Yann Mathieu est sorti de sa retraite pour renouer avec la victoire. Le joueur de tennis en fauteuil roulant continue également d’enseigner sa discipline à des personnes, handicapées ou non.

Revers et coup gagnant

CHRONIQUE / Un arbre était tombé sur son premier élève. Un coup sec dans le dos. Paraplégique du jour au lendemain.

«J’aimerais ça que tu m’entraînes au tennis.»

Le jeune homme au bout du fil avait perdu l’usage de ses jambes, mais pas l’espoir de demeurer actif.

Yann Mathieu a accepté sans hésiter, conscient que son rôle allait probablement déborder des lignes du terrain.

«Quand le jeune homme m’a vu arriver au volant de mon auto, il a compris qu’on pouvait avoir une vie normale. Ça a été motivant pour lui.»

Même chose pour les deux autres gars handicapés qui souhaitaient également s’initier au tennis. L’un avait été victime d’un accident de VTT, l’autre était tombé d’un balcon.

Là encore, Yann n’a pas eu besoin de jouer au thérapeute pour les aider à affronter cette tragique malchance. Il a échangé des balles, des confidences et des trucs avec eux. Tout le monde est sorti gagnant.

C’est une question d’attitude, soutient l’entraîneur, une stratégie qui lui a d’abord servi.

Le 29 octobre 1994, il y a bientôt 25 ans, Yann Mathieu avait 18 ans et l’ambition de devenir prof d’éducation physique. Cette soirée-là, le cégépien s’est plutôt retrouvé paralysé des pieds au nombril.

«Je me suis endormi au volant. J’ai frappé un poteau de téléphone. J’étais à deux minutes de la maison.»

Il venait de passer la soirée chez des amis. L’accident s’est produit sur le rang du Petit-Saint-Esprit, à Nicolet.

Sonné par l’impact, mais épargné par les blessures, Yann est sorti de sa voiture pour aller constater les dégâts. Au même instant, un autre véhicule circulant sur la route plongée dans le brouillard a embouti l’arrière de l’automobile qui a percuté de plein fouet le jeune homme projeté dans le fossé.

Yann n’a aucun souvenir de ce qu’on lui a raconté. Il s’est réveillé quatre heures plus tard à l’hôpital avec une douleur insoutenable au ventre.

On a d’abord cru à une hémorragie interne. Il s’agissait plutôt d’une fracture. La vertèbre dorsale 12. Cassée comme un bout de bois.

Le médecin a été droit au but. «Tu ne marcheras plus.» Son patient s’en doutait. «Je ne sentais plus mes jambes.»

S’estimant chanceux dans sa malchance, le désormais paraplégique pouvait se servir de ses mains et de ses bras. Le haut de son corps était intact. Yann s’est accroché à ça. «J’ai toujours regardé en avant.»

L’idée de s’initier au tennis en fauteuil roulant a commencé à germer vers l’âge de 20 ans. Inspiré par les athlètes paralympiques André Viger et Chantal Petitclerc, il s’est pointé, curieux, à une clinique offerte par l’association Parasports Québec où on a rapidement détecté son potentiel.

Yann y a pris goût. Le tennis lui permettait de bouger, de sortir de chez lui, de rencontrer des gens et de s’épanouir entre un coup droit et un revers. La vraie vie quoi.

Un an plus tard, le jeune homme remportait un tournoi, le premier d’une longue série. Champion canadien pendant dix ans, il a participé aux Jeux paralympiques de Pékin, en 2008, avant d’atteindre le 19e rang mondial, en 2009.

«Yann Mathieu tourne la page sur sa carrière», titrait cependant Le Nouvelliste à l’automne 2011. Le joueur de 35 ans était fatigué.

«J’avais l’impression d’avoir fait le tour du jardin et de plafonner.»

Ceci étant dit, ce n’est pas parce que Yann Mathieu a préféré se retirer de la compétition qu’il a tourné le dos au tennis. La preuve en est les leçons qu’il donne, depuis, aux personnes handicapées, de même qu’à ceux et celles qui n’ont aucun handicap.

Cet automne, il est le professeur de tennis attitré dans un centre de loisirs, à Trois-Rivières. L’athlète en fauteuil roulant y enseigne les techniques de base et le plus important: jouer dans le plaisir et sans pression inutile.

Mais durant un match qui compte, tassez-vous de là. Son service peut atteindre 85 kilomètres à l’heure.

Son fauteuil est muni d’une cinquième roue à l’arrière qui l’empêche de renverser. Attaché à la taille, aux genoux et aux pieds, Yann se donne un élan pour atteindre la balle qui a la possibilité de faire un maximum de deux rebonds. Le joueur la frappe de toutes ses forces, se tourne sur un dix cennes, va chercher le retour sur la ligne de fond et y va d’un coup brossé.

Le tennis, c’est comme la bicyclette, ça ne se perd pas.

Huit ans après avoir quitté la compétition, l’homme de 43 ans vient de remporter le championnat québécois en fauteuil roulant, à Repentigny. Dans une semaine, il participera à un tournoi international à Montréal et plus tard, en octobre, le retraité qui ne l’est plus tentera de se classer parmi les meilleurs, lors du championnat canadien qui se déroulera à Brossard.

À force d’enseigner le tennis, il a eu envie de reprendre du service.

Yann Mathieu a retrouvé la flamme, la forme et le chemin de la victoire. En parfait contrôle de son fauteuil roulant, le joueur de tennis sert la balle et d’exemple.

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Madame Pauline n’est plus.

Pauline Bergeron Lessard est décédée le 11 septembre dernier. Elle avait 109 ans et trois mois.

Dans une chronique intitulée «Madame Pauline, 109 ans», j’ai eu le privilège de raconter son histoire à quelques jours de son anniversaire, le 12 juin dernier. Née en 1910, la femme originaire de Saint-Paulin avait vécu de nombreuses années à Shawinigan avant de venir s’établir à Trois-Rivières où ses funérailles ont lieu ce samedi.

Lors de notre rencontre, la belle dame au regard pétillant se disait la première surprise d’avoir atteint un âge aussi impressionnant.

Plongée dans ses souvenirs, elle ne tenait pas à vieillir davantage.

«Ils m’attendent. J’ai hâte de les retrouver», avait confié la dame en parlant de ses proches partis avant elle.

Au revoir Madame Pauline.