Sylvie Vallée, gagnante du million Tanguay

La millionnaire au cœur d’or

CHRONIQUE / Sylvie Vallée était riche bien avant de rafler un million de dollars. Riche en bonté.

«Nous sommes des gens simples, vous savez.»

C’est la première chose qu’elle me dit en ouvrant la porte de sa modeste maison qui est pratiquement restée la même depuis sa construction, en 1957.

Les planchers en bois ancien, les armoires de cuisine au cachet rétro, les calorifères à eau chaude... Rien n’a véritablement changé depuis l’époque où celle qui fête ses 61 ans en ce samedi 16 mars y a grandi avec ses parents aujourd’hui décédés.

La femme de Trois-Rivières a spontanément pensé à eux lorsqu’à la mi-janvier, on l’a d’abord contactée pour lui annoncer qu’elle accédait à la dernière étape du concours La vente du million d’Ameublements Tanguay qui s’est tenu la semaine dernière, à Québec.

«C’est une joke! Ça ne se peut pas!»

Oui, ça se pouvait.

Quelques jours auparavant, la préposée aux bénéficiaires et son mari, Marcel Lebreton, avaient fait l’achat d’un mobilier de salon pour remplacer les divans de vingt-six ans d’usure que Sylvie relookait en les camouflant sous une couverture.

Le nom de cette cliente a été tiré au sort. Du coup, elle devenait admissible à la finale avec sept autres participants.

La femme interrompt ici son récit pour me pointer le divan inclinable flambant neuf qui occupe toute la pièce.

«Il est automatique! On s’est gâtés pour nos vieux jours. Marcel, pèse sur le piton pour lui montrer comment ça marche!»

Et l’homme qui s’exécute sans rien dire, comme ce jour où son épouse a reçu l’appel chanceux. Le million n’était pas encore gagné, mais sans pouvoir expliquer pourquoi ni comment, sa chère Sylvie sentait que ça ne saurait tarder.

«Marcel, on s’en va au cimetière!»

Sur place, la Trifluvienne a eu du mal à trouver les pierres tombales enfouies sous toute cette neige accumulée, mais une fois devant, elle a parlé à Sylvio et à Rachel comme s’ils pouvaient l’entendre.

«Papa, maman, je ne sais pas si c’est vous qui m’envoyez un signe, mais en tout cas, je vous aime tous les deux et je ne vous oublierai jamais.»

Sylvie Vallée est millionnaire depuis une semaine.

«J’ai commencé par rembourser mes dettes.»

Pour le reste, elle rêve d’une nouvelle demeure sans escaliers afin de ménager ses genoux. Une maison confortable, rien de cossu.

Elle et son mari, un calorifugeur de 62 ans qui a annoncé sa retraite au lendemain du tirage, en avaient une dans leur mire avant de toucher le gros lot, comme si le couple avait deviné que la chance allait être de son bord.

Ce «petit château», comme s’amuse à décrire Sylvie, se trouve à la campagne et est entouré d’un grand terrain où elle souhaite y voir picosser quelques poules et sautiller deux ou trois lapins.

Gagner le million, ça ne change pas le monde, mais ça chamboule une vie. C’est indéniable.

Tirer le mauvais numéro aussi...

Atteinte du cancer du sein et des ganglions, cette mère de deux grands enfants ne veut pas éviter le sujet, mais n’a pas envie de s’y attarder longuement.

«Je ne veux pas me faire prendre en pitié. C’est tellement positif, gagner le million.»

En arrêt de travail depuis deux ans, Sylvie se soigne et savoure le temps, un luxe qu’elle ne s’était jamais offert avant que la maladie s’en mêle.

«C’est peut-être un signe pour que je pense un peu plus à moi. Je me suis toujours beaucoup dévouée pour les autres.»

Même au repos forcé, Sylvie continue de prêter main-forte à des gens de son entourage, sans rien demander en retour. Elle conduit une dame âgée à l’épicerie, rend visite à sa vieille voisine, accompagne une amie malade à l’hôpital et ainsi de suite.

«Il faut aider son prochain comme soi-même. J’aime ça faire plaisir aux autres. Je suis venue au monde comme ça.»

Ce n’est pas son nouveau statut de millionnaire qui va y changer quelque chose.

«Je n’arrêterai jamais. Si quelqu’un m’appelle et qu’il est mal pris. Je suis là. Je serai toujours là. C’est gratuit.»

Sylvie va bien dans les circonstances.

«Je n’ai pas l’air trop malade. J’ai encore tous mes cheveux.»

Sans mettre de pression, son médecin lui a parlé de la possibilité d’avoir recours à la chimiothérapie et à la radiothérapie.

«J’y réfléchis... Chaque chose en son temps.»

La préposée aux bénéficiaires connaît les impacts de tels traitements sur le quotidien, elle qui veut profiter au maximum de ce que la vie a à lui offrir. Surtout maintenant. À choisir, c’est à Disney que Sylvie souhaite se retrouver, plus précisément en compagnie du personnage de Blanche-Neige.

«Elle est simple comme moi», ajoute la grand-maman, des étoiles de petite fille dans les yeux.

Sylvie Vallée est reconnue pour avoir toujours le sourire aux lèvres, même dans le cabinet du médecin qui lui en a déjà fait la remarque.

«Il faut rester positif», lui répond sa patiente qui ne refuse pas d’admettre la réalité, mais croit en la puissance du subconscient pour traverser cette épreuve.

«Ça va de mieux en mieux et ça ira de mieux en mieux», est le dicton que la femme se répétait bien avant de gagner le million.

«Cette phrase me motive, me donne le goût de vivre et de respirer. Liberté!»

Et c’est tout ce qui compte.