Barbara Jensen et sa chienne Rosie.

Rosie sur deux pattes

CHRONIQUE / Je sonne, provoquant des aboiements de l’autre côté de la porte. Je suis à la bonne adresse. C’est Rosie que je suis venue rencontrer.

Le chien marche prudemment sur la pointe de ses deux pattes avant, renifle ma cheville, recule d’un pas et me regarde en penchant la tête sur le côté.

Je suis la bienvenue.

Accroupie à sa hauteur, je lui présente le dessus de ma main avant d’oser une ou deux caresses derrière ses oreilles.

On est maintenant amies, elle et moi. Rosie branle la queue qui dépasse de la couche recouvrant son arrière-train inerte au sol.

Honnêtement, cela brise le cœur de la voir ainsi, mais la chienne enjouée a mieux à faire que de se laisser prendre en pitié.

Une fois installée dans son chariot, elle tire son corps à moitié paralysé en direction du chat qui bondit sur ses quatre pattes avant de déguerpir du salon.

On n’est jamais trop prudent en présence d’un toutou à roulettes.

Rosie revient de loin, dans tous les sens du terme. Elle a été trouvée, laissée pour morte, en bordure d’une route à proximité de San Antonio, au Mexique.

«Elle a probablement été frappée par une voiture», m’explique Barbara Jensen dans la chaleur de sa maison, à Trois-Rivières. C’est ici que depuis novembre dernier, sa nouvelle amie poursuit sa vie et tout ce qui bouge.

On sait peu de chose sur le passé de Rosie qui serait âgée de moins de 2 ans et probablement issue du croisement entre un beagle et un berger allemand.

Pendant combien de temps la pauvre bête est-elle demeurée abandonnée à son triste sort? Des heures? Des jours? Aucune idée.

Rosie en a fait du chemin depuis le Mexique où elle a d’abord été recueillie par une femme qui n’avait pas les moyens d’assumer les frais de vétérinaire. Cette dernière a contacté un refuge de San Antonio qui a diffusé le portrait de la chienne mal en point.

Impliquée dans une association sans but lucratif vouée au sauvetage d’animaux, une dame de l’Ontario a trouvé les fonds nécessaires pour permettre à Rosie d’être transportée jusqu’au Texas où elle a été soignée et initiée à la voiturette pour chien handicapé.

Remise sur deux pattes et sur deux roues, Rosie a pris la direction du Canada où un couple de Toronto l’a hébergée durant sa convalescence. Pendant ce temps, son museau a continué de circuler sur les réseaux d’adoption dont Barbara Jensen fait partie.

Originaire de Victoria, en Colombie-Britannique, la Trifluvienne est bénévole au sein de Freedom Drivers, un groupe de la région de Montréal qui assure le transport pour les animaux de refuges à qui on a trouvé une famille au Québec, en Ontario et dans les provinces maritimes. Les conducteurs se relaient avec le chien jusqu’à destination.

Le cœur de Barbara a fondu en voyant la photo de Rosie au-dessus de laquelle était écrit: «Nous avons besoin d’une famille pour Noël».

La femme a tout de suite su que cette meute était la sienne. Mère d’une fille de 9 ans et belle-mère de deux garçons âgés de 13 et 9 ans, elle ne s’est pas laissée décourager par le sérieux handicap de Rosie.

«Es-tu certaine?», lui a demandé son conjoint en connaissant déjà la réponse.

Afin que Rosie puisse se déplacer plus facilement sur la neige, les roues de son chariot sont remplacées par des skis.

«Il est plus important pour moi d’aider un chien dans le besoin que d’avoir le chien parfait.»

N’empêche que Rosie se présente avec son lot de défis, déjà que d’avoir un animal de compagnie est un contrat à vie qui exige temps, argent et, bien entendu, amour.

Dans le cas de Rosie, il faut parler d’une tonne d’amour. Et du don de soi.

Malgré qu’elle soit paralysée des membres postérieurs, Rosie ressent l’envie de faire ses besoins.

«Elle peut nous le faire savoir, mais on a intérêt à réagir très rapidement pour l’amener dehors ou le tenir au-dessus de la toilette.»

D’où la couche. Moins stressant, avoue Barbara qui achète des couches jetables pour bébés dans lesquelles elle fait une petite incision. Pour la queue.

Rien ne déborde, assure-t-elle.

«On lui change la couche aux deux ou trois heures et on lui donne son bain aux deux ou trois jours.»

Pas le choix. Les odeurs...

Barbara s’est embarquée dans une galère, elle le sait et ne s’en plaint pas.

«Je viens d’une famille très engagée auprès des animaux. J’ai une empathie naturelle pour les «underdogs». Pour moi, c’était juste normal d’adopter Rosie», explique la fonctionnaire du centre fiscal, à Shawinigan.

Sa fille est aussi sensible à la cause du bien-être canin. «Même sans ses deux pattes en arrière, Rosie est parfaite maman.»

Également parfaite lorsqu’elle fait sa promenade dans les rues du quartier, peu importe la saison.

Heureuse de prendre l’air, Rosie passe des roulettes aux skis comme si de rien n’était.

«Ça lui demande un peu plus d’effort pour tirer, mais elle avance très vite. Quand je vais marcher avec elle, je manque parfois de souffle!»

Libre et autonome, Rosie est très «colleuse», la plus sincère des reconnaissances pour sa famille de Trois-Rivières avec qui un lien de confiance s’est rapidement créé.

Barbara Jensen a prévu un budget pour les besoins particuliers de Rosie. En plus des couches jetables, il faut compter les frais de la garderie.

Le chien peut difficilement rester seul en l’absence de sa maîtresse. Chaque jour de la semaine, il prend donc la direction du Domaine animal, une pension où Rosie vole la vedette avec le bas du corps confortablement installé dans l’équivalent de son fauteuil roulant.

«Elle joue et court avec les autres chiens sans problème! Ils ne font aucune différence même si Rosie a un handicap.»

Paralysée des pattes arrière, Rosie porte la couche et mène une vie - quasi - normale.

Belle leçon d’intégration.