Isabelle Légaré
Entourée de Nathan, 5 ans, et d’Arnaud, 3 ans, Annie-Claude Lafrenière est fière de présenter son petit dernier, Romain, né le 30 mars, en pleine pandémie.
Entourée de Nathan, 5 ans, et d’Arnaud, 3 ans, Annie-Claude Lafrenière est fière de présenter son petit dernier, Romain, né le 30 mars, en pleine pandémie.

Si près et si loin

CHRONIQUE / Un jour, Romain connaîtra l’histoire de sa naissance au beau milieu d’une pandémie, mais pour l’instant, il n’a aucune idée de ce qui se passe en dehors des bras rassurants de ses parents. Le nourrisson ne sait pas que tous ces gens venus lui faire un coucou par la fenêtre ou qui s’extasient dans l’écran de l’ordinateur sont impatients de l’étreindre à leur tour, avec tendresse.

Je peux parfaitement imaginer la scène et les émotions ressenties par ses proches qui se sentent bien loin ces jours-ci. Ils ont le cœur rempli d’allégresse... et la gorge serrée. Ce n’est pas comme ça qu’ils avaient prévu souhaiter la bienvenue au nouveau-né.

Un petit Xavier est sur le point de venir au monde dans ma famille. Il s’agit du premier enfant de ma nièce Alex. Ma sœur, nouvelle grand-maman, est aux anges, tandis que mes parents, «arrières» pour la première fois, aiment ce bébé depuis la seconde où ils ont appris son existence dans le ventre de leur petite-fille devenue grande.

Vous dire comment nous avons hâte d’accueillir cet enfant-là, de le bercer et de lui chatouiller les pieds!

Malheureusement, ce n’est pas demain la veille que nous pourrons lui compter les orteils.

Jusqu’à nouvel ordre, ce privilège est réservé à l’usage exclusif de ses parents confinés avec leur grand bonheur qu’ils ne demandent qu’à partager.

Maudit virus. On s’en serait tous passé. Tout comme de la distanciation de deux mètres. On comprend l’importance de cette mesure, on la respecte à la lettre, on reste disciplinés, mais la déception est inévitable, douloureuse...

Romain est né le 30 mars, à l’hôpital de Shawinigan. Il est le troisième des trois garçons d’Annie-Claude Lafrenière et de Marc-André Houle.

Les visites à la maison pour célébrer l’arrivée du petit dernier sont suspendues pour une période indéterminée. Pas le choix. La parenté, les amis, voisins et collègues ont les bras en attente.

«Ils sont venus le voir à travers la porte-patio, mais ce n’est pas pareil. Je leur envoie des photos, on se fait des FaceTime, mais tout le monde a hâte de le voir.»

En vrai.

Annie-Claude a raison lorsqu’elle dit qu’un poupon change vite après sa naissance. De semaine en semaine.

La jeune femme de 35 ans a une pensée empreinte de solidarité pour celles qui sont enceintes pour la première fois. Le contexte de la pandémie n’est pas idéal. Elle aussi a ressenti de l’incertitude.

«C’était un peu stressant... Même si c’est mon troisième enfant, je ne voulais pas accoucher toute seule. Mon chum non plus ne voulait pas manquer ça. C’est un beau moment dans une vie!»

Marc-André ne devait présenter aucun symptôme de grippe ou de rhume pour pouvoir assister à la naissance de son fils. Au moindre petit mal de gorge, le papa risquait de se voir refuser l’accès à l’hôpital.

«J’avais bien averti mon chum de ne rien pogner!»

Annie-Claude peut bien en rire aujourd’hui. Marc-André était en pleine forme et à ses côtés le jour J.

Durant les deux semaines précédant la naissance de Romain, les sorties à l’épicerie ont cependant été limitées au strict minimum. «On a fait des réserves. On restait dans la maison. On ne sortait pas.»

Écoutant sa petite voix intérieure, la jeune femme de 35 ans a graduellement cessé de suivre les points de presse quotidiens avec le premier ministre et le directeur national de la santé publique.

Sage décision. Mettre la télé sur pause lui a permis de se concentrer sur l’essentiel. Coronavirus ou non, le miracle de la vie était sur le point de se produire.

L’hôpital était particulièrement vide de patients lorsqu’Annie-Claude s’y est présentée le matin du 30 mars dernier. La jeune femme s’est désinfecté les mains à l’entrée, a croisé le regard du gardien qui a deviné la raison de sa visite puis est montée à l’unité des naissances où la suite s’est déroulée comme pour ses deux autres garçons, Nathan, 5 ans, et Arnaud, 3 ans.

«Ça s’est passé normalement. Je n’ai jamais pensé à la COVID. Je n’ai pas senti que c’était plus lourd.»

Pas une fois non plus, le mot pandémie n’a été prononcé autour de la maman en train de mettre au monde son enfant.

Romain a quitté le confort de son confinement des neuf derniers mois pour se retirer dans la douceur du cocon familial.

Bébé se porte très bien. C’est tout ce qui compte.

Un jour, on racontera à Romain - et à Xavier - que leur naissance a été une source de joie contagieuse. Même à distance.