Marie-Josée Lepage tenait à être photographiée avec, en toile de fond, une oeuvre collective offerte par des élèves en arts plastiques de l’école secondaire Paul-Le Jeune, à Saint-Tite. La directrice adjointe est grandement touchée par ce tableau coloré qui la représente et qui lui procure une belle dose d’énergie.

Le sang rare de l’exceptionnelle Marie-Josée

CHRONIQUE / Marie-Josée Lepage est l’amie de Rémi-Pierre Paquin. En fait, Marie-Josée est la mère de Vincent, un ami du comédien qui considère celle-ci comme son amie.

Rémi-Pierre n’est pas différent de tous ceux et celles qui croisent cette femme, ne serait-ce qu’une seule fois. Tout le monde aime et veut aider Marie-Josée qui me dit d’emblée: «Je suis vraiment très choyée. Depuis le jour 1, j’ai une armée derrière moi.»

Rémi-Pierre Paquin est au nombre des soldats.

La semaine dernière, il a eu la bonne idée de se servir de sa popularité pour trouver celui ou celle qui possède l’artillerie lourde dont Marie-Josée a sérieusement besoin en ce moment.

Vous avez peut-être vu passer sa publication sur les réseaux sociaux. Au moment d’écrire cette chronique, l’appel à tous de Rémi-Pierre avait déjà été partagé plus de 27 000 fois.

Un message viral pour Marie-Josée qui a un sang rarissime: le A + anti k et anti JKA.

Cette personne appelée à faire une différence dans (et pour) la vie de Marie-Josée ne se croise pas comme ça, par hasard, au coin d’une rue. Ou peut-être que si, en y repensant bien. Mais encore faut-il que ce donneur potentiel sache qu’on a besoin de lui. Là. Ici. Maintenant.

C’est la raison pour laquelle Rémi-Pierre a fait ni une ni deux et a écrit ce qui commence comme suit...

«Salut ami Facebook. Écoute. J’ai une amie qui a la leucémie. Une pas pire tsé. Mère de 2 enfants et gentille comme le monde. Malheureusement pour elle, son sang est vraiment rare. Mais vraiment. Son système immunitaire est pas diable alors ça rajoute un petit aspect urgent mettons»…

De la fenêtre de son salon, la résidente de Shawinigan a une vue imprenable sur la tour de la Cité de l’énergie. Facile de l’imaginer en train de faire son jogging sur la promenade longeant la rivière Saint-Maurice.

Âgée de 52 ans, Marie-Josée Lepage est le genre à chausser ses espadrilles quatre ou cinq fois par semaine. Une fille en bonne santé, qui s’alimente bien, pour qui l’équilibre du corps et de l’esprit passe par le sport.

Fin novembre 2018, la directrice adjointe à l’école secondaire de Saint-Tite a remarqué des marques bleues sur ses jambes. Bizarre, tout comme cette fatigue inhabituelle et persistante.

Des prises de sang ont confirmé que son taux de globules blancs était anormalement bas. «Une neutropénie cyclique», lui a-t-on expliqué en assurant un suivi régulier.

En février, Marie-Josée n’était toujours pas revenue au sommet de sa forme. Une grosse grippe ne l’a pas aidée, mais ce n’était rien comparé à ce qui s’en venait.

Une biopsie de sa moelle osseuse a révélé la présence d’une leucémie aiguë myéloïde, un cancer qui prend naissance dans les cellules souches du sang.

Ça a été très rapide. De là le «aiguë» dans le diagnostic que Marie-Josée a dû encaisser sans pouvoir quitter l’hôpital. La femme a aussitôt été placée en chambre d’isolement où elle est demeurée pendant quatre semaines.

«En raison de la chimiothérapie, mon système immunitaire était à zéro. Je n’avais plus de globules blancs et mes plaquettes étaient très basses.

Marie-Josée m’explique qu’en général, les personnes qui sont atteintes d’une leucémie comme la sienne peuvent recevoir une trentaine de transfusions pour la durée du traitement. Pas elle.

«À cause de mon problème de sang rare, j’en ai eu seulement quatre…»

Il faut ménager le peu de sang qui lui est réservé. On lui en donne à très petite dose en misant sur sa bonne condition physique des dernières années pour fonctionner avec un faible taux d’hémoglobine.

