Isabelle Légaré
Colette Coutu, 77 ans, aborde cette période de confinement avec sagesse. 
Colette Coutu, 77 ans, aborde cette période de confinement avec sagesse. 

Libre entre quatre murs

CHRONIQUE / Bonjour Madame Coutu! Comment allez-vous? «Je vais très bien merci!» Vous ne vous ennuyez pas trop? «Pas du tout!»

Il doit y avoir erreur sur la personne. J’appelle Colette Coutu pour lui remonter le moral, et voilà que notre conversation ne commence pas comme prévu. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Vous êtes certaine? «Oui, oui!»

Face à cette crise de la COVID-19 et pour adoucir les impacts du confinement, particulièrement les effets de l’isolement imposé aux plus de 70 ans, des organismes de Trois-Rivières ont eu la bonne idée de mettre sur pied une chaîne d’amitié.

C’est tout simple. Au moins une fois par semaine, des bénévoles téléphonent à des aînés qui le désirent. Ensemble, ils placotent de tout et de rien avec, pour unique mission, changer le mal de place.

Écouter la télé, lire un roman, faire des casse-têtes et des mots croisés, c’est excellent, mais cette routine peut être redondante à la longue. Entendre une voix humaine dans le combiné fait une différence appréciable dans une journée semblable à hier et à demain.

C’est ainsi que je me suis jointe au groupe mobilisé pour offrir un peu de réconfort aux personnes âgées. On m’a transmis par écrit les coordonnées de Colette Coutu sans donner plus amples détails. J’ignorais son âge, 77 ans, qu’elle habite seule dans son appartement et qu’elle se déplace à l’aide d’une canne blanche.

J’étais loin aussi de m’imaginer que ma nouvelle amie est une femme libre, même reléguée entre quatre murs.

Il faut dire que cette célibataire sans enfant en connaît un bout sur l’isolement et ses défis.

Diplômée de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, Madame Colette a travaillé à titre d’infirmière praticienne, en santé communautaire et comme sage-femme. C’est une pionnière.

Cette super infirmière, version années 60, a amorcé sa carrière dans les régions éloignées, qu’on pense à La Tabatière, un petit village de pêcheurs de la Basse-Côte-Nord, ou à Port-Menier, sur l’île d’Anticosti.

La jeune Colette était seule dans son dispensaire, à voir à tout, 24 heures sur 24.

«Je n’avais pas de télévision ni de téléphone. Je fonctionnais avec un radio-émetteur. Il fallait que je me débrouille avec les ressources que j’avais ou avec ce que je pouvais recevoir par la poste. Si je commandais des documents, c’est sûr que je ne les avais pas le lendemain. Quand je sortais à l’extérieur, j’en profitais pour me ramener des livres et des disques.»

Madame Colette s’est par la suite installée en Outaouais où elle a vécu pendant de nombreuses années. Elle a notamment été infirmière en toxicomanie et en santé mentale en plus d’enseigner, au niveau collégial, à la formation continue.

«J’ai fait la carrière que j’aimais.»

La lecture et l’écoute de la musique font de nouveau partie de ses passe-temps favoris alors que tout est en suspens, à commencer par ses activités sociales.

Cette ancienne travailleuse de la santé est parfaitement d’accord avec les directives gouvernementales mises en place pour limiter la propagation de la COVID-19, incluant les consignes qui s’appliquent aux personnes de plus de 70 ans.

«Le virus ne se fera pas oublier. Il reste là. Aussi longtemps que je suis confinée, que je respecte ce qui nous est demandé de faire, je n’ai pas à avoir peur. Mais quand ça va s’arrêter? Cette question demeure.»

Il y a un an et demi, Madame Colette est venue s’établir à Trois-Rivières pour se rapprocher des membres de sa famille qui résident au Centre-du-Québec et dans Lanaudière, sa région d’origine.

Atteinte du glaucome, elle a perdu progressivement la vision au cours de la dernière décennie. Le deuil a été difficile à faire, mais la septuagénaire s’adapte à sa nouvelle réalité.

«Je vois encore, mais ce n’est pas clair comme de l’eau de roche. Je vois devant moi, pas en périphérie. Je suis capable de me débrouiller dans mon appartement. Quand je vais marcher, j’utilise ma canne blanche.»

La Trifluvienne aime déambuler dans les rues de son quartier où, pandémie oblige, elle se tient à bonne distance des personnes rencontrées.

«J’ai perdu mes yeux, mais pas mes jambes», rappelle celle qui a besoin de cette promenade pour mieux traverser cette crise dans laquelle nous sommes plongés.

«C’est le temps idéal pour revoir ce que j’ai en réserve dans mon garde-manger et dans mon congélateur. Je me fais des petites recettes. Je fais du ménage. J’agrandis par en dedans!»

Et envoie par Internet sa liste d’épicerie à une connaissance âgée de moins de 70 ans qui fait ses courses pour elle.

Madame Colette est une femme branchée, qui profite de cette période de confinement pour également se familiariser avec des outils technologiques conçus pour les personnes ayant une déficience visuelle.

Bref, la dame a de quoi s’occuper. Elle a même donné son nom pour participer à cette chaîne téléphonique d’amitié. Pas pour recevoir un appel, mais pour contacter celui ou celle qui trouve le temps long ces jours-ci.

À eux comme à moi, cette nouvelle amie empreinte de sagesse leur citera ce proverbe qui, soutient-elle, ne s’est jamais démenti… «Quand une porte se ferme, il y a toujours une fenêtre qui s’ouvre.»