Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Grande bénévole depuis son adolescence, Josée Bélanger s’est récemment rendue à Banff, un voyage «énergisant», souligne-t-elle.
Grande bénévole depuis son adolescence, Josée Bélanger s’est récemment rendue à Banff, un voyage «énergisant», souligne-t-elle.

Les semences de Josée

CHRONIQUE / Josée Bélanger n’a rien contre le signet qui nous est traditionnellement offert au décès d’un être cher. Elle peut comprendre que plusieurs personnes aiment repartir du centre funéraire avec ce marque-page sur lequel ont été imprimées la photo du défunt et une pensée lui rendant hommage. Mais la femme de 46 ans ne veut pas ça pour ses funérailles qu’elle a commencé à préparer. Ses proches se verront plutôt remettre des graines prêtes à semer.

«Les gens pourront me planter dans leur cour!», dit-elle en souriant jusqu’à ce que sa voix se brise au moment d’ajouter: «Ils pourront voir progresser la vie…»

Des fleurs sèchent ici et là dans sa maison. Josée les a récoltées il y a quelques semaines lors d’un voyage à Banff, en Alberta, avec sa meilleure amie.

«Ça a été magique!»

Elle a fait le plein de montagnes et de levers de soleil, deux symboles forts pour celle qui avait cependant inscrit la Grèce sur sa liste de souhaits à réaliser avant de mourir.

L’interminable pandémie l’oblige à revoir ses plans. La COVID-19 et les mesures sanitaires se mettent en travers de son chemin. Changer de destination, va toujours, mais le plus difficile est d’être privée de toutes ces rencontres avec les siens, collés les uns contre les autres.

Chaque jour compte pour créer des souvenirs. Les médecins ont été catégoriques, il n’y a pas de guérison possible.

Josée Bélanger avait 18 ans lors de notre première rencontre, en 1992. C’est elle qui me l’a rappelé lorsque je l’ai contactée pour cette chronique visant à refaire le parcours de cette résidente de Québec, originaire de Trois-Rivières, que le Gouvernement du Québec et la Croix-Rouge ont honorée pour son engagement bénévole auprès des sinistrés.

Lors de cet entretien qui remonte à près de 30 ans, Josée sortait tout juste de l’adolescence. Elle venait d’hériter de la direction régionale du Téléthon des Étoiles (devenu le Téléthon de la recherche sur les maladies infantiles).

Josée m’avait raconté que dès l’âge de 13 ans, elle dirigeait un groupe de 80 enfants qui suivaient son exemple en faisant du porte-à-porte pour amasser des dons. Ces vaillants bénévoles avaient été récompensés à la pointe d’une pizza offerte par un restaurateur touché par leur grand cœur.

À peine quelques années plus tard, Josée avait convaincu les gens du siège social, à Montréal, qu’elle pouvait assurer la relève du chef du centre régional téléphonique, en l’occurrence son père Jean-Pierre, décédé subitement à seulement 42 ans.

«J’ai besoin de me sentir utile et j’aime m’entourer de gens», m’avait expliqué tout bonnement la jeune femme.

Josée est devenue psychoéducatrice, profession qu’elle a pratiquée dans la ville de Québec où elle s’est établie avec son mari au début des années 2000.

La Croix-Rouge l’a rapidement voulue dans son équipe. Avec raison. Il y en a pour qui l’entraide est un mode de vie.

Se donner corps et âme est une expression qui lui colle à la peau.

Après avoir été confrontée à la mort de son père alors qu’elle n’était qu’une adolescente, Josée est demeurée aux côtés de son époux Jonathan pendant les quatre années durant lesquelles le jeune homme a combattu un cancer du cerveau.

Jonathan est décédé en 2007. Il avait 32 ans, le même âge que Josée qui, treize ans plus tard, est à son tour gravement malade. Un cancer colorectal.

Le diagnostic a été posé en février 2019, deux semaines après que la femme ait été honorée pour toutes ses années à prêter main-forte dans sa collectivité.

«Je ne peux pas aspirer à la guérison.»

Et continuer de faire ce qu’elle aime tant faire. Se donner pour les autres.

Josée ressent une peine immense, de la colère aussi, face à cette situation profondément injuste.

«Je voulais gagner... Je suis une fonceuse dans tout.»

Au mois d’août, Josée a écrit à ses proches pour les informer que les nombreux traitements de chimio et de radiothérapie, de même que l’opération du foie et la chirurgie colorectale n’ont «pas été suffisants pour foutre une bonne raclée» au cancer.

Josée souhaite franchir le cap des 50 ans.

«J’ai 46 ans. Ça me donne un bon gap pour réaliser plein d’affaires sur ma bucket list.»

La pandémie l’oblige à revoir ses dernières premières fois. La femme a mis une croix sur la Grèce afin de vivre des petits moments inoubliables, ici et maintenant, avec ses proches.

«Des activités plus terre à terre.»

Comme son esprit actuellement.

«J’ai commencé à magasiner mes préarrangements funéraires», m’annonce Josée qui s’esclaffe: «Pauvre monsieur qui m’a reçue!»

L’homme ne s’attendait pas à ce que la cliente lui dise qu’elle voulait réserver une grande salle pour y tenir... son futur dernier party.

«La seule chose sur laquelle je peux avoir du contrôle présentement, c’est là-dessus. Ce ne sera pas conventionnel», promet Josée à sa famille et à ses amis.

Il y aura des rires, des larmes et une petite enveloppe remise à chacun des invités. Et à l’intérieur, des graines qui fleuriront.