Isabelle Légaré
Sylvie Lachapelle se remet difficilement de la violente agression dont elle a été victime au début du mois de janvier.
Sylvie Lachapelle se remet difficilement de la violente agression dont elle a été victime au début du mois de janvier.

Plus jamais comme avant

La fatigue s’est abattue sur elle et ne lui laisse aucun répit. Les maux de tête sont intenses et, pour ainsi dire, omniprésents. D’ordinaire si énergique, inépuisable même, Sylvie Lachapelle dort beaucoup. Le moindre effort la met à plat. Elle qui ne prenait jamais de médicaments peut difficilement s’en passer pour trouver le sommeil et soulager les migraines.

«Il a scrappé ma vie…»

Un peu plus de deux mois se sont écoulés depuis la violente agression dont la copropriétaire de l’hôtel Central, à Parent, a été victime.

Je vous rappelle brièvement les faits. Sylvie Lachapelle était chez elle, soit à quelques pas de l’hôtel et seul restaurant du village, en Haute-Mauricie, lorsqu’une employée l’a contactée en fin de soirée pour l’informer qu’un client perturbait la place.

Sylvie habite et travaille à Parent depuis une trentaine d’années. Reconnue pour avoir du caractère, elle ne s’en est jamais laissée imposer par les clients malcommodes. Ils ne sont pas légion, mais parfois, il n’en faut qu’un pour gâcher l’ambiance.

Parlez-en à celui qui a déjà été banni des lieux pendant un an. Le gars est, depuis, un exemple à suivre dans l’établissement fréquenté par les habitants du coin et les amateurs de motoneige ou de véhicules tout-terrain qui font le détour par ce secteur de La Tuque.

«Les gens sortent pour avoir du plaisir», rappelle Sylvie qui, en recevant l’appel de la serveuse, est retournée à l’Hôtel Central afin d’intervenir auprès de l’individu qu’on disait agressif et menaçant.

La femme de 53 ans n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé par la suite, mais elle sait qu’il s’en est fallu de peu pour que sa vie s’arrête sauvagement.

«Un ou deux coups de plus à la tête et je serais morte…»

Je l’ai récemment rencontrée à Trois-Rivières où elle avait rendez-vous avec le chirurgien qui l’a opérée au visage. Elle en a également profité pour faire un bref arrêt à la Sûreté du Québec afin d’y récupérer les caméras de surveillance saisies pour fins d’enquête.

Sylvie Lachapelle n’a pas visionné la vidéo de l’agression survenue le 3 janvier et ne compte pas le faire. Elle n’a pas besoin de tout savoir dans le détail. Ce qu’on lui a rapporté lui suffit. Ça a été d’une violence inouïe.

Durant notre entretien, l’ancienne conseillère municipale ne prononce jamais le nom de l’individu, soit Patrice St-Amand, qui a été accusé de tentative de meurtre à son endroit.

L’émotion la gagne en me disant qu’on lui conseille de consulter un psychologue. Vaut mieux prévenir. Pour le moment, c’est le néant dans sa mémoire, mais des images traumatisantes pourraient réapparaître lorsqu’elle s’y attend le moins.

«Il n’y a pas de risque à prendre…», laisse tomber Sylvie dont le corps, lui, ne peut pas oublier le choc subi.

C’est le côté gauche de sa figure qui a surtout encaissé les coups de pieds et de poing. La pauvre femme souffre de multiples fractures dont celles de l’os malaire (zygomatique), de la paroi latérale et du plancher de l’orbite. Des plaques et des vis ont été introduites aux endroits touchés.

Cette photo de Sylvie Lachapelle a été prise après l’opération maxillo-faciale.

«Je ne sais pas j’en ai combien. Je vais le demander à mon médecin.»

Elle parle lentement, incapable d’ouvrir normalement la bouche. «J’ai de la misère à me brosser les dents, même avec une brosse de bébé…»

Sa vision est embrouillée. Des examens sont à venir. Encore un miracle qu’elle n’ait pas perdu son œil gauche.

Sylvie ne peut pas conduire, ni sa voiture, ni sa motoneige ou son quatre roues. Sa déception est vive. Parent est un véritable paradis pour les amateurs de plein air. Sa saison est à l’eau et fort probablement la prochaine.

Cette agression a bouleversé beaucoup de monde à Parent, particulièrement les employés de l’établissement, témoins ou non de la scène impliquant leur patronne sans défense. Ils ont été rencontrés par une travailleuse sociale et une psychologue appelées en renfort peu après le terrible événement.

«L’Hôtel Central, c’est une grosse famille. Ce qui lui est arrivé, ça nous a tous jetés à terre. Il y a eu beaucoup de larmes…»

Sylvie Lachapelle essuie les siennes en écoutant sa cousine. Présente à l’entrevue, Christiane Malo est devenue sa chauffeuse privée depuis qu’elle ne peut plus se déplacer aussi librement qu’avant. Les deux femmes s’aiment comme des sœurs.

Christiane et son mari habitent également à Parent. Le couple donne un précieux coup de main au mari de Sylvie, Jean Dupont, qui garde le fort comme il peut.

Ébranlées, des serveuses ont été tentées de quitter. C’est Christiane qui les a convaincues de rester. «On continue pour Sylvie.»

Une femme émue par toute cette solidarité. Comme une mère qui s’inquiète pour ses enfants, elle voudrait tellement en faire plus, retrouver la vitalité qui l’a toujours fait carburer.

C’est impossible pour l’instant et peut-être pour longtemps.

«Je dors, je dors et je dors. Ça n’a aucun bon sens! Je suis en train d’user mon divan…»

Il lui faut des nuits de 10 à 12 heures pour récupérer, et encore, ce n’est pas suffisant.

«Je me lève, je prends mon café et mon déjeuner, je lave la vaisselle et je dois retourner me coucher.»

«Il a scrappé sa vie», lâche à son tour Christiane.

Sylvie Lachapelle n’a pas le choix de lever le pied pour se reposer, se soigner et garder espoir. Progressivement, ça devrait aller mieux.

«Je ne fais rien depuis plus de deux mois. C’est ce que je trouve le plus dur... Mais bon, je vais peut-être finir par aimer cela, ne rien faire?», dit-elle avant de répondre à sa propre question, un sourire douloureux à travers ses larmes... «Ça me surprendrait.»