Lucille Soumis Coutu, 92 ans, se présente chaque semaine à l’école Mond’Ami pour offrir de l’aide pédagogique et toute son affection aux élèves de la classe.

En classe avec Lucille, 92 ans

CHRONIQUE / Dans la classe, tout le monde l’appelle par son prénom. À peine plus grande que les enfants à qui elle distribue des conseils, des encouragements et des biscuits pour la collation de l’après-midi, Lucille pourrait être leur arrière-grand-mère. Elle a 92 ans et sa présence sert de leçon. De sagesse et de jeunesse.

Chaque semaine, Lucille Soumis Coutu vient passer une ou deux journées avec les élèves de Julie Veillette et de Sophie St-Louis. L’une est enseignante, l’autre est technicienne en éducation spécialisée. Leur groupe est composé de dix élèves, sept garçons et trois filles âgés de 8 à 10 ans.

Lors de mon passage pour faire la connaissance de la bénévole nonagénaire, l’éclairage de la salle de classe était tamisé et un chien circulait librement entre les pupitres.

Une parenthèse s’impose ici. Mily est un labrador blond âgé de 7 mois, une femelle qui est venue me renifler les mollets avant de faire tranquillement demi-tour vers un coin du local aménagé de coussins. S’y trouvait un garçon en quête d’une présence réconfortante. Pris dans une tourmente familiale, l’écolier n’arrivait plus à se concentrer sur son travail scolaire. Une fois le calme retrouvé en compagnie du thérapeute canin, il est retourné à sa place pour reprendre ses apprentissages. À son rythme.

Mily est le chien de Sophie qui me la présente comme une véritable collègue de travail. Par sa seule présence, elle a le don d’aider les enfants à mieux contrôler leurs émotions. Comme cette chère Lucille...

Nous sommes à l’école primaire Mond’Ami, à Trois-Rivières, qui offre des services adaptés à des écoliers ayant des besoins particuliers. Dans la classe de Julie et de Sophie, on retrouve des enfants aux prises avec des troubles anxieux, affectifs et autres problématiques psychopathologiques. Niveau académique: de la 1re à la 4e année.

Ici, chaque élève bénéficie d’un plan d’intervention composé d’une kyrielle de mesures pour l’aider à concilier le plus harmonieusement possible ses symptômes et son parcours scolaire.

Sauf exception, ces filles et garçons ne peuvent pas évoluer au sein d’une classe régulière. Ils ont besoin d’un environnement tenant compte du sentiment d’insécurité qui les habite pratiquement en permanence.

Faire confiance aux autres ne se fait pas en criant ciseau. Un rien les déstabilise, même le silence, d’où la musique qui joue continuellement en sourdine dans le local également équipé d’une chaise berçante.

Parmi les intervenants dont le travail consiste à favoriser la réussite et le bien-être de ces enfants apparaît, haute comme trois pommes et avec une grandeur d’âme sans limites, l’indispensable Lucille.

«J’arrive dans la classe avec mon petit bagage, ma bonne humeur, mon sourire et un petit câlin.»

Les élèves l’adorent.

La bénévole est entrée dans leur vie il y a environ un an. Elle est d’abord venue leur donner un coup de main pour fabriquer des tapis à friandises pour chien, un projet entrepreneurial durant lequel les enfants ont développé tout naturellement un lien d’attachement envers la dame.

Madame Lucille est une bénévole qui ne compte pas ses heures auprès des enfants.

«Nos cocos ont besoin d’être aimés et enveloppés. Une grand-maman, ça fait toujours du bien!», rappelle Sophie, ce à quoi sa collègue Julie s’empresse de mentionner que l’ensemble du personnel de l’école ne peut plus se passer de la présence énergisante de Lucille dont l’aide pédagogique est également inestimable.

Lucille a été enseignante au primaire pendant 27 ans. Elle a amorcé sa carrière à l’âge de 38 ans, lorsque la plus jeune de ses trois enfants est entrée à la maternelle. En avance sur son époque, la Trifluvienne a élevé sa marmaille tout en travaillant et en obtenant son baccalauréat. Elle a même pris goût aux études universitaires.

«J’ai fait une maîtrise en éducation. J’ai gradué à l’âge de 60 ans. C’était quelque chose, mais j’ai eu l’aide de mon mari», tient à préciser Lucille au sujet de son époux, Gill Coutu, décédé il y a huit ans, après 60 ans d’un mariage heureux.

Elle a quatre petits-enfants et presque sept arrière-petits-enfants. Le prochain naîtra en avril.

«Je demeure dans ma maison depuis toujours. Il y a un monsieur qui vient m’aider pour le pelletage, mais l’été, je coupe mon gazon et je m’occupe de mes fleurs.»

Dans une forme rayonnante, la femme de 92ans marche quotidiennement pour garder le pas. «Mon petit chien m’oblige à sortir.»

Elle n’a pas de recette magique. Son air radieux est davantage une question d’attitude. «Il faut être optimiste dans la vie!»

Les programmes d’enseignement ont changé depuis l’époque où Lucille était devant la classe, mais comme diraient Sophie et Julie qui ne cachent pas leur admiration: «Elle a su s’adapter aux méthodes d’aujourd’hui.»

Lors de mon passage dans la classe, Lucille allait d’un élève à l’autre avec entrain. «J’aide en français, en lecture et en mathématiques», me dit celle qui, au besoin, dépose sa main délicate et combien apaisante sur des petites épaules tendues.

«Lucille est très respectueuse. C’est une femme de cœur. Les enfants ressentent ce qu’elle dégage», souligne encore Sophie St-Louis avant de raconter la fois où la vénérable assistante s’est prêtée volontiers à une séance de manucure réalisée par des jeunes concentrés sur les doigts effilés de leur vieille amie.

Se disant choyée par la vie, Lucille donne son précieux temps sans rien demander en échange.

«J’ai beaucoup de bonheur à le faire. Je me sens bien ici. Ça ne me demande pas d’effort.»

Elle souhaite revenir dans la classe aussi longtemps que sa santé le lui permettra.

«Je ressens beaucoup de satisfaction à prouver qu’on peut être capable de faire quelque chose, même quand on est âgé.»

Au plus grand plaisir des élèves de la classe et de Mily qui, elle aussi, ne rate jamais l’occasion de réclamer un câlin.