’agitation, en train de méditer.

J’ai rencontré le duo mère-fils à Shawinigan où il était de passage à l’occasion d’un brunch familial. Originaire de Charette, Nathalie Bourassa réside depuis une vingtaine d’années à L’Île-Perrot, dans l’ouest de Montréal. C’est ici que ses deux fils ont grandi. William est le cadet.

«Même enfant, il était un peu différent», se souvient Nathalie en parlant du garçon aux gestes plus lents, de l’écolier qui, à choisir, préférait la présence des adultes à celle des compagnons de son âge.

Son adolescence a été tourmentée. Il avait peu d’amis et l’impression de ne pas «fitter» dans le moule. «À la fin du secondaire, j’ai commencé à fumer et à prendre beaucoup de drogue.»

Cette période sombre correspond également à son éveil spirituel. À 18 ans, William est parti pendant cinq mois, seul avec une tente, sans argent ni cellulaire.

«Je capotais!», avoue Nathalie qui a cependant encouragé son fils à prendre le large afin de retrouver son équilibre. «Il ne pouvait pas rester dans cet état.»

William a habité dans une commune, en Ontario, où un des occupants lui a parlé d’un endroit offrant des retraites de silence. L’idée a plu au jeune homme qui a poursuivi sa route jusqu’à l’autre bout du pays avant de rentrer à Montréal. Il a mis fin à sa consommation et a pris la direction d’un centre de méditation, en Outaouais.

L’expérience d’une dizaine de jours a été à ce point salutaire que William a décidé de la prolonger pendant un an. Il y a travaillé bénévolement tout en poursuivant sa quête de sens.

Un jour, celui qui a longtemps porté des «dreads » (tresses autour de la tête) a sorti les ciseaux et le rasoir. «Je suis en train de défaire les nœuds de ma vie. J’ai décidé de commencer par mes cheveux», a-t-il dit à Nathalie.

William ne lui a jamais caché son intention de devenir un moine bouddhiste. Mère et fils ont toujours maintenu une bonne communication. Malgré son esprit ouvert, Nathalie a néanmoins été bouleversée de le voir franchir, en mai dernier, les portes du monastère Tisarana, à Perth, en Ontario.

William portait le blanc de la tête aux pieds, comme l’autre soir à l’épicerie, comme sur la photo accompagnant cette chronique.

À 21 ans, William Cossette veut devenir moine bouddhiste. Sa mère, Nathalie Bourassa, apprend à accepter cette décision mûrement réfléchie.

«De le voir habillé en moine, ça m’a sauté dans la face. J’ai pleuré pendant un mois.

Nathalie ne fait pas semblant que tout est beau et parfait, qu’elle se réjouit du choix de vie atypique de son fils.

«Il est jeune. Ça va passer», croyait-elle au début. Récemment encore, la femme de 50 ans gardait espoir qu’il revienne sur sa décision. Ce n’est pas parti pour ça.

«Non maman, je ne changerai pas d’idée.»

Assise à côté de lui, Nathalie se permet de prendre la main de William. Elle apprivoise le détachement en s’inspirant de son garçon qui fait preuve de compassion.

«Le plus dur est d’accepter que ton fils s’éloigne de la famille, qu’il ne sera pas là à Noël…»

Outre les signes d’affection, les célébrations et les sources de divertissement font de moins en moins partie du quotidien de William qui, en devenant moine, s’impose également la chasteté et la pauvreté.

Il se lève chaque matin à 5 h pour méditer et chanter en compagnie des autres membres de sa communauté.

Le jeune homme partage également avec eux des tâches ménagères et l’entretien du terrain entouré d’une forêt.

En ce moment, William est responsable de cuisine, mais en devenant un moine, il mangera uniquement la nourriture donnée en offrande par des laïcs qui viennent se recueillir au monastère où il se fait appeler Gabriel.

Son dernier repas de la journée est celui du dîner. Il se retire ensuite dans une cabane de la grandeur d’une chambre où se trouvent un petit lit, une table de chevet et un coussin. William y pratique la méditation selon la tradition theravada venue du sud-est de l’Asie.

Parfaitement conscient que son histoire soulève des questions, voire de l’incompréhension, il sait également que c’est difficile pour les membres de sa famille. Chacun avance à son rythme, fait preuve de respect.

«Je suis le même, un fils et un frère, mais j’ai pris un chemin différent.»

Sa mère acquiesce d’un signe de tête. «Je ne fais pas le deuil de mon garçon, mais je dois faire le deuil de notre relation. Cela ne sera plus jamais pareil, mais ce sera autre chose.»

Le jour où l’apprenti sera ordonné moine, dans moins d’un an, c’est elle qui, symboliquement, lui offrira sa robe traditionnelle de couleur brun orangé. Le moment sera chargé d’émotion. Nathalie s’y prépare doucement. Avec son cœur de mère.

«Je commence vraiment à l’accepter, mais plus que ça, je suis fière de William.»

Elle ne peut faire autrement.

«Je le sens tellement heureux et épanoui.»