Mélanie Bilodeau est psychoéducatrice et consultante en périnatalité.

Le «bon» bébé

CHRONIQUE / C’est la grand-mère qui dit: «Dans mon temps, on le laissait brailler et il finissait par s’endormir.» C’est la belle-soeur qui s’immisce dans la conversation: «Moi, je le prendrais dans mes bras pour ne pas qu’il reste traumatisé.» S’en mêlent ensuite les amis, voisins, collègues, alouette, qui voient des cernes se dessiner sous vos yeux.

«Ton bébé ne fait pas encore ses nuits?»

Tout le monde a son avis sur ce qui doit être fait ou non avec le nourrisson qui pleure à s’époumoner dès qu’on le dépose dans son lit. Sans parler d’Internet, ce puits sans fond dans lequel tombent plusieurs parents en quête de trucs. Entre deux forums de discussion se glissent les différents points de vue de professionnels de la santé et autres spécialistes. Études scientifiques à l’appui, ils affirment tout et son contraire.

Bref, il y a de quoi être perdu, avoir envie de se rouler en boule et hurler avec le p’tit qui ne le réalise pas encore, mais qui vient d’arriver dans un monde où, comme ses parents, il a intérêt à performer. À son âge, sa cousine s’endormait toute seule en caressant son doudou. Pas un mot.

«On a tellement un bon bébé!», se targuent ses géniteurs à la première occasion.

Un bon bébé... Cette expression a toujours agacé Mélanie Bilodeau puisque cela sous-entend qu’il existe des mauvais bébés.

«Il n’y a que des adultes aux attentes irréalistes», nuance la psychoéducatrice dans l’une des capsules vidéo diffusées sur sa page Facebook où elle parle de grossesse, d’accouchement et de petite enfance.

Si vous êtes enceintes, parents d’un poupon ou d’un bambin de moins de 5 ans, vous avez peut-être déjà entendu parler de celle qui rejoint plus de 46 000 abonnés sur les réseaux sociaux. Quelque 12 000 personnes ont assisté à sa conférence présentée un peu partout au Québec. Spécialisée en périnatalité, Mélanie collabore à l’émission «Mères à boutte» diffusée sur Canal Vie. Cette semaine, elle procédait au lancement de son livre «Soyez l’expert de votre bébé».

Ce titre est la phrase fétiche de Mélanie qui aime la répéter aux parents dont le sentiment de compétence est ébranlé.

Plutôt que de bombarder de conseils ces femmes et ces hommes qui ne savent déjà plus où donner de la tête et du biberon, la psychoéducatrice leur propose des pistes de réflexion et des outils qui font naître la confiance.

«Je veux d’abord et avant tout les amener à se brancher sur leur instinct, sur ce qu’on appelle la sensibilité parentale.»

Mélanie constate que devant ce flot d’informations qui déferle, des parents ne réalisent pas que la réponse se trouve souvent en eux.

À la mère désemparée qui se présente dans son bureau en lui demandant si elle doit laisser pleurer ou non son enfant qui réclame des bras pour s’endormir, la psychoéducatrice lui répondra probablement: «Toi, tu veux quoi? Et ton bébé, il veut quoi? On va le regarder ensemble, je vais t’apprendre à le décoder et à trouver la meilleure stratégie pour répondre à son besoin dans un délai respectable. Je suis peut-être une experte en périnatalité, mais je ne connais pas ton bébé. L’experte de ton enfant, c’est toi.»

La spécialiste démystifie des croyances populaires en utilisant l’humour pour imager son propos appuyé, insiste-t-elle, sur des données probantes.

«Je fais la recension des écrits, je fais de la recherche rigoureuse afin de donner les meilleures réponses possible aux parents en matière de développement de l’enfant.»

Mélanie Bilodeau a grandi, étudié et vit toujours à Trois-Rivières, entourée de son chum et de leurs trois enfants âgés de 15, 9 et 7 ans.

La femme de 36 ans ne me laisse pas compléter ma question voulant que ses études universitaires et son bagage d’expérience professionnelle en font, comment dire, une mère parfaite?

«Tellement pas! Je ne suis pas une psychoéducatrice avec mes enfants. Je suis une mère. J’ai toutes sortes de connaissances, oui, je suis émotive aussi. Je ne suis pas plus patiente qu’une autre. Savoir quoi faire, c’est une chose, et j’essaie de le faire du mieux que je peux, mais je suis un être humain. Moi aussi, quand j’arrive de travailler, j’ai de la broue dans le toupet. Non, je ne suis pas parfaite.»

Sur la rue, des parents reconnaissent et saluent comme une amie celle qui s’adresse à eux avec bienveillance, qui les invite à se montrer indulgents envers eux-mêmes.

Après ses conférences, la psychoéducatrice reçoit des confidences qui la touchent à son tour.

«Je mets des mots sur ce qu’ils vivent, je normalise certaines choses.»

Et en cette époque où tout va vite, qu’une mine de renseignements se trouve dans les livres et au bout du clic, Mélanie rappelle aux parents l’importance de prendre le temps de ralentir, de s’écouter, d’observer le petit en train de grandir et de respecter son rythme.

Bébé est unique. Un jour, il fera ses nuits et vous aussi.