Rémi-Pierre Paquin a publié sur sa page Facebook un message visant à venir en aide à son amie Marie-Josée Lepage. La réponse ne n’est pas fait attendre avec quelque 27 000 partages à ce jour.

Mais il y a des limites.

Marie-Josée savait déjà que son groupe sanguin est le A positif avec - premier fait rare - un anticorps appelé «anti k».

Ce qui vient compliquer l’affaire aujourd’hui, c’est la récente découverte dans son sang d’un deuxième anticorps, l’anti JKA, surnommé «le joker» pour la simple et bonne raison qu’il s’amuse à apparaître et à disparaître comme bon lui semble.

«Les médecins pensent que je l’avais déjà, mais qu’il était caché et qu’avec tout ce qui se passe, il est réapparu.»

L’oncologue a été claire au moment d’en informer sa patiente. Cette combinaison dans son sang réduisait considérablement la liste de donneurs. Héma-Québec allait poursuivre ses démarches, mais à ce jour, une seule personne avait été répertoriée pour lui fournir cette denrée indispensable.

Cette nuit-là, Marie-Josée n’a pas dormi, hantée par le doute et l’incompréhension: «Je ne peux pas croire qu’en 2019, je peux manquer de sang…»

Marie-Josée est rentrée chez elle, affaiblie par une anémie sévère, mais déterminée à amorcer le premier de quatre blocs de chimio intensive. Ce qui fut fait.

Dans la nuit du 12 avril, une poussée de fièvre l’a cependant ramenée d’urgence à l’hôpital. Grave pneumonie. Soins intensifs. Faible taux d’hémoglobine. Inquiétude généralisée.

C’est durant cette période où on a craint pour la vie de Marie-Josée que Rémi-Pierre Paquin s’est adressé à ses innombrables amis, au cas où s’y reconnaîtrait un donneur pour la mère de Vincent et de Gabrielle.

Facebook a bien des défauts, mais peut avoir ceci de bon. Quand des milliers d’internautes s’y mettent en même temps, un message est relayé à la vitesse grand V.

«C’est fou! Des gens m’ont écrit pour me dire qu’ils avaient déjà donné du sang ou qu’ils comptaient le faire.»

Au bout du fil, Rémi-Pierre est ravi, d’autant plus qu’aux dernières nouvelles, on compterait quatre donneurs potentiels pour Marie-Josée. Avant de crier victoire et de passer à l’étape suivante, il faut attendre les résultats de prélèvements sanguins, mais le comédien originaire de Shawinigan se croise les doigts.

Son message n’est pas resté lettre morte. À travers l’histoire de Marie-Josée, des milliers de gens sont également sensibilisés à l’importance du don de sang, peu importe le groupe auquel ils appartiennent.

Rémi-Pierre a même eu vent que depuis sa publication sur Facebook, il y a dix jours, le téléphone sonne beaucoup du côté d’Héma-Québec qui serait pris de court par la situation. Tant mieux.

Émue par le geste de son ami, Marie-Josée se laisse porter par cette solidarité humaine qui s’exprime à travers les réseaux sociaux et dans la vraie vie.

«Ça me fait vraiment plaisir que les gens se manifestent et souhaitent donner du sang. Ça fait bouger les choses, même si ça ne me sert pas à moi.»

Chère Marie-Josée. Fragilisée par la pneumonie des dernières semaines, elle ne peut s’empêcher de penser à tous ceux et celles qui ont également besoin d’un don de sang pour les aider à traverser l’épreuve de la maladie.

Les mots «reconnaissance» et «gratitude» reviennent souvent durant cette conversation où ses yeux brillent en me parlant de sa famille, de ses amis, collègues, élèves et de leurs parents. En gestes et en mots, ils lui offrent tout leur soutien à défaut de pouvoir lui donner de l’or en sang.

À la maison et à l’hôpital, le jour comme la nuit, Marie-Josée a toujours quelqu’un à ses côtés. Cette présence de chaque instant, elle la reçoit comme un cadeau inestimable.

«Seule, je suis forte. Avec mon armée, je suis imbattable.»