Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
En cette période de pandémie liée à la COVID-19, Robert «Bob» Bouchard, ou plutôt son sympathique père Noël, saupoudre un peu de magie à travers l’écran de son ordinateur.
En cette période de pandémie liée à la COVID-19, Robert «Bob» Bouchard, ou plutôt son sympathique père Noël, saupoudre un peu de magie à travers l’écran de son ordinateur.

Le père Noël, service essentiel et virtuel [VIDÉO]

CHRONIQUE / Personne n’est à l’abri de la morosité ambiante. Le père Noël n’y échappe pas non plus. Lui aussi se sent un peu esseulé dans son royaume en zone rouge. Les lutins portent le masque, les rennes doivent se tenir à distance et, pour l’heure, cet envoyé spécial d’une autre adresse n’a pas la permission d’entrer dans les chaumières, même en passant par la cheminée. La pandémie, ce n’est pas un cadeau…

Avertissement aux parents: cette chronique contient des éléments pouvant ne pas convenir à un très jeune lectorat qui espère recevoir la visite du père Noël. L’auteure de ces lignes ne voudrait pas être tenue responsable d’une phrase de trop, susceptible d’éveiller un doute, de dévoiler toute la vérité et de provoquer un torrent de larmes. Vous voilà prévenus.

D’ordinaire donc, c’est-à-dire dans notre vie d’avant COVID-19, Robert Bouchard serait en train de consulter son agenda, de se réjouir devant toutes ces pages de décembre noircies de rendez-vous. Des dates afficheraient complet depuis la fête du Travail, rien de moins.

Depuis plus de vingt ans, Robert Bouchard (vous pouvez l’appeler «Bob») se glisse dans le costume du père Noël, un privilège qui lui a permis de croiser des milliers d’enfants sages. Pendant les treize premières années, il a aménagé son univers dans un centre commercial où les tout-petits faisaient la file pour le voir et lui parler en personne.

Mais si la tendance pandémique se maintient, le père Noël sera moins occupé au cours des prochaines semaines. Le nombre de visites qu’il avait également l’habitude de faire dans les centres de la petite enfance et les services de garde en milieu scolaire a été réduit du deux tiers…

Terminées aussi les rencontres à domicile. Jusqu’à l’an dernier, Robert se rendait disponible les 24 et 25 décembre pour distribuer les cadeaux au sein de familles qui avaient réservé sa présence.

C’était sa nuit de Noël depuis vingt ans.

«Je vis seul. Mes enfants sont à l’extérieur. Tant qu’à regarder la télévision en pleurant, je m’étais dit: pourquoi je n’irais pas fêter avec des étrangers? J’aurai du plaisir quand même.»

Le mot s’est rapidement passé en Mauricie et de l’autre côté du pont Laviolette.

«Je commençais mes journées à 9 h pour les terminer à 2 h du matin. Je pouvais visiter entre quinze et vingt familles par jour. Je m’apportais un lunch que je mangeais dans mon auto.»

Correction: dans son traîneau.

Tout cela pour dire que cette fois-ci, ce sera différent. Le père Noël est dans la même galère que nous tous. Cette crise sanitaire est mondiale. Ici comme au pôle Nord, il faut respecter les consignes.

Les fillettes et garçons n’ont pas le droit de s’asseoir sur ses genoux et de lui chuchoter à l’oreille leur liste de souhaits. Le père Noël doit s’adapter. Bob Bouchard a trouvé une solution.

Il propose aux parents de rencontrer leurs enfants via l’écran de la tablette ou de l’ordinateur. Le virtuel, c’est mieux que pas du tout. Ça peut même être très chouette.

Jetez un coup d’œil à la vidéo ci-jointe. Vous allez comprendre en voyant la frimousse du charmant Samuel Turcotte, 6 ans. La magie opère. Vivement Internet pour entretenir l’instant magique.

«Vous aimeriez que vos enfants parlent au père Noël pendant les Fêtes à partir de chez vous?»

Bob Bouchard lance l’invitation sur sa page Facebook. Il apparaît sans barbe blanche sur sa photo de profil, dans un décor estival et habillé d’un polo bleu poudre. Oubliez le légendaire personnage vêtu d’un rouge indémodable.

L’été, le père Noël profite de vacances bien méritées pour livrer ses conseils de golf sur un vert. Robert Bouchard a déjà possédé des boutiques dans la région de Montréal avant de venir s’établir à Trois-Rivières, au début des années 2000.

L’homme d’affaires n’allait pas très bien à l’époque. Il était aux prises avec des problèmes de jeu compulsif dont il s’est libéré depuis. Cette chronique parue en décembre 2017 en fait le récit.

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Lorsqu’on nous répète en ce moment de faire preuve de résilience, Robert Bouchard sait de quoi il en retourne.

Il y a des jours où c’est long longtemps, seul dans son appartement, mais cultiver l’enchantement l’immunise contre le découragement.

Face à la COVID-19 qui menace l’esprit des Fêtes, pas question de se transformer en grincheux. Assis devant son ordinateur portable, le Trifluvien a également installé des lumières multicolores qui tournoient derrière lui.

«De toute beauté!»

Il espère ainsi épater les enfants qui le contacteront au cours des prochaines semaines. Même le père Noël est techno.

Robert Bouchard a accepté de faire quelques visites dans des garderies et des services de garde en milieu scolaire. Avec les responsables d’un CPE, le père Noël a convenu de rester dans l’entrée de l’établissement. Pas de contact physique avec les bambins. Il leur racontera une histoire. De loin.

«Il y aura des cadeaux, mais je ne vais pas leur donner. Les éducatrices vont le faire à ma place.»

Prévoyant, l’homme de 75 ans a communiqué avec la Santé publique afin de savoir si des mesures particulières ont été prévues pour le père Noël. À son âge, il se sait plus à risque d’être infecté par la COVID-19.

«On va vous tenir au courant…»

En attendant d’obtenir une réponse plus claire, Bob Bouchard ne rejette pas l’idée de mettre un masque par-dessus sa fausse barbe blanche.

«Ça va faire dur un peu, mais si je n’ai pas le choix, je vais le porter.»

Le plus important pour le père Noël en lui, c’est de continuer d’émerveiller les enfants, même à deux mètres de distance.

«Au moins, je serai là!